Voir ci-dessus, p
5. « Finalmente da me, poco fidandomi, l'epistola tua rimos9e il dubbio, e con pace del tuo Meconate sia detto, a te credetti ;.... peroccliè
Boccace se proposait, dès la fin d'avril, d'aller faire une visite à Pétrarque : il venait d'apprendre que celuici se préparait à se rendre en Bohème, sur l'invitation de l'Empereur, et avant ce voyage qui effrayait Boccace, car il lui semblait que l'on eût peu de chances d'en revenir, il tenait à prendre congé de son grand ami et à l'embrasser, peut-être pour la dernière fois. De Padoue, il comptait se rendre à Naples, « pour y voir Nelli1 »; on remarquera que c'est ce nom et non celui du sénéchal que Boccace mettait alors en avant pour justifier son projet. Puis il dut renoncer à ce plan : sa pauvreté ne lui permettait pas ces longues pérégrinations; d'ailleurs, il ne savait pas quand Pétrarque, alors en Lombardie, rentrerait a Padoue, ni quand Nelli reviendrait de Sicile, où Acciaiuoli l'avait emmené. Ces raisons étaient assurément sérieuses ; comment ne pas observer cependant que Pétrarque se trouvait à Padoue le 11 mai, qu'il ne se rendit pas en Bohême, et que, si la pauvreté de Boccace lui interdisait le luxe de passer par la Vénétie pour gagner Naples, le simple voyage de Florence à Padoue ne saurait être pourtant plus dispendieux que le voyage a Naples? Or lorsqu'il reçut de Messine, apparemment en juin, l'invitation d' Acciaiuoli et de Nelli, il n'hésita plus, fit ses préparatifs et partit pour Naples, sans doute à la fin d'octobre. C'est ainsi que le charme de souvenirs ensorcelants amena Boccace à préférer l'hospitalité d'Acciaiuoli à
tu sapevi che modo fusse a me di vivere nella patria, che ordine e che studio,... e cosi venni nel consiglio tuo » (Corazzini, p. 133).
1. Tous ces détails sont empruntés à l'importante lettre de Boccace à Barbato (13 mai 1362) révélée en 1904 par M. Vattasso; on y lit : « Ego cupiebam et proposueram hiis diebus Patavium me, ut illum ibidem ante discessum viderêm et ab eo extrema mandata susciperem, ac inde Neapolim usque pergere, nostrum visitaturus Simonidem.... » (op. cit., p. 27).
celle de Pétrarque — grave erreur, dont il ne tarda pas à se repentir.
Il ne s'agissait plus d'une simple visite à Nelli, mais bien d'une installation durable : Boccace emportait ses livres; il emmenait avec lui son jeune frère, Jacopo, alors dans sa vingtième année1; il avait quitté Florence probablement sans esprit de retour, dans l'espoir de jouir, comme on l'y invitait, de la brillante protection d'Acciaiuoli. Mais l'accueil qu'il reçut, dès la première rencontre, lui inspira des craintes, que l'événement justifia aussitôt : le logis qui lui fut assigné était infect — Boccace l'appelle constamment « la sentine » — ; son lit était incommode et malpropre, la nourriture répugnante, la vaisselle sordide; conscient de sa valeur, l'auteur du Décaméron et du De Casibus se voyait confondu avec toute une clientèle famélique, grossière, déguenillée, qui vivait aux dépens du grand sénéchal. Avec la verve outrancière dont le Corbaccio offrait déjà des exemples déplaisants, Boccace charge ici sa peinture des couleurs les plus vulgaires; mais il dessine aussi d'un trait franc et expressif quelques silhouettes de gloutons qui eussent été dignes d'inspirer le burin d'un Callot2. Assurément, il exagère; et le dépit qu'il éprouva, en ne se voyant pas traité avec les égards, avec les honneurs même, dont il se sentait digne, explique assez ce qu'il y a d'un peu gros dans sa caricature. Il se peut aussi que, depuis sa jeunesse, il eût perdu de vue que certains soins d'hygiène et certaines recherches de confort étaient inconnus à Naples ; dans son beau temps, d'ailleurs, il avait toujours eu des goûts raffinés,
1. Tous les détails qui suivent sont empruntés à la lettre de Boccace (Corazzini, p. 131-171).