‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 161 sur 199 · Voir ci-dessus p. 404, noie · texte numérisé non relu

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4. C'est la solution de G. Traversari : « Mi pare che non si possa scindere il fatto del viaggio a Napoli... dalla correzione del De Claris Mulieribus e l'aggiunta del capitolo délia regina Giovanna » (op. cil., p. 1041).

retrouvée plus florissante, délivrée d'une effroyable anarchie; la reine avait surmonté de terribles difficultés; elle avait définitivement éloigné la menace du roi de Hongrie et obtenu du pape la proclamation de son innocence (juin 1352). Boccace pouvait admirer sincèrement l'énergie peu commune déployée par Jeanne depuis les débuts troublés de son règne; en outre, elle lui témoignait de la bienveillance : elle aurait voulu retenir à Naples le poète, le conteur, qui avait charmé sa jeunesse, en lui offrant Y « otium cum dignitate », ce rêve de tout lettré1. En repoussant cette proposition flatteuse, Boccace acquérait le droit d'en exprimer, sans ombre d'adulation, une reconnaissance dont il ne fut certes pas incapable. Dans cette hypothèse, les quarante derniers chapitres environ auraient été composés, -et l'ensemble du traité refondu, entre 1370 et 1374.

Comme le De Casibus, le traité des femmes illustres est un ouvrage d'histoire anecdotique et moralisée, plutôt que d'érudition ; Boccace s'abstient d'y faire étalage de sa science et de citer ses auteurs : il cause, il disserte, un peu à bâtons rompus. Le conteur se retrouve dans quelques récits piquants, tels que l'histoire de la papesse Jeanne (ch. 99) et, plus encore, dans celle de la femme aimée par le dieu Anubis (ch. 89), si semblable à celle de frate Alberto déguisé en ange Gabriel et de la Vénitienne Lisetta (Décam., IV, 2); son indéracinable antimonachisme tire parti de l'aventure de Rhea Sylvia, mère de Romulus et de Remus, pour maudire les calculs intéressés des parents qui

1. « Curabat vir eximius (Ugo, comte de San Séverine-), etiam me invito, toti-s viribus, ut me, inlerveniente subsidio serenissimœ domina? Jobannae Jérusalem et Siciliœ reginae, apud Parthenopeos placido locaret in otio. » (lcitre à Jacopo Pizzingbe, Corazzini, p. 189)

vouent (les fillettes à la vie du eloitre (eh. 43); l'éloquence un peu redondante, avec laquelle Camiola flétrit l'ingratitude d'un chevalier indigne, rappelle les discours d'une Ghismonda à son père (Dec, IV, 1) ou d'une Madonoa Filippa devant ses juges (Dec, VI, 7)1. Cependant Boceace ne conte plus simplement pour eo*nter : moraliste sévère, il est bien loin de vouloir faire amende h onorable à un sexe dont ses récits de jeunesse avaien t surtout mis en lumière la fragilité : s'il exalte certaines femmes, c'est parce qu'elles ont montré des qualités viriles, d'autant plus admirables en elles, qu'elles sont par nature faibles, lâches, sans défense contre les vices, et notamment contre le pire de tous, la luxure. Le misogynisme du Cofbaccio se retrouve sans atténuation dans le De Claris mulieribus1', l'idéal de perfection qu'il propose aux femmes est celui de la modestie, de la réserve, du dévouement, de la soumission, de la fidélité sans bornes — l'idéal incarné en Griselda. Telle est à cet égard la susceptibilité de Boceace qu'il ne prend pas son parti de voir la Dicton virgilienne tomber dans les bras d'Enée : au récit du poète, il oppose la version rapportée par l'historien Justin, d'après laquelle Didon s'est tuée pour rester fidèle à son premier époux; il y insiste dans un long chapitre (40), se réservant d'y revenir encore dans la Généalogie (XIV, 13) et dans son commentaire de Dante (lezione XVIII), comme il s'en était déjà expliqué dans le De Casibus (L. II). Sur ce

1. On remarquera que les quatre chapitres cilés ici appartiennent à la série des plus tardivement rédigés; ils occupent dans le brouillon les numéros 07, 72 et 95, le ch. sur Camiola étant encore postérieur.

2. Sur ce point, voir le chapitre d'A. Hortis sur le De Claris Mit/ieribus; on trouvera dans un article de Laura Torrelta (Giorn. storico, t. XXXIX, p. 260 et suiv.) un relevé assez complet de tous les passages caractéristiques du livre, au point de vue des idées morales.

point, la rigueur de Boccace n'admet pas de transaction.

