A. Délia Torre, op. cit., p. 76-77, 83-84, 86, 89, etc
était encore dans sa quinzième année, peut-être tout près d'entrer dans la seizième, quand il franchit la porte de Naples, au début de décembre 1328 '.
Il reste à concilier cette conclusion avec les renseignements fournis par Boccace sur la durée de son apprentissage commercial et de ses études canoniques. S'il commença son apprentissage chez un « grand négociant », avant d'avoir franchi le seuil de l'adolescence, comme il le déclare formellement, l'événement se produisit donc à Florence, et rien ne s'y oppose en effet : le conteur parle de six années pleines qu'il perdit chez un marchand, mais sans dire qu'il les passa toutes les six à Naples. Après les scènes de remontrances violentes et de menaces qui firent prendre en horreur à Giovanni la maison paternelle, il était assez naturel que l'enfant fût « placé », comme apprenti; mais pourquoi lui aurait-on
1. Une difficulté subsiste pourtant, que je ne dois pas dissimuler : Boccace dit à plusieurs reprises qu'il était arrivé à Naples dans sa « puerizia » (Ameto, p. 153 et 154, et dans une lettre très postérieure, Gorazzini, p. 140); pour être correct, d'après mon interprétation, Boccace aurait dû dire « nell' adolescenza », âge dont le commencement est en général donné comme correspondant à la puberté. Mais j'ai observé (Bull, il., XI, p. 200-201) que, si Boccace parle d'adolescence dans ses ouvrages en latin, ce mot lui paraît inconnu en italien, et je me demande s'il est bien opportun d'appliquer ici, dans toute sa rigueur, une distinction qu'il ne paraît pas avoir faite habituellement. J'ajoute que ces expressions n'ont pas une valeur aussi nette que celle de puberté; Pétrarque par exemple, lorsqu'il parle de sa première rencontre avec Laure, dit (note du Virgile de l'Ambrosienne) : « Sub primum adolescentiœ tempus » ; ne jurerait-on pas qu'il avait quinze ou seize ans? Or en 1327 il était dans sa vingt-troisième année. D'ailleurs Boccace, rappelant les souvenirs de sa première jeunesse à Naples, écrira au livre IX du De Casibus : « Me adhuc adulescentulo versanteque Roberti régis in aula... », et non « me puero ». Enfin dans le Corbaccio je relève (p. 185) un exemple non douteux de puerizia pour adolescenza : « Gli studi... alla sacra filosofia pertinenti, infino dalla tua puerizia pi ii assai che il tuo padre non avrebbe voluto, ti piacquero... » Il est évident que ceci nous reporte aux résistances que Boccaccino opposa aux velléités littéraires de son fils, pendant son apprentissage commercial et ses éludes canoniques.
cherché d'abord un patron hors de Florence? D'autre part « ce grand commerçant » — on pense involontairement ii la Société des Bardi, au service de laquelle Boccaccino entra vers ce temps — aura eu des comptoirs à \aples, et l'enfant, avide de changement, sans aucun lien d'aiïection qui le retint à Florence, exprima sans doute le désir d'aller poursuivre sous un ciel plus riant l'éducation commerciale qu'il avait commencée à Florence1. Les années 1325-1330, coupées par ce changement de résidence à la fin de 1328, peuvent assez bien correspondre aux six ans que Boccace déclare avoir gaspillés dans le commerce. Les six années d'études canoniques seraient donc représentées par 1331-1336; mais on se souvient que ces six ans furent incomplets2. Or Boccace étant tombé amoureux de Fiammetta le 30 mars 1336, se livra aussitôt à la composition de romans et de poèmes, pour complaire à sa dame et la glorifier; on admettra donc volontiers que le droit canon cessa de l'occuper dès ce moment. Ainsi cette seconde période se trouve réduite à cinq ans et demi à peine.
Toute cette chronologie est fort incertaine; elle est étayée par trop d'hypothèses, et le moindre document formel aurait plus de valeur. En attendant qu'il se manifeste et nous apporte une certitude, il faut se contenter de probabilités.
t. « Abbandonati i paternali campi, in questi bosebi (a Napoli) venni Tapparato ufScio a operare >» (Filocolo, t. II, p. 243). MM. V. Grescini (Contribua, p. 46) et G. Traversait (Le lettere autografe di G. Boccaccio, p. U) avaient admis déjà l'apprentissage de Giovanni à Florence, hors de la maison paternelle; il est sage d'y revenir, malgré les explications de MM. Délia Torre et A. F. Massera, ici d'accord pour rejeter cette interprétation si simple du texte : l'enfant quitte d'abord le toit paternel, et un peu plus tard il part pour Naples.