‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 165 sur 199 · Gen., 1. I, c · texte numérisé non relu

Gen., 1. I, c

LES ŒUV1ÎES LATINES 427

hommes et des femmes, dont les actes, bien réels, furenl déformés par l'imposture des uns et acceptés comme surnaturels par la crédulité des autres — . le sens naturel — l'Aurore, fille de Titan et de la Terre, est la clarté de l'aube, produite par le soleil (descendant de Titan), et qui paraît s'élever de la terre — , et le sens moral — qu'Adonis soit transformé en fleur, cela montre la fragilité de la beauté, etc.. Mais bien qu'il inclinât pour le sens historique1, le choix de Boccace entre ces diverses interprétations paraît fort arbitraire; plus arbitraire encore est sa façon de les mêler et de les superposer, un peu au hasard de ses inspirations2. Pas plus que la critique des diverses sources des légendes, la détermination d'une méthode fixe d'interprétation ne saurait donc être demandée à Boccace. Ces tâtonnements étaient inévitables chez un précurseur; les savants modernes ont-ils fini par s'entendre sur une exégèse vraiment scientifique de la mythologie? Les incertitudes du promoteur de ces études délicates ne doivent donc pas nous empêcher de reconnaître la grande curiosité d'esprit et la consciencieuse application dont il a fait preuve dans ses recherches.

Pour le lecteur moderne, les deux derniers livres de la Généalogie offrent un intérêt particulièrement vif, parce que Boccace y parle plus longuement de lui-même, de ses opinions et de ses souvenirs personnels; aussi cette partie de son œuvre a-t-elle été souvent analysée. traduite, commentée 3. L'auteur s'y est étendu surtout

1. Il y incline notamment dans les chapitres mythologiques du De Cl. Muliciibus.

2. Sut- ce point, je renvoie encore au chapitre très nourri de A. Horlis, Studi, p. 162 et suiv.

3. En première ligne se place ici, comme toujours, l'ouvrage fondamental d'A. Horlis. Ad. Mussafia s'est surtout occupé du livre XV dans

sur la défense de la poésie (1. XIV). en reprenant l'idée courante alors, et déjà exprimée entre autres par Dante, d'après laquelle les fictions de la mythologie, les aventures des faux dieux et les mensonges des poètes ne sont que le beau voile dont se paraient, aux yeux de l'antiquité mécréante, les éternelles vérités touchant Dieu, la nature et l'homme. L'argumentation de Boccace est dirigée avec une insistance spéciale contre les hommes d'église, orgueilleux, ignorants et hypocrites, qui, sous prétexte de défendre la religion, attaquent avec acharnement la poésie et les poètes; et c'est en somme à la même préoccupation que répond le livre XV, consacré par l'auteur à son apologie personnelle. On sent très bien que, sous chacun des reproches adressés à son activité, Boccace retrouve cette accusation unique, essentielle, qui le hante : il s'est voué, lui chrétien, h l'exégèse de mythes païens, de légendes frivoles, d'exploits prêtés à des divinités menteuses. Ainsi le scrupule éveillé en lui par l'ambassadeur de P. Petroni ne cessait pas de se représenter à sa conscience, et c'était la question grave, pressante, vitale pour la renaissance des études classiques, qui allait provoquer d'activés polémiques à l'aurore du xve siècle entre les mystiques et les promoteurs de l'humanisme, entre un Giovanni Dominici et un Coluccio Salutati *.

son rare opuscule (Dlfese (Van Illustre, Vienne, 1861 ; en partie reproduit par L. Morandi, Antologia délia critica môderna, 8e éd. 1893, p. 334). Voir aussi O. Zenatti, Dante e Flrenze (1905), p. 206-337, avec un très abondant commentaire. Le texte des livres XIV et XV est réimprimé, d'après le manuscrit original, par O. Hecker (Boecaecio-Funde (1902), p. 188-299.

1. Sur ces polémiques, voir le traité de G. Dominici, Lucula noctis, récemment publié par Rémi Goulon (Paris, 1908) et surtout YEpistulario di Coluccio Salutati, dont l'édition, due à F. Novati (5 vol. 1891 et suiv.), constitue un document de première importance pour l'histoire des débuts de l'humanisme.

Dans ce conflit, Boccace a pris nettement parti. Docile aux avis que lui a prodigués son maître Pétrarque l, il a reconnu que sa vocation était l'étude de la poésie; il y persévérera 2. Mais on sent que sa conscience n'est pas tout à fait en repos : il accorde que l'étude des labiés païennes n'est pas à conseiller généralement, afin de mieux soutenir qu'elle ne messied pas à tous 3; et surtout, en guise d'antidotes, il multiplie ses professions de foi catholique : il prend la peine d'exposer en résumé la vie du Christ, depuis sa naissance jusqu'à son ascension M On peut dire que Boccace fut plus troublé, plus agité par ce conflit que Pétrarque luimême, dont la personnalité plus robuste parvint à s'imposer au respect de tous par sa belle sérénité. Au temps de sa jeunesse intrépide et de sa verve impertinente, l'auteur du Décaméron, s'il s'était trouvé engagé dans de pareilles discussions, aurait pris moins de précautions pour se porter du côté ou l'inclinaient toutes ses sympathies; même vieilli et tourmenté par l'approche de la mort, par les menaces de l'au delà, il conserve quelque chose de son ardeur combative pour invectiver l'hypocrisie des clercs. On est surtout heureux de retrouver sous sa plume, malgré la timidité qu'il manifeste en d'autres pages, la ferme revendication de l'honneur qui lui était dû pour avoir le premier ramené parmi les Latins, avec la connaissance de la langue grecque, l'intelligence des poèmes d'Homère. L'amour de la gloire, qui fut une des passions avouées de Pétrarque, s'exprime

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