‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 175 sur 199 · Paget Toynbee, dans The mod. lang. Review, 1907, p · texte numérisé non relu

Paget Toynbee, dans The mod. lang. Review, 1907, p

3. Filippo Valori, au début du XVIIe siècle, écrivait : « Gon salario di cento fiorini, che fu notabile » (Termini di mezzo rilievo, 1604; passage cité par D. M. Manni, Istoria dcl Deeamerone, p. 101). Les documents sur cette affaire se lisent dans I. Del Lungo, DclC esilio di Dante (1881), p. 163 et suiv., et A. Gherardi, op. cit. Voir encore notes ci-après.

4. Sur cette église de S. Stefano di Badia, clairement désignée par Benvenuto da Imola, qui fut un des auditeurs de Boccace (P. Toynbee, Dante studics, p. 222). voir O. Baeei, // Boccaccio lettore di Dante (Florence, 1913), p. 9-10.

Il est certain que les leçons se succédèrent régulièrement jusqu'à la fin de décembre, date à laquelle Boccace toucha la première moitié de ses honoraires échus à ce moment1. Le cours dut même reprendre en janvier et se prolonger quelque temps, puisque le second paiement de cinquante florins, valant, au cours de cette année-là 178 livres 15 sols, fut intégralement versé au « lecteur », le 4 septembre 1374". On admet en général que, dès le début de 1374, l'état de sa santé éloigna Boccace de sa chaire, parce que lui-même nous parle de la recrudescence de son mal vers le mois de janvier; mais il ajoute que « sa maladie était plus longue et pénible qu'immédiatement dangereuse »; elle ne l'empêcha donc pas, pendant quelque temps, de se rendre chaque jour à S. Stcfano di Badia. Ce fut seulement pendant les quatre mois qui précédèrent novembre, c'est-à-dire à partir du début de juillet, qu'il se remit entre les mains des médecins, ou plutôt des charlatans3. A ce moment au plus tard, les leçons furent assurément suspendues, pour n'être plus reprises4.

1. Comcnio, éd. Milanesi, t. I, p. m, note; et A. Gherardi, op. cit.

2. A. Gherardi, op. cil., p. 3'i5; G. Gerola, Giorn. storico, XXXII (1898), p. 359.

3. Dans sa lettre du 7 nov. 1374 à Fr. da Brossano (Corazzini, p. 378), Boccace écrit : « Verum jam decimus elapsus est mensis postquam in patria publiée legentem Gomœdiam Danlis magis longa quam taediosa, quam discrimine aliquo dubia, aegritudo oppressif, et dum per quatuor menses, non dicam medicorum sed fabulonum, amicorum impulsu, consilia sequor, continue aucta est... » Le présent sequor indique qu'il suit encore le régime prescrit par ces charlatans, et par conséquent les quatre mois indiqués sont ceux qui précédèrent immédiatement la date de la lettre.

4. Le premier paiement de 50 florins ayant été fait pour une durée de six mois ù partir du 18 octobre, donc jusqu'au 18 avril (pro salario et paga primorum sex mensium dicli teinporis (se. unius anni) initia* torum die decimo octavo mensis octubris proxime praeteriti), le seul fait que la seconde moitié, égale à la première, fut versée le 4 septembre à Boccace, prouve surabondamment que celui-ci prolongea sa lecture au

Quelques poésies de Boccace jettent un jour assez vif sur les motifs de cette interruption; outre l'état de santé déplorable du conférencier, elles nous apprennent qu'une campagne fut dirigée contre le principe même de la lecture.

Un personnage dont le nom est demeuré inconnu, mais en qui on peut, sans hardiesse excessive, reconnaître un clerc d'une certaine autorité, à en juger par l'impression que ses critiques firent sur Boccace, se plaignit en termes très vifs1 que l'on exposât en public les sublimes pensées de Dante; c'était, à l'en croire, prostituer les Muses sacrées; c'était faire injure au poète, qui n'avait pas écrit pour la lie du peuple2. — Ce préjugé était ancien et tenace : un conte du Novellino, en forme de songe, enseignait depuis longtemps que « vulgariser la science c'est diminuer la divinité3 ». Sous une forme toute semblable, évidemment traditionnelle, Boccace avait introduit dans le préambule du troisième livre de sa Généalogie une vision, racontée par le philosophe Numenius, dont le sens est que, vouloir révéler au vulgaire les augustes secrets de la science et de la religion, c'est prostituer l'une et l'autre. Boccace alors avait passé outre, sachant trop bien que la pré-

delà du 18 avril. — Quant à la somme de 178 livres 15 sols qui constitua le second versement, elle répond exactement à la valeur de 50 florins, ainsi qu'a bien voulu le vérifier pour moi l'archiviste Bernardino Barbadoro, que j'ai plaisir à remercier de sa complaisance. Sur la valeur de ce salaire en monnaie moderne, voir ci-dessus, p. 438, note.

1. Sonnet 9 : « Le rime tue accese in mia vergogna >» ; et plus loin Boccace parle à son détracteur de sa plume : « la quai non fu temperata a Bologna, Se ben ripensi il tuo aspro dettato ». Bologne était la patrie de 1' « ars dictandi », du beau style des chancelleries.

2. Sonnet 7 : « ST ho le Muse vilmente proslrate Nella fornicc del vulgo dolente... », et sonnet 8 : « Se Dante piange... Ghe li concetti del suo alto ingegno Aperli siano stati al vulgo indegno... »

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