‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 24 sur 199 · Voir G. De Blasiis, p · texte numérisé non relu

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',li LA JEUNESSE

ou bien quelques-uns des détails fournis par Boccace manquent d'exactitude, ou bien cette Maria, sauvée de l'oubli par l'histoire des lettres — et de la galanterie — a laissé indifférents les généalogistes. Tout récemment, un très zélé biographe de Boccace, ayant découvert une Giovanna d'Aquino, dont les caractéristiques biographiques coïncident avec celles de la Fiammetta de YAmeto, proposait de l'identifier définitivement avec elle. Tous les détails s'accordent fort bien en effet, sauf un : Boccace parle constamment d'une Maria et non d'une Giovanna1 ; autant dire que Boccace aurait commis une grave inexactitude dans son récit, et une inexactitude qui porterait sur un des points qu'il y a le moins lieu de suspecter!

Il faut en prendre son parti : Fiammetta, ou Maria d'Aquino, ne vit plus pour nous que dans le domaine de la poésie , ce qui n'implique nullement que dans la réalité elle n'ait pas vécu à Naples, entre 1330 et 1340, d'une vie très intense.

1. Le prénom Maria est formellement indiqué au début du Filocolo (p. 4), dans un épisode célèbre du même roman (t. II, p. 30), dans VAmorosa Visione (c. 43, v. 55 et suiv.), et en toutes lettres dans le 1er sonnet en acrostiches de ce poème : « Madama Maria ». L'idée que la femme aimée par Boccace pouvait s'appeler Giovanna s'est présentée à l'esprit de G. Volpi, dans son Trecento (lrc éd. p. 264, note à la p. 93); mais l'observation a disparu de la seconde édition de cet ouvrage. Or l'expression où l'on a cru discerner cette allusion au nom Giovanna — « nome di grazia pieno >» ; voir Dante, Parad., XII, 80 — s'applique trop aisément au nom Maria pour constituer un argument décisif. Cependant A. F. Massera a repris cette théorie dans ses récents Studl Boccacccschi, (p. 208 et suiv.), en affirmant que Fiammetta avait pu s'appeler à la fois Maria et Giovanna; soit, mais qu'il nous apporte la preuve que la Giovanna d'Aquino qu'il a découverte s'appelait aussi Maria!

FIAMMETTA 47

Ce fut donc le samedi saint 30 mars 1336, à l'office du matin, que Fiammetta parut aux yeux éblouis de Boccace dans tout l'éclat de sa beauté, en l'église Saint- Laurent de Naples. Le galant Florentin fut aussitôt subjugué : « son cœur se mit à battre éperdument, tout son être fut en proie à un tremblement qu'il ne pouvait dominer, sans qu'il se rendit même bien compte de ce qui se passait en lui... Puis, reprenant un peu d'empire sur lui-même, il regarda les yeux de la jeune femme avec plus d'attention, et il lui sembla y voir l'amour en personne, dont l'expression touchante le conquit : de ce jour, il alla grossir le nombre des sujets de ce dieu terrible, lui qui jusqu'alors avait été épargné1. » Ceci revient à dire que Boccace, avant cette rencontre, avait bien pu avoir quelques amourettes, mais il avait échappé à la grande passion, exclusive et tyrannique : il était appelé cette fois à en faire la redoutable expérience.

II es-t un peu surprenant que Boccace ait vécu à Naples sept ans et quelques mois sans avoir remarqué Maria d'Aquino, à qui sa beauté, ses galanteries et l'histoire de sa naissance ne permettaient guère de passer inaperçue. On a peine à croire qu'il l'ait vue d'abord d'un œil indifférent, pour s'enflammer seulement plus tard, et l'on est conduit à supposer que, jusqu'à cette date, elle n'avait pas habituellement résidé à Naples. Son mari, qu'il fût grand feudataire du royaume ou bien au serviee de Robert pour le gouvernement de quelque provinee, pouvait avoir été retenu quelque temps, avec les

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