O. Hecker, Boccaccio-Fundc ; p
2. M. Barbi, introd. à l'édition critique de la Vita Nuova (1907), p. clxxv et clxxvii).
nées par l'idéal classique, allaient se détourner du mysticisme médiéval, Boccace a entretenu le culte de Dante avec une conviction qui ne faiblit jamais1. A l'heure actuelle, dans la ferveur toujours accrue des études dantesques, la science italienne salue en lui un de ses plus utiles précurseurs.
D'autre part, il eut la bonne fortune de rencontrer sur sa route la personnalité exceptionnelle de Pétrarque — ou plutôt, avant même de le rencontrer, il lui avait donné son cœur, sur la foi de ce que la renommée publiait de lui. Il l'aima, comme l'homme en qui il trouva son plus affectueux conseiller; il admira le poète et le savant ; il vénéra cette pieuse et sereine vieillesse, qui semblait déjà entrée dans la gloire céleste, comme elle était en possession de la gloire terrestre. Jamais on ne surprend sous la plume de Boccace la plus légère ombre de jalousie. Sans doute on peut rappeler le mouvement de mauvaise humeur au cours duquel l'auteur du Décaméron, ayant lu les poésies lyriques de Pétrarque, jeta au feu les siennes, ou du moins tout ce qui s'en trouvait à portée de sa main2. Mais ce dépit, qu'il traduisait avec sa vivacité coutumière, Boccace ne l'éprouvait que contre lui-même : il sentait clairement qu'il n'atteindrait jamais cette profondeur d'émotion ni cette perfection de forme. Qui oserait prétendre qu'il ne jugeait pas bien?
Comme humaniste, Boccace ne reconnaissait pas
1. G. Carducci, Délia paria fortuna di Dante (1874). — Outre su Vie de Dante et son Commentaire, Boccace a composé un sommaire en tercets de toute la Divine Comédie; une nouvelle édition du premier de ces sommaires (Enfer, en 226 vers) vient d'être imprimée par les soins de G. Vandelli, d'après l'autographe conservé à Tolède (Florence, 1913), simple amorce d'une publication plus vaste, dès maintenant promise.