Voir ci-dessus, p
Jusqu'à sou départ pour Xaples, l'instruction de Boccace avait été, peut-on dire, négative : il n'avait appris (pie ee dont il estimait n'avoir aucun besoin, mais ne savait rien de ce qu'il jugea toujours le plus indispensable. En revanche, il avait acquis un robuste dédain pour tous les marchands, les manieurs d'argent, ceux qui exerçaient les divers métiers qu'il appelle, avec un mépris souverain, les « arts mécaniques ^auxquels il a sans cesse opposé la noble poésie, seule capable de procurer la gloire : « Que diront donc tous nos marchands, habiles seulement à encaisser des écus? Prétendront-ils que la poésie n'est pas lucrative, elle qui promet à ses adeptes tant de siècles de survivance, et soutiendront-ils encore (pie seuls les arts mécaniques assurent un gain? Ces gens-là n'ont qu'à se taire, en rougissant d'oser seulement attaquer les choses célestes, auxquelles ils ne comprennent rien; qu'ils se bornent à ramper parmi les objets que la bassesse de leur esprit est à peine capable de saisir '! ». Par l'insistance avec laquelle il a développé cette thèse2, on sent que Boccace en puisait l'idée dans un fonds d'impressions très anciennes, qui lurent parmi les premières à façonner sa personnalité. Aussi imagine-t-on aisément le soupir de soulagement qu'il dut pousser en arrivant à Naples : sans doute, il était encore condamné à vivre parmi les
1. G. Boccaccio, Comento sop/a Danle, lezione 57 (t. II, p. 428).
2. Par exemple dans le Corbaccio, clans son églogue XII (Laurea), au livre XIV, c. iv de sa Généalogie des dieux, au livre III, c. x du De Casibus (surtout contre les gens de lois), et même dans quelques poésies détachées (éd. Moutier, t. XVI, p. 51).
marchands; mais pour la première fois il jouissait d'une liberté relative ; et il en profita ! •
L'allégorie bucolique du Filocolo, déjà tant de fois citée, nous apprend que le jeune pâtre, peu après son arrivée à Naples, y rencontra « un berger de haute distinction », Calmeta, dont la science inépuisable éblouit l'adolescent; et Boccace nous donne un programme fort détaillé du cours d'astronomie que Calmeta développa devant le néophyte à l'intelligence encore inculte, mais immédiatement séduit par ces nobles études1. Nous pouvons tenir pour assuré qu'en effet l'astronomie fut une des premières acquisitions réalisées par Boccace, dévoré de l'amour de la science : l'étalage qu'il a fait de ses connaissances dans ce domaine serait déjà un indice important pour confirmer ce détail ; mais il y a plus. C'est à Naples qu'il connut l'astronome génois Andalô di Negro, qu'il cite avec honneur en maints passages de ses œuvres, pour rappeler notamment qu'il fut son élève2, et dont nous savons qu'il posséda les traités3. Andalô mourut en juin 1334, en sorte que Boccace put s'instruire à ses côtés pendant plus de cinq ans; c'est donc ce personnage que l'on est le plus naturellement porté à reconnaître sous le nom de Calmeta4. Cependant une autre hypothèse fort ingénieuse a été proposée : parmi les lettres de sa jeunesse, dont Boccace nous a lui-même conservé la copie,