‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 172 sur 199 · Voir ci-dessus, p. 407 et suiv · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus, p. 407 et suiv

3. Ce religieux avait dû être jadis un de ses compagnons de plaisir et aussi d'études, car il lui di± (la lettre est malheureusement parvenue sous une forme très incorrecte) : « priscos illos mores tuos quibus effrenis in illecebras prœcipitans ultro.. », et un peu plus loin : « per veterem studiorum nostrorum amicitiam » (Gorazzini, p. 257-258).

LES DERNIÈRES ANNÉES (1365-1375) 4'i5

qui s'était mis en route sans l'attendre, lui déclara qu'il ne le suivrait pas, et lui réclama au moins le fragment de son Taeitc qu'il lui avait confié*.

D'autres protecteurs, plus dignes de lui, offrirent alors à Boeeaee de lui assurer, dans ce beau pays qu'il aimait et que sa présence honorait, une hospitalité qui ne devait entamer en rien sa liberté : Ugo, comte de San Severino, lui faisait des ouvertures au nom de Jeanne de Naples 2, et même en son propre nom3; au moment où il se disposait à quitter la Campanie, Jacques de Majorque, mari de la reine, essayait de le retenir4; Niccolù Orsini. comte palatin:, l'invitait à se fixer dans une région moins lointaine, entre la Toscane et Rome y, et Boccacc était touché de tant de marques d'estime et d'amitié. Mais après l'accès de confiance peu réfléchie qui l'avait amené une fois de plus à Naples, il était redevenu ombrageux : il se rappelait qu'il avait refusé l'hospitalité de son meilleur, de son plus glorieux

1. Corazzini, p. 257 et suiv. Des diverses lettres écrites par Boccace entre 1370 et 1373, c'est la seule dont la date soit tout à fait sûre, car, écrite le 20 janvier, à Naples, elle parle de la mort d'Urbain V et de l'élection de Grégoire XI comme d'événements récents; or ils remontaient au 19 et au 30 décembre 1370. Ce texte est donc le point fixe auquel doit se rattacher ici toute notre chronologie : Boccace était venu à Naples vers septembre-octobre 1370.

2. Début de la lettre à Jacopo Pizzinghe (Corazzini, p. 289); voir cidessus, p. 410.

3. « Jussit (Hugo de S. Severino) ut bono animo essem, et suis saltem sumptibus, si aliter non daretur, Neapoli me retinere conatus est... » (Corazzini, p. 319)

4. « Ceterum in discessu meo,... serenissimus princeps Jacobus Majorcarum rex fecit onorare me precibus ut sub umbra suœ sublimitatis otiosus senium traherem, amplissimum ultra régale munus libertati meae offerens spatium. » (ibld., p. 319-320)

5. « Tu (Nicholaus de filiis Ursi) amœnissimos recessus possides eo in promonlorio quod se in Tirrenum protendit mare et, secundum quosdam, séparât a Tuscis Etruscos » (ibid., p. 320-21). Niccolù Orsini était alors gouverneur du patrimoine de saint Pierre en Toscane (voir Epistolario di C. Salulali, éd. F. Novati, t. I, p. 57).

ami1; agité, impatient de revoir sa patrie et d'y retrouver ses chers livres -, il se rendait compte qu'il s'était lancé à la légère dans une entreprise un peu folle3, et pour réparer au plus tôt cette erreur, il rentrait en Toscane vers le milieu de mai 1371 *.

Au printemps suivant, le 5 avril, puis le 26 juin, on le trouve à Gertaldo, écrivant à ses correspondants napolitains des lettres 3 qui nous fournissent sur cette

