‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 19 sur 199 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

FIAMMETTA LA PREMIÈRE PARTIE DU « FILOCOLO

Malgré la distance, malgré la différence du climat et des mœurs, un Florentin, au début du xive siècle, ne pouvait pas se sentir dépaysé à Naples. Des liens étroits unissaient les deux villes, d'abord sur le terrain de la politique. Si Florence était devenue, à la fin du xme siècle, la citadelle du parti guelfe, Naples, où les papes avaient appelé, en 1260, les princes de la maison d'Anjou pour déloger les Hohenstaufen vingt fois excommuniés, constituait l'autre pôle de la politique pontificale en Italie1. Charles d'Anjou, frère de saint Louis et comte de Provence, avait fondé dans le sud de la péninsule une dynastie qui, en dépit de ses fautes et de ses échecs, demeura le olus ferme appui des Guelfes; mais une bonne partie de sa force dépendait des Florentins, seuls en mesure

1. Un résumé de ces faits se trouve dans mon volume sur Dante, p. 21 et suiv.; pour plus de détails, voir E. Jordan, Les origines de la domination angevine en Italie (1909).

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de fournir aux Angevins l'argent dont ils avaient besoin. De son côté, Florence, toujours en proie aux discordes intestines, eut souvent recours à l'intervention des rois de Naples. Dès 1306, Robert Ier, encore simple duc de Calabre, avait guerroyé à la tète des Florentins et des Lucquois contre les « Blancs » de Pistoia, et en revenant d'Avignon où il était allé se faire couronner, en 1310, il fut pendant deux mois, à Florence, l'hôte des puissants banquiers les Peruzzi. Trois ans après, vers le temps où Boccace venait au monde, la Seigneurie se mettait pour cinq ans sous la protection de Robert, et celui-ci envoyait ses frères, Pierre et Philippe de Tarente, pour tenir en respect les Gibelins de Toscane 1 ; plus tard encore, en 1322, lorsque Florence fut aux prises avec le tyran de Lucques Castruccio Castracani, elle appela le fils du roi de Naples, Charles duc de Calabre, à son secours; et celui-ci, accompagné de sa femme Marie de Valois et d'une suite nombreuse, fit dans la ville, en juillet 1326, une entrée solennelle, qui fut marquée par de brillantes parades et de somptueuses réjouissances. Le jeune Boccace dut en être ébloui, et peut-être aspira-t-il dès ce moment à visiter le pays où régnaient ces nobles princes et ces belles daines de sang français 2.

Si les Angevins de Naples jouaient un grand rôle dans la vie intérieure de Florence, les Florentins n'étaient pas en reste avec Naples. Après les Vêpres Siciliennes (1282), la dynastie n'avait pu se maintenir sous Charles II, que grâce à l'or des Florentins ; et en échange de leurs avances, ceux-ci obtenaient dans le royaume des privilèges pour

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