‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 33 sur 199 · Filocolo, t. 1, p · texte numérisé non relu

Filocolo, t. 1, p

3. T. I, p. 289, aux mots : « Quando Apollo ebbe i suoi raggi nascosi... ». Ma manière de voir sur ce point est dans l'ensemble confirmée par les intéressantes recherches de M. Karl Young (The Origin and devclopmcnt ofthe story of Troilus and Criseyde, Londres, 1908), qui a relevé les emprunts faits par Boccace à son Filocolo pour son Filostrato; ces emprunts ne dépassent pas la limite que j'indique, ce qui revient à admettre que la suite du Filocolo fut écrite, postérieurement. Cependant K. Young admet que le désespoir de Fileno et ses invectives appartiennent encore au premier morceau rédigé, à l'exception de l'épisode de son consolateur qui aurait été ajouté ensuite (op. cit., p. 102-104). Je ne pousserai pas le pédantisme jusqu'à affirmer que, avant d'interrompre ce récit, Boccace n'avait pas entamé le développement qui débute par les mots : « Quando Apollo... » ; mais je suis bien d'accord

livre III, d'après la division en sept livres f. La détermination de ce point n