1. Gorazzini, p. 319. La lettre à Niccolô Orsini, à laquelle sont empruntées ces dernières citations, et datée de Certaldo, 26 juin, me paraît être de 1372. On a beaucoup discuté sur cette date, parce que Boccace y parle de son voyage à Naples, « anno prœterito » (p. 318) : si elle a suivi d'un an le voyage, a-t-on dit, elle est de 1371, et si elle est postérieure à cette année, c'est que Boccace est retourné une seconde fois à Naples. Mais « anno prœterito » ne veut pas dire : « il y a juste un an » ; cela signifie « l'année passée » ; or si Boccace écrivait cela en 1372, il est exact que l'année précédente, jusqu'à la mi-mai, il était à Naples. — On a prétendu aussi que la lettre à J. Pizzinghe ne pouvait être que de la fin de 1372, parce que ce personnage y est désigné comme « logotheta serenissimi principis Federici régis Trinacriœ », et que Frédéric prit ce titre seulement dans les derniers mois de 1372 (F. ïorraca, p. 201) ; mais qui nous dit que ce titre figurait dans l'adresse rédigée par Boccace, et n'a pas été ajouté dans la copie? Je crois la lettre de la même année que le printemps (vere prœlerlto, avril 1371) où Boccace brûla du désir, aussitôt satisfait, de rentrer en Toscane (voir note suiv.). F. Torraca objecte encore que celte lettre mentionne la présence à Naples du cordelier Ubertino da Goriglione, cbargé de négocier avec Jeanne un traité au nom de Frédéric, roi de Sicile, traité qui fut signé en mars 1372 (p. 199-200); soit, mais les négociations furent longues : « eum... Neapoli moram trahere pro quibusdam arduis tui suique régis... » (Gorazzini, p. 190); on était donc encore bien loin d'aboutir.

2. « Incertus mei..., plurimo desiderio trahebar redeundi in patriam..., nec minus revisendi libellos quos immeritos omiseram. » (Gorazzini, p. 189; sur la date de cette lettre à J. Pizzinghe, voir note précédente).

3. « ... quomodo senex et œger... casu Neapplim delatus sim » (Gorazzini, p. 318).

4. Lettre à Matteo d'Ambrasio, Naples, 12 mai : « festinanter » — « instante discessu meo » (Gorazzini, p. 327-329).

5. Pour la lettre du 26 juin, adressée à Niccolô Orsini, que A. Hortis plaçait en 1371, je partage l'avis de F. Torraca en l'assignant à 1372, mais pour d'autres raisons; voir ci-dessus, n. 1. — La lettre du 5 avril, à Pietro da Monteforte, est e'ncore beaucoup plus discutée; F. Torraca la rapporte à 1373 (p. 202) mais sans en donner d'autre raison que sa croyanco dans un second voyage de Boccace à Naples en 1372. 0. Hec-

curieuse équipée des détails fort instructifs. Il importe d'en détacher encore ceux qui ont trait à la communication que Boccace fit alors de sa Généalogie à quelques amis : le livre se trouva ainsi divulgué contre le gré de l'auteur, qui se réservait d'y apporter quelques nouvelles retouches. Dans ce voyage de Naples, qu'il croyait devoir se prolonger davantage, Boccace n'avait pas voulu se séparer de sa Généalogie, la grande œuvre érudite dont la revision constituait à ce moment sa préoccupation principale. Son intention n'était pas de la publier; cependant il n'avait pas su résister aux prières du comte de San Severino, et lui avait permis, à contre-cœur, d'en prendre copie, en échange de la promesse qu'aucune autre copie n'en serait exécutée sans les corrections que l'auteur entendait encore y apporter. Cependant un peu plus tard, Boccace apprit que son livre circulait de main en main, avec son assentiment, disait-on, ce qui l'obligea à rétablir les faits dans une intéressante lettre adressée à Pietro da Monteforte1. Il n'en continua pas moins à retoucher son œuvre, et les écarts entre la « vulgate » de la Généalogie et le manuscrit définitif, qui nous a été conservé, représentent ce

ker a essayé de prouver que cette lettre est de 1371, mais pour cela il est obligé d'admettre que l'indication du mois est erronée, supposition purement gratuite et inutile; la date du 5 avril 1372, déjà défendue par A. Horlis (p. 28H, note), me paraît très satisfaisante. Au reste, toutes ces discussions chronologiques sont extrêmement confuses, et je ne veux pas essayer de dissimuler le caractère purement provisoire des conclusions, quelles qu'elles soient, auxquelles on peut s'arrêter. L'essentiel me paraît être d'écarter l'hypothèse déraisonnable de deux voyages consécutifs à Naples : comment Boccace n'aurail-il fait aucune allusion à ce détail, lui qui fait remarquer que son équipée, voyage et séjour, fut plus pénible que longue (laboriosam magis quam longam peregrinationem; lettre à Niccolô Orsini, p. 318; texte corrigé par A. Hortis)?

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