Bien entendu, les additions et corrections introduites dans le texte, lors de la revision finale, accentuent le caractère moralisant du livre 1 ; cependant on a remarqué d'assez curieuses contradictions entre les tendances qui se dessinent dans ces divers morceaux : ici Boccace trace aux jeunes filles un programme de vie purement monacal; là, au contraire, il semble leur recommander une certaine émancipation, leur proposant l'exemple de Camille, la vierge guerrière2, ou encore celui de femmes lettrées (Cornificia, Proba), ou artistes (Thamyris) 3, ce qui est en opposition flagrante avec les préceptes traditionnels de l'éducation des filles au moyen âge. Mais il faut renoncer à trouver une doctrine parfaitement cohéV rente dans un ouvrage composé à des époques diverses, où se reflètent les impressions fugitives produites par telle ou telle lecture dans un esprit plus primesautier que systématique; aucune évolution proprement dite ne doit être recherchée, à ce sujet, dans la pensée de Boccace. Il est pourtant remarquable que ces hardiesses se manifestent de préférence dans les chapitres composés ou retouchés en dernier lieu : en vieillissant, l'impertinent conteur semble avoir caressé avec une

1. Voir les variantes que G. Traversait a relevées dans les chapitres sur Hypermnestre, Niobé, Penthésilée, Leaena, Sempronia (loc. cit.. p. 3-6 et 13-14).

2. Gh. 37; l'addition faite par Boccace à la première rédaction commence par ces mots : « Hanc intueantur velim puellulae hodiernae... ».

3. Les pinceaux de Thamyris (ch. 5'i) inspirent à l'auteur cette conclusion : « Equidem laudabile plurimum, si prospectemus fusos et calathos aliarum. » A propos de Cornificia (ch. 84) : « O femineum decu», neglexisse muliebria et sludiis maximorum vatum applicuisse ingenium! » Même exclamation dans le ch. sur Proba (95). : « Numquid optabilius audiisse feminam Maronis et Homeri scandentem carniina?... » etc.

complaisance particulière l'idéal de la femme virile1, de celle qui se voue à l'étude des classiques ou à la peinture 2, et, en relisant le chapitre qu'il avait consacré à Sapho, il y ajoute une exclamation vibrante en l'honneur de la gloire poétique3. Par là Boccace, malgré sa médiocre latinité, et en dépit de son attachement sénile à l'ascétisme médiéval, restait à l'avantgarde des promoteurs de la Renaissance.

Le traité de la Généalogie des dieux païens est la compilation crudité qui a occupé le plus de place dans les préoccupât ions de Boccace, comme elle est la plus vaste par les dimensions et la plus solide par la richesse des renseignements, contrôlés et classés avec soin, qu'elle présentait aux lettrés, dès cette première aube de la renaissance des études classiques. Il est peut-être un peu exagéré de dire que l'auteur a tenu près de trente ans sur le métier cette œuvre favorite de sa maturité et de sa vieillesse; mais il est exact que, dès ses premiers pas dans la carrière littéraire, Boccace manifesta un intérêt particulier pour la mythologie, pour les auteurs anciens qui en ont traité spécialement, et aussi pour ceux de ses contemporains qui lui frayaient la voie dans ce domaine, et qui étaient les plus capables de

1. Voir le chap. sur Zénobie (n° 71 du brouillon) ou celui De Conjugibus Menlorum (u° 100 du brouillon).

2. Les chapitres déjà cités sur Cornificia et Proba sont parmi les derniers rédigés; Proba occupe le n° 92 du brouillon, et Gornificia est une addition de la revision définitive.

3. « Quo splendore profecto non clariora sunt regum diademata, non pontificum infulse, nec etiam triumpbantium laureœ ! » (Voir G. Traversari, p. 13.)

satisfaire sur ce point sa curiosité : il n'a pas manqué de rappeler parmi eux, au premier rang, Paolo Perugino, le bibliothécaire du roi Robert de Naples, dont les « Collectiones », avidement lues par cet apprenti humaniste, constituaient une importante contribution à l'étude de la mythologie grecque1. Le profit qu'en tira Boccace est attesté par ses premiers écrits napolitains, les lettres latines de 1338-1340, le Filocolo, et, parmi les œuvres postérieures, la Fiammetta.

Le moment précis, où l'idée de composer ce « corpus » des fables relatives aux dieux et aux demi-dieux s'empara de son esprit, ne se laisse pas déterminer aisément; tout ce qu'il est permis de supposer est que cette date doit se placer entre 1340 et 1350 — on va voir dans quelles circonstances — ; d'autre part, il est certain que ce fut seulement tout à la fin de sa vie, en 1371 2, que Boccace communiqua son livre pour la première fois à des amis, et qu'on en prit des copies contre son gré; car il ne croyait pas y avoir encore dépensé assez de soins. Mais, entre ces deux limites extrêmes, les diverses phases du rude labeur d'où est sorti le traité de mythologie ne se discernent pas avec une égale clarté ; seule la période de la dernière revision a été brusquement éclairée, depuis l'heureuse découverte et l'examen approfondi du manuscrit original, sur lequel Boccace a travaillé à partir de 1363 environ 3. De graves obscurités subsistent sur la phase précédente,

1. De Gcn. Deor., Proemium (0. Hecker, p. 165), et 1. XV, c. 6 (Hecker, p. 271-272); voir ci-dessus, p. 32-33.

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