‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 153 sur 199 · Purent., VII, v · texte numérisé non relu

Purent., VII, v

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l'attention. Elle commence par les papes, si différents de leurs lointains prédécesseurs1, car, au lieu de prier, ils ne songent qu'à faire la guerre; ils échangent leurs bandelettes contre des casques et leurs crosses contre des lances 2 — claire allusion à Urbain V, qui en 1363 déclara la guerre aux Visconti3. L'empereur — évidemment Charles IV de Luxembourg — n'est qu'un ivrogne; quant aux rois, Boccace ne voit en eux que des « ânes couronnés » : le roi de France, le plus fier de tous, méprise la philosophie et rougirait de savoir lire — ce qui pouvait se dire de Jean le Bon, mais eût été souverainement injuste de Charles V, monté sur le trône en avril 1364, et grâce auquel une véritable renaissance s'annonça en France4. On doit reconnaître Pierre le Cruel, roi de Castille (1350-1368), et Pierre IV d'Aragon (1336-1387) dans « les Espagnols à demi barbares et sanguinaires3 » ; l'Anglais « orgueilleux de ses récents succès )>, ne peut être qu'Edouard III, qui avait signé la paix de Brétignv (1360) après la grande victoire de Poitiers G ; le Hongrois ne vaut que par le nombre de ses

1. « Modernos (pontifices) a veteribus exorbitantes » (Corazzini, p. 364, qui donne ici un texte inintelligible).

2. C'est une réminiscence de Dante (è giunta la spada Col pastorale, Pu/g}, XVI, 109-110); et plus loin, Boccace écrit : « Christiano sanguine fuso lœlari », ce qui rappelle encore Dante (/«/'., XXVII, 88).

3. F. Torraca le rappelle avec raison, tout en préférant reconnaître ici la reprise de cette même guerre par Grégoire XI en 1371 (Per la biogr. di G. B., p. 211).

4. F. Torraca préfère justement voir ici une allusion à Charles V, ce qui n'est pas le moins extraordinaire de ses arguments (p. 212).

5. Le même critique préfère à Pierre le Cruel son assassin, Henri de Transtamare, qui usurpa son trône en 1368 (ibid.).

6. Pour soutenir sa thèse, F. Torraca fait appel à un sac de Limoges en 1370, tout en avouant qu'à partir de 1372 les Anglais ne connurent plus que des revers : et la dédicace serait au plus tôt de la seconde moitié de 1373 (p. 220-221)!

soldats, non par sa valeur1, et le Sicilien est un lâche efféminé 2.

Toutes ces allusions s'accordent fort bien pour donner à penser qu'en 1363-1364, Boccace, rentré de Naples et de Venise, se résolut à dédier son livre à Mainardo dei Cavalcanti, dont il avait éprouvé la solide amitié, et auquel il était redevable d'importants bienlaits3. Cette dédicace, qui équivalait à l'édition du livre, n'empêcha pas l'auteur de revoir son œuvre, à ses heures de loisir, et cette revision fut apparemment achevée avant la mort de Pétrarque, puisque toutes les allusions à ce^rand ami, à ce maître, parlent de lui comme d'un vivant '

L'idée de consacrer un traité spécial à la gloire des « Femmes illustres » est venue à Boccace — lui-même

1. "Louis de Hongrie, mêlé déjà aux événements de Naples en 1343 (ci-dessus, p. 185 et suiv.).

2. Frédéric d'Aragon, qui commença à régner en 1355, mais dont le caractère efféminé ne se serait révélé qu'en 1372, d'après F. Torraca (p. 213).

3. La dédicace dit : « Gujus (Maghinardi) fidem, cujus dilectionem,

a* as munificentiam sœpe expertus es. » .Tout à la fin du dernier livre, Boccace ajouta cette ligne: « Tu eni, parve liber, longum vive felixque, insignis militis Maghinardi meique tenax nominis atque famée », témoignage d'affectueuse reconnaissance que Boccace, en terminant sa revision, sentit le besoin de renouveler à Mainardo, dont il avait éprouvé une fois de plus l'amitié à Naples en 1370-71. Dans l'hypothèse de F. Torraca, ces mots auraient été effacés dans la rédaction définitive (la plus courte); mais comme ils ne pouvaient pas appartenir à une première rédaction, encore non dédiée, on ne sait d'où ils sortent! — Un autre indice chronologique est fourni par le fait qu'aucune des retouches ne paraît postérieure à la connaissance que Boccace eut des oeuvres de Tacite, à partir de 1370; cela ressort clairement de son chapitre sur Néron, tout entier conduit sur la biographie de Suétone, sans aucun emprunt aux Annales. Sur cette question de Tacite, voir ci-après, p. 405 et suiv.

LES ŒUVHES LATINES :W7

l'affirme1 — de l'exemple de Pétrarque, qui travailla jusqu'à sa mort à la composition de son De Viris illustribus. Le De Claris Mulieribus peut donc être tenu poulie reflet modeste d'une œuvre de plus vastes dimensions. Mais ces biographies de femmes sont aussi, sans nul doute, une sorte de rejeton, qui a germé sur la souche du De Casibus : ce dernier traité en effet, bien que son titre parut exclure 1(3 sexe faible2, mentionne à leur place, divers exemples de femmes frappées par l'inconstante Fortune : Jocaste, Didon, Athalie, Arsinoé, Cléopâtre, Messalinc, Rosamonde, Brunehaut, Filippa de (Satané et quelques autres. On peut donc admettre que, au cours de son travail, Boccace fut séduit par l'idée de réunir en un bouquet toutes les figures de femmes qu'il ne pouvait pas faire entrer dans son plan, quitte à reprendre quelques-unes de celles qui y figuraient déjà; le livre plus court sur les femmes serait ainsi une espèce d'appendice ou de supplément au De Casibus. À l'appui de cette hypothèse, il faut indiquer pour quels motifs la composition et l'achèvement du De Claris Mulieribus doivent être considérés comme postérieurs à la rédaction du traité sur l'instabilité de la Fortune.

Boccace a dédié son livre à une femme, à la sœur du grand sénéchal de Naples, Andréa Acciaiuoli, qui, mariée une première fois à un comte de Monte Odorisio, était devenue comtesse d'Altavilla par un nouveau mariage. En 1357, elle portait encore le titre de comtesse de Monte Odorisio3; lorsque fut rédigée la dédicace du

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