‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 174 sur 199 · Voir 0. Hecker, Boccaccio-Funde, p · texte numérisé non relu

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2. « Disposui... circa fincm mensis hujus, vel sequentis principium, ad eum (F. Petrarcam) usque Patavium ire. » (Gorazzini, p. 358.)

3. Oscar Hecker a cru trouver en effet dans les lettres Senties, XV, 8 et XVII, 2, de Pétrarque, la trace d'une rencontre des deux amis, qui paraît remonter à la première moitié de 1372; cela cadre bien avec la chronologie que j'ai adoptée. La discussion de 0. Hecker sur ce point est très pénétrante et persuasive, sauf pour un détail : sa conviction que la lettre à Pietro da Monteforte est de l'automne 1371, l'oblige à placer le voyage à Padoue aussi en automne 1371 ; en réalité, si le voyage eut lieu, ce fut au printemps 1372.

dont il souffrait1; on n'est pas réduit, comme pour Pétrarque2, aux hypothèses lorsqu'il s'agit d'en établir le diagnostic; Boccace, lui, s'explique nettement : il avait la gale, « scabies sicca ». Cette mésaventure n'était pas rare à une époque où les soins les plus élémentaires de l'hygiène, ou plutôt de la propreté, étaient orgueilleusement méconnus : Boccace se vantait avec une visible complaisance de ne se débarbouiller pour ainsi dire jamais3; il devait lui en cuire! Le fait est qu'en 1373 il éprouva des malaises multiples, démangeaisons, prostration, gonflement de la rate, mouvement de bile, toux, essoufflement, sans parler des violents accès de fièvre qui, entre le 12 et le 20 août, lui donnèrent à penser que sa dernière heure était arrivée. Sa servante, qui depuis plusieurs années l'assistait avec dévouement, ne savait que pleurer, tandis qu'il se

1. La date de 1373 me paraît certaine : « Sexagosimum annum ago », écrit Boccace (Corazzini, p. 283); il n'eut soixante ans révolus que dans les derniers mois de l'année (voir ci-dessus, p. 7). F. Torraca, sûr que le conteur était né avant aoiît 1313, lient pour 1372, le moins longtemps possible après le retour de Naples (qu'il place fin mai 1372), parce que Boccace dit : « Miraberis... quod tam diu distulerim ad te scribere... » et un peu plus bas : « Postquam... te ultimum vidi... » (Corazzini, p. 281); or ils avaient dû se voir à Naples (Pêr la blografîa, p. 201). Mais Mainardo, qui était Florentin, avait pu venir lui aussi en Toscane; il y a de sérieuses raisons de penser qu'au moment où cette correspondance fut échangée, il n'était pas loin; F. Torraca le sait (p. 206, n. 2); la dernière rencontre n'avait donc pas eu lieu nécessairement à Naples.

2. Pour qui on a parlé d'épilepsie sénile (voir L. Dorez, en tète de la reproduction phototypique du ms. autographe de la Vie de César par Pétrarque, 1906, p. 7, n. 2). Cependant, pour Boccace, H. Cochin refuse de croire qu'il ait eu la gale, et incline à penser que c'était le diabète, sous prétexte que scabies était un nom alors appliqué à toutes sortes de maladies {Boccace, p. 167-168, note). Faut-il lui rappeler le texte de Boccace : « Scabies sicca cujus abradere squamas aridas et scoriam die noctuque vix sufficit unguis assidua » (Corazzini, p. 282)?

3. Boccace oppose en ces ternies à la damnable habitude qu'avaient les coquettes de se laver la figure avec mille onguents, son dédain de certains soins : « il tuo (viso) rade volte o non mai pur con l'acqua chiara ti lavi >» (Corbacclo, éd. Moutier, p. 312).

hauvette. — Boccace. 2»

retournait sur son lit en gémissant; et lorsqu'elle essayait de lui donner un peu de courage, elle le faisait avec tant de naïveté et d'ignorance qu'elle réussissait au moins à le faire rire' un instant. Enfin, malgré son scepticisme à l'égard des médecins, il en appela un près de lui, et se soumit à l'extraordinaire traitement de saignée et de cautérisation qui lui fut imposé : on le flamba et on le taillada sans merci à coups de rasoir, et cette médication barbare, qui avait pour effet de détruire ou d'expulser une grande partie des parasites logés sous l'épidémie, lui apporta quelque soulagement, après d'horribles tortures1.

