G. De Blasiis, op. cil
2. R. Davidsohn, // Padre del Boccaccio, pour la mission auprès de Robert en avril 1329; les titres « consiliarius, cambellanus, mercator, familiaris et fidelis nosler » à la date du 3 février 1329, se lisent p. 187 des Forschungen zur Gesch. von Florenz, du même. t. III, 1901.
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Outre Andalô di Negro et Paolo de Pérouse, dont on sait déjà qu'il fut l'admirateur et le disciple, il entra en relations avec des hommes cultivés, comme Giovanni Barrili et Barbato da Sulmona, qui avaient fait partie de l'escorte du duc de Calabre a Florence, et qui devinrent par la suite les amis de Pétrarque, comme de Boccace f. Dès sa jeunesse, ce dernier rechercha constamment la société des hommes en vue 2 ; sa bonne mine, la vivacité de son esprit, son enjouement lui valurent partout le plus bienveillant accueil. Le monde de la cour, où brillaient tant de nobles chevaliers et de gentilles dames, venus de Provence et de France d'où ils avaient apporté leurs modes, leur langage, un certain goût de galanterie et de raffinement intellectuel, qui s'alliait, sous le ciel de Naples, à une grande facilité de mœurs, exerça sur le jeune Florentin une attraction presque irrésistible : il lui plaisait de penser que, par sa mère, il était de la même race. Avec quelle ardeur il rechercha toutes les occasions de se mêler à cette société brillante et légère! Avec quelle attention, quelle curiosité il recueillit toutes les histoires que lui contèrent sur cette noblesse divers personnages qui en savaient long — un vieux loup de mer, Marino le Bulgare, un calabrais, Costantino délia Roeca, ou encore Jacopo da San Severino, comte de Tricarico et de Chiaromonte. dont il lui est arrivé d'invoquer formellement le témoignage3. Il s'en fallait de beaucoup que leurs récits fussent édifiants!
1. N. Faraglia, Barbato da Sulmona e gli uomini di letterc alla cortc di Roberlo d'Angle (Arch. storico ital., série V, t. III; p. 313 et suiv.). — Du même : / duc amici del Petrarca : G. Barrili e M. Barbato (Arch. stor. per le prov. napoletane, t. IX, p. 35 et suiv.); cf. O. Zenatti, Dante <• Firenze, p. '251, note.
2. Il le dit dans sa lettre à Jacopo Pizzinglie (Corazzini, p. 190).
3. « Me adhuc adolescentulo versanteque Roberti Jérusalem et Siciliœ régis in aula, solitus erat vir annosus et ingenti memoria valens
Sur le compte du roi lui-même, l'impression de Boccace fut plutôt bonne : il vaiîte à plusieurs reprises sa sagesse et son amour de la science1, son goût pour la médecine, la philosophie, la théologie2. Robert faisait de son mieux pour protéger les arts et les lettres : parmi les Florentins accourus à son service, Boccace put rencontrer de 1330 à 1332, Giotto, appelé pour décorer le Castel Nuovo3. En présence de l'abandon où les papes laissaient Rome, et du développement encore incomplet de la civilisation florentine, Naples était alors la ville qui brillait du plus vif éclat, le foyer vers lequel se tournaient tous les regards. Au point de vue littéraire, son plus grand titre de gloire, à cette époque, fut de favoriser l'éveil du génie de. Boccace, et, en 1341, de recevoir la visite triomphale par laquelle Pétrarque préluda à son couronnement au Capitole. Personnellement, le roi Robert fut un esprit médiocre; les mauvaises langues ne manquèrent pas de conter à Boccace que, comme enfant, son intelligence avait été lente à s'éveiller4; il goûtait peu les poètes, car il fallut la visite de Pétrarque pour lui faire comprendre que l'œuvre de Virgile ne contenait pas que des sornettes5.
Marinus Bulgarus, origine sclavus, et a juventute sua nauticae arlis peritissimus, et secum Calaber Constantinus de Rocca, homo tam œtate quam meritis venerabilis, antiqnitates seu stemmata curialium recensantes, inter alia referre... » (De Casibus, 1. IX, dernier chap.). J. da San Severino est rappelé dans Gen. Deor., XIV, ix, p. 218 de l'éd. Hecker.
1. « Ad ipsa usque sacrae philosophiœ penetralia mira perspicacitate transiit » ; « talem regem ut a Salomone citra regum nemo doctiorem mortales agnoverint. » (ibid., p. 218-219.)
• ■ 2. « Glarus olim philosophais et medicinœ prœceptor egregius, atque inter ceteros ejus temporis insignis theologus: »» (Ibid., c. xxn, p. 259).
