‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 158 sur 199 · Argia (80), Hypsipile (81), Hypermnestre · texte numérisé non relu

Argia (80), Hypsipile (81), Hypermnestre

6. Les chap. 83 à 88 (Megulia, Claudia, Busa, Tertia ^Emilia, Guria, Sulpitia), 90 à 98 (Romana juvencula, Orgiagontis conjux, Conjuges Teutonum) et 100 (Conjuges Meniorum) sont empruntés aux livres IV, V et VI de Valère-Maxime; il faut y ajouter le chap. 82 (Gaia Cyrilla) tiré du traité anonyme De prxno minibus, souvent attribué à cet auteur. — Les sources du De Cl. Mu/., bien que Boccace ne les ait pas indiquées, sont assez faciles à retrouver; elles ont été relevées par A. Hortis, puis, avec quelques précisions nouvelles, par Laura Torretta (Giornale stvrico, t. XXXIX, p. 273 et suiv.).

HAUVETTE. — Boccace. ^«

quatre de Tacite, aux Annales duquel Boccace devait déjà sa biographie de la mère de Néron (eh. 68); encore ces quatre emprunts nouveaux sont-ils coupés par un chapitre tiré d'Isidore de Séville, et un autre extrait de Giovanni Villani1. Enfin les histoires de Niobé, d'Arachné et de Manto sont racontées à nouveau (eh. 78 bis, 80 bis et 94 bis), pour leur donner sans doute un tour plus élégant, car les éléments de la légende y sont exactement les mêmes — à moins que Boccace n'ait oublié qu'il en avait déjà traité 2. Ainsi apparaissent avec une suffisante clarté les deux premières phases de la composition du livre. 11 y en eut une troisième, qui -comporta non seulement le classement, la fusion de ces deux fonds acquis successivement, et l'addition de quelques observations morales, mais encore l'adjonction de trois nouveaux chapitres, sur Cornificia3 et sur deux Italiennes du xive siècle, la Siennoise Camiola, qui vécut à Messine au temps du roi Pierre II de Sicile (1337-1342) 4, et la reine Jeanne de Naples5.

1. Chap. 89 (Epicharis), tiré des Ann., XV, 51-57; 90 (Pompeia Paulina), ibid., 61-64; 91 (Triaria), tiré des Iiist., III, 76-77; 92 (Proba), emprunté à Isidore, De script, eccl., V; pour 93 (Gonstanza), voir G. Villani, IV, 20 et V, 16; 94 (Sabina Poppaea), tiré des Annales, XIII- XVI. Ce mélange est un des indices les plus caractéristiques du désordre avec lequel a procédé Boccace. Je vais revenir un peu plus loin sur les emprunts faits à Tacite.

2. Ce doute m'est inspiré par la double rédaction du chapitre sur Manto (15 et 80 6m); la seconde, très incorrecte dans la copie florentine (sans doute parce qu'il n'était pas facile de se reconnaître au milieu des surcharges, ratures et renvois du brouillon), est plutôt plus brève que la première; aussi Boccace s'en est-il tenu à celle-ci lors de sa revision définitive (chap. 28 de la vulgate).

3. Chap. 84 de la vulgate, tiré de la chronique d'Eusèbe, traduite par saint Jérôme.

4. Pierre II d'Aragon succéda à Frédéric II en 1337. Le texte de Boccace dit Frédéric III; mais Frédéric III mourut après Boccace et n'eut pas un Pierre pour successeur.

5. Gela porte à 104 le total des chapitres, plus la Conclusion. L'édi-

LES ŒUVKES LATINES 403

Ces constatations suffisent pour rendre peu acceptable toute hypothèse tendant à resserrer la composition et l'achèvement du De Claris Mulieribus dans l'étroit espace de trois ou quatre ans : c'est un livre que Boceaee a dû interrompre plusieurs fois, puis reprendre, suivant qu'une occasion se présentait d'y ajouter quelque chapitre, jusqu'au jour où, voulant en finir, il le refondit d'un bout à l'autre. Un seul indice chronologique utile, encore qu'assez vague, a été relevé; il se rapporte à l'enseignement de Léonce Pilate : dans le chapitre de Cireé (25 du brouillon) était d'abord insérée l'histoire de Glaucus et de Seylla, d'après Ovide1; en reprenant plus tard ce chapitre (36 de la vulgate), Boccace supprima toulcel épisode. On a supposé avec vraisemblance que. dans l'intervalle, l'auteur avait lu Homère, entendu les explications de Pilate qui contredisaient certains détails d'abord acceptés sans discussion, et rédigé sur ces nouvelles données un chapitre de sa Généalogie (IV, 15). Lorsqu'il reprit ensuite ses biographies de femmes, il se contenta de faire à cet endroit une coupure, sans se croire tenu à reprendre les conclusions qu'il avait consignées dans son traité mythologique 2 — en d'autres termes, la première rédaction est antérieure à l'enseignement de Pilate; la seconde est postérieure. Mais de combien?

teur de Berne a inséré abusivement, entre Camiola et Jeanne, un chap. sur Brunehaut, qui est extrait du De Casibus (voir ci-dessus, p. 350).

1. Mctani., 1. XIV. Toute cette question est exposée fort bien par G. Traversait, p. G et suiv.

2. G. Traversari, p. 7-8; le raisonnement de ce critique serait excellent, s'il n'avait la préoccupation d'exclure l'bypothèse que la revision finale du De Cl. Mu/., suivit la rédaction du chapitre de la Généalogie sur Circé, ce qu'il a d'abord tort bien établi (p. 8). — G. Traversari a cru trouver ailleurs encore une trace de l'enseignement de Pilate, mais celle-ci n'est nullement évidente (p. 16).

Un passage du chapitre final, sur la reine Jeanne, a donné à penser que Boccace écrivait à un moment où la reine était veuve; or il y a peu de choix, car elle ne resta veuve que quelques mois, en 1362, entre la mort de son second époux, Louis de Tarente, en mai, et son troisième mariage avec Jacques de Majorque, en décembre. Parlant en effet des mille difficultés au milieu desquelles Jeanne eut a se débattre, Boccace mentionne l'humeur rude et sombre de ses maris; pareil langage eût-il été possible à partir du jour où l'époux de la reine fut un prince, remuant peut-être, mais dont l'auteur pouvait attendre, et dont il obtint réellement plus 'tard, une protection bienveillante *? Malgré les adhésions formelles qu'elle a recueillies, cette théorie ne clôt pas définitivement la discussion; car en relisant la phrase de Boccace2, on peut s'assurer qu'elle vise seulement les graves embarras que connut Jeanne au début de son règne, lors des menaces combinées du roi de Hongrie et du pape3 : les maris qui furent alors pour elle une sourc< de longues difficultés ne sauraient être que André de Hongrie et Louis de Tarente. En quoi Jacques /de Majorque aurait-il pu trouver là une allusion offensante pour sa personne? On remarquera que l'express on « conjugum austeros mores » est singulièrement pi dente; d'ailleurs rien' n'oblige à croire que cette paW ait été destinée à passer sous les yeux du prince; et\ ceux qui tiendraient pour impossible que la reine n^

1. M. Landau, Boccacclo, 1877, p. 211; cf. A. Hortis, p. 8(J, noie.

2. « Nam perpessa est intestina regulorum fratrum dissidia, et extera bella non nunquani intra regni gremium debacchata; sic et arlieno crimine fugam, exilium, et conjugum austeros mores, livores nobilium, siuistram nec meritam famam, pontificum minas, et alia quae omnia forti pertulit pectore, et tandem erecto invictoque omnia superavit animo » (fin du chap. civ de la vulgate).

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