Mainardo, auquel ce récit était adressé, répondit aussitôt par une lettre affectueuse, qui parvint à Certaldo le 13 septembre, accompagnée d'un généreux présent — un petit vase d'or rempli de pièces d'or ; Boccace trouvait là de quoi faire face aux dépenses immédiatement nécessitées par sa maladie, et même de quoi s'assurer un peu de bien-être pour l'hiver suivant, lorsque, peu de jours après, il reçut un second présent tout pareil2!

1. Corazzini, p. 281-282, et surtout, pour les soins de sa servante et le traitement par le fer et le feu, p. 284-285.

2. « Misisti pridie aureum vasculum et nummos aureos in vasculo » (Corazzini, p. 299). Dans cette phrase, pridie a, comme toujours dans le latin de Boccace et de ses contemporains, un sens très large, qui peut aller jusqu'à désigner un intervalle de plusieurs années (voir la discussion de 0. Hecker sur ce point, Boccaccio-Funde, p. 135, n.) ; ici ce mot se rapporte à la date indiquée dans les premières lignes de la lettre : « Le 13 septembre, après le coucher du soleil, j'ai reçu ton superbe cadeau et la lettre qui l'accompagnait » ; je le traduirais donc par : « d'abord », ou « une première fois », en l'opposant à ce qui se lit un peu plus bas (p. 299) : « Verum novissime transcendere pauperiem meam conatus es, secundo mittens generosi animi tui testimonium, donum scilicet sequum primo ». Cette lettre, étant postérieure à ce second cadeau, ne peut donc être du 13 septembre, comme on l'a dit trop souvent sans réflexion : elle est de la fin de septembre. — Le faible intervalle écoulé entre la date où écrivit d'abord Boccace (28 août) et le 13 septembre, où celui-ci reçut la réponse avec le premier cadeau, fait

Evidemment Mainardo avait acquis à Naples, à la cour

de la reine Jeanne, des sentiments de noble générosité et de munificence, auxquels sa naissance florentine n'aurait pu, à elle seule, le prédisposer1; et Boeeace remerciait avec effusion ce bienfaiteur qui, dans sa détresse, lui était apparu comme l'instrument de la Providence. L'aumône de Mainardo était touchante en effet, car elle venait vraiment du cœur, et elle était délicatement accompagnée d'expressions déliante estime et de tendre affection.

Ces lettres de Boccace à Mainardo sont encore souvent citées pour le désaveu éclatant que l'auteur du Décaméron y fait de son chef-d'œuvre. Mainardo venait de se marier2, et son vieil ami, pourtant peu tendre pour la vie conjugale, l'en félicitait dans sa lettre du 28 août. Le mois suivant, répondant à la lettre reçue le 13 septembre, Boccace lui disait en substance : « Que tu n'aies pas lu mes modestes ouvrages, je n'en suis pas surpris; ne t'en accuse pas comme d'un crime; que tu veuilles en prendre connaissance l'hiver prochain, si tu n'as pas de meilleure occupation, je l'approuve; mais je ne puis applaudir à l'intention que tu m'annonces de faire lire mes sornettes aux nobles femmes de ta

supposer que Mainardo n'était pas à Naples; ce qui le confirme, c'est la phrase de Boccace : « Precor ut me, dum illis (communibus amicis) Neapolim scripseris, commendatum facias... >> (p. 302).

1. « Te satis ostendis, apud magnanimam reginam versatum, et positis pusillanimitatis florentinae moribus, reginalibus imbutum » (p. 299).

2. Corazzini, p. 286. Il n'est pas impossible que Mainardo fût venu prendre femme en Toscane; mais c'est beaucoup s'avancer de prétendre que les époux vécurent à Florence jusqu'au moment où naquit le fils dont Boccace aurait été parrain (Torraca, p. 20G; voir ci-dessus, p. 392); en réalité, dans ses lettres de fin août et fin septembre, Boccace n'exprime pas l'espoir de voir repasser Mainardo par le val d'Eisa, et il disait de la jeune femme : « licet non sperem eam videre » (p. 286).

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maison... » 1 ; et Boccace expose en termes sévères les déplorables ravages que pourrait produire une lecture aussi démoralisante dans des cœurs honnêtes : il adjure Mainardo, pour son honneur, de ne pas donner à des femmes, dont l'estime lui est chère, l'opinion qu'il est un vieillard libidineux2; car il rougit de ces péchés de jeunesse, et en rejette toute la faute sur une volonté supérieure à la sienne, qui lui avait imposé cette tache3. En s'exprimant ainsi, Boccace était certainement sincère : sa jeunesse insouciante et rieuse lui paraissait infiniment lointaine ; non seulement une profonde évolution religieuse et morale s'était -opérée en lui, mais, comme il arrive à ceux chez qui la piété n'a pas de profondes racines, ce fut aux heures d'épreuve, lorsque l'imminence de la mort s'imposait brutalement à ses méditations, qu'il s'abandonna le plus aux pensées de pénitence et maudit la frivolité de ses premières œuvres.

Précisément à l'époque où Boccace était en proie à sa pénible maladie, une pétition fut adressée par un groupe de Florentins à la Seigneurie, dans le but de faire instituer une lecture publique, accompagnée de commentaires, du poème généralement désigné alors sous le titre : « el Dante », c'est-à-dire la Divine Comédie. Le soin d'expliquer Dante devait être confié à quelque docte citoyen, qui recevrait en échange de ce service une indemnité de cent florins d'or, pour une année 4. Peut-être les promoteurs de cette mesure

1. « Sane quia inclitas mulieres tuas domesticas nugas meas légère promiseris non laudo, etc... » (Ibid., p. 298).

2. « Existimabunt enim legentes me spurgidum lenonem, incestuosum senem, etc... » (p. 298).

3. « Majoris coaclus itnperio {ibid.); voir ci-dessus, p. 209.

4. Le texte de la pétition, et de la délibération qui suivit, a été plu-

avaient-ils dès l'abord en vue Boccace pour commenter le poème dont il était le fervent admirateur * ; toujours est-il que, la requête ayant été acceptée clans le Conseil du 12 août par 186 voix, contre 19 opposants, Boccace fut désigné dans la séance du 25. Il faut retenir cette minorité qui essaya de s'opposer à l'institution de la « lectura Dantis » : sa faiblesse ne doit pas la faire passer inaperçue. Qu'elle ait accueilli quelques descendants d'hommes que le grand poète avait cloués au pilori, c'est une hypothèse séduisante2; mais il paraît probable que l'opposition s'inspira encore d'autres préjugés, dont la force allait s'affirmer davantage aussitôt que le trop confiant commentateur aurait inauguré son enseignement. Celui-ci devait commencer le 18 octobre, date de laquelle courut le traitement de cent florins d'or, jugé alors assez élevé3, qui lui était assuré; mais la première leçon n'eut lieu que le dimanche 23, dans l'église, aujourd'hui disparue, de Santo Stefano, dépendante de la Badia '* — à quelques pas des demeures des Alighieri — et se poursuivit tous les jours non fériés.

sieurs fois publié : par Gaye, au t. I du Carteggio clartisti, p. 525-526, par G. Milanesi, en tète du Commentaire de Boccace (Florence, Lemonnier, t. I, p. i-n), par Pagct Toynbee (Mod. lang. Beview, 1907, t. II, p. 97 et suiv.), par E. Hutton [G. Boecaccio, p. 249-250); voir en outre Docurn. di Storia italiana, publiés par A. Gherardi, t. VJI (Florence, 1881), p. 344-345 et Giornale Storlco, t. XXXII, p. 359.

1. L'initiative serait donc venue des amis dont il dit dans un de ses sonnets (n" 8 de l'éd. Baldelli) : « E Pabbagliato senno degli amici. »

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