Sonnet
3. Sonnet k : « Périr possa il tuo nome Baia e il loco », invective très violente qui s'achève sur un sanglot : « Or foss' io stato cieco non è guari ! » Les mêmes sentiments inspirent un personnage épisodique du Filocolo, en qui Boccace est bien reconnaissable (V. Grescini, Contributo, p. 72) : « Quando mi credeva avère più la sua benivolenza, e avère acquistato con diverse manière il suo amore, io colli miei occhi vidi questa me per un altro avère abbandonato » (t. I, p. 301-302). — La malédiction contre Baies peut être une réminiscence de Martial; celuici avait dit (I, épigr. 03) : « Pénélope venit, abit Hélène », et Boccace répète, avec d'autres noms : « lai Lucrezia vienvi Che torna Gleopatra al suo ostcllo ».
f,(i LA JEUNESSE
avant conscience de l'aimer aussi ardemment que je le lui disais1. »
Lorsque l'heure de la déception eut sonné, Boccace s'abîma clans une douleur profonde; il se dit que Fiammetta n'avait jamais répondu sérieusement à sa passion: elle l'avait constamment trompé2! Et par une généralisation aussi injuste que naturelle, il en vint à écrire qu'aucune femme n'est capable de fidélité : il faut les prendre pour ce qu'elles sont, dit-il, pour des êtres fragiles et sans cœur3.
Rien n'oblige à penser que Boccace, après l'invitation qu'il reçut de raconter les aventures de Floire et de Blanchefleur, ait tardé de se mettre à l'œuvre; il estau contraire de toute vraisemblance qu'il déploya aussitôt le plus grand zèle pour répondre au vœu de Fiammetta : il s'enquit sans doute avec exactitude de tous les détails de la légende, soit à travers les rédactions italiennes runées qu'il appelle avec dédain « les fables grossières des ignorants4 », soit à l'aide de quelque poème français ou franco-vénitien, et surtout il se mit en devoir de
1. Ce passage se lit dans une des Questions d'Amour, au livre IV du Filocolo, t. II, p. 70; voir V. Crescini, Contributo, p. 76.
2. « Conobbi manifestamente che lungamente e con false parole m'avea ingannato, faceridomi vedere che io era solo colui che il suo amore aveva. ». (Filocolo, t. I, p. 302.)
3. Dans le même passage : « Le cose sono da amare ciascuna secondo la sua natura... La loro natura (délie donne) è mobile... E perô siccome cosa mobile sono da amare, acciocchè dei loro movimenti gli amanti, siccome esse, si possano ridere. >» La même amertume inspire le madrigal III (t. XVI, p. 110-111), dont la conclusion est : « Non vo' mirar nessuna, Che forse corne questa inganna ognuna! >»
fc. « I fabtilosi parlari degli ignoranti ». (Filocolo, I, p. 7.)
présenter cette gracieuse idylle avec toutes les séductions d'un style recherché et d'une érudition fraîchement acquise. A partir de ce moment, on peut tenir ses études canoniques pour définitivement abandonnées. Cependant l'entrain des premières semaines ne dut pas se soutenir longtemps : la composition se ralentit, traîna, puis l'œuvre demeura interrompue pendant plusieurs années. Les déboires amoureux de Boccace ne suffisent pas à expliquer le lait, car ils ne l'empêchèrent pas, ce travail étant arrêté, d'entreprendre et de mener à bien d'autres récits d'une certaine ampleur. Il faut croire — et nous n'avons aucune peine à le comprendre — ([lie le sujet ne remplissait pas Boccace d'enthousiasme : la matière répondait trop peu à ses préoccupations personnelles. Il est d'ailleurs assez facile d'apercevoir jusqu'à quel point avait clé conduite la rédaction avant que l'auteur la laissât en suspens : un personnage, Fileno, se voit, à un certain moment, réduit à s'exiler de la ville de Marmonna, parée qu'il est empêché d'aspirer à la main de Bianciliorc; il part donc, et promène son désespoir à travers l'Italie, cherchant un endroit solitaire où il puisse exhaler sa plainte et mourir de douleur : il le trouve enfin sur une colline propice, qui se dresse au confluent de l'Eisa et de i'Àgliena1, ombragée par un épais bois de chênes {cerreto)\ on a reconnu Certaldo2. Là, Fileno donne libre cours à ses lamentations, tant et si bien que ses cris et ses sanglots attirent l'attention d'un passant, lequel se trouve être une incarnation de Boccace; car pour consoler l'amant infortuné, en lui montrant combien est légère l'offense dont il se plaint, le nouveau