3. G. De Blasiis, Le case dei principi Angioini, dans YArch. Stor. paie prov. napol., t. XII, p. 321-322.
4. « Audivi... Robertum... tam torpentis ingenii fuisse, ut... fere de eo amici desperarent omnes. » (Gen. Dca,., loc. cit., p. 218.) '
•r>. « Cum... pnrvi pendisset Virgilium, illumque cum reliquis, more
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Cependant il avait des prétentions littéraires, mais qu'il ne séparait pas de ses préoccupations pieuses : les sermons et les traités édifiants étaient son fort1, et Dante lui a décoché l'épithète dédaigneuse de « roi sermonnaire2 ».
Cette piété trouvait un aliment particulier clans une série de deuils cruels qui avaient frappé le roi vers le temps où Boccace arrivait à Naples : d'abord il perdit un frère et un neveu; en 1328, ce fut le tour de son fils Charles, duc de Calabre, dont l'unique héritier mâle était déjà mort en bas âge à Florence (1327), et dont la veuve, Marie de Valois, ne lui survécut que trois ans; la couronne allait revenir à sa petite-fille, la future reine Jeanne. Avec les années, la disposition souvent constatée du souverain à l'avarice ne fit que s'aggraver : la Torre Brima de son palais passait pour renfermer d'immenses trésors3. Dès 1320, il avait promulgué des édits somptuaires d'une extrême rigueur, renouvelés en 1335 4, et
vestro, fabulosum diceret hominem et nullius fore pretii ornatu subtracto carminum, quarn cito Franciscura Pelrarcam arcanos poematum referentem sensus audivit, obstupefactus se ipsum redarguit. » (Gen. Deor., loc. cit., p. 259.)
1. Sur les manuscrits qui nous ont conservé ses sermons, voir Arclt. stor. pcr te prov. napol., t. XII. p. 319; et surtout G. B. Siragusa, Vingegno, il sapere c gV intcndimenti di Iîoberio d'Angiù (Turin, 1891), où sont publiés des fragments des sermons et le traité sur la Pauvreté du Christ et des Apôtres.
2. « E fate re di tal ch' è da sermone, » (Pat ad., VIII, 147.)
3. Arch. stor. per le prov. napol., t. XII, p. 310 et p. 330-332.
4. Déjà Dante l'accusait de parcimonie, Parad. VIII, v. 76-84, et G.Villani insiste sur l'aggravation de ce défaut à la fin de sa vie. Boccace parle de l'avarice de Robert en plusieurs endroits, notamment dans YAmeto, où il l'appelle « Midas » (éd. Moutier, p. 142), et dans sa lettre à Francesco Nelli, où il raconte la déconvenue de Bonaccorso, sculpteur florentin qui, mis en présence du roi, repartit aussitôt en disant « aver estimato se essere mandato ad uno re non ad uno mercante. » (Corazzini, p. 147.) Cette anecdote rappelle un peu celle que Vasari rapporte à propos de Giotto, et d'où ressort le peu de cas que l'artiste florentin faisait du roi. La légende populaire a aussi représenté Dante à la cour
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qui d'ailleurs restèrent lettre morte. Mais Robert n'avait pas toujours été aussi austère; fe plupart de ees princes angevins de Naples furent à la fois très catholiques et très débauchés. On nommait à la cour plusieurs bâtards que le roi avait eus de diverses grandes dames1. Son second mariage, contracté en 1304 avec Sancha, la dévote fille du roi de Majorque, donna lieu à de graves désaccords entre les époux et demeura stérile; Sancha voulait divorcer, et le pape Jean XXII dut intervenir pour essayer de remettre la paix au foyer, ou plutôt dans l'alcôve royale; à cette occasion, les mauvaises mœurs de Robert lui valurent une assimilation peu flatteuse avecRoboam2.
Les scandales de ce genre ne manquaient pas dans la famille royale de Naples et dans son entourage immédiat. L'année même de l'avènement de Robert, la femme de son frère Philippe de Tarente, Ithamar, entretenait avec le grand camérier Bartolomeo Siginulfo, comte de Caserte, une intrigue qui faillit avoir des conséquences politiques3. Philippe épousa ensuite Catherine de Courthenay, fille de Charles de Valois, qui de son oncle Baudouin II hérita le titre d'impératrice d'Orient; restée veuve en 1332, Catherine mena joyeuse vie, et l'on disait qu'un de ses favoris était le Florentin Niccolô Acciaiuoli4. Un autre frère du roi, Jean de Duras, se
de Naples, et Robert y fait pauvre figure. (G. Papanti, Dante seconda la tradizione e i novellaiori, 1873, p. 65 et 67.)
1. On cite un Carlo. Artus qu'il avait eu d'une dame de la suite de la reine, Guglielma Cantelmo, femme de Bertrando Artus. (Arch. slor. napol., XII, p. 310. Pour la fille du roi que Boccace a appelée Fiammetta, voir ci-après, p. 44 et suiv.
2. Des extraits fort explicites des lettres de Jean XXII à ce sujet sont publiés par G. de Blasiis dans son article cité, p. 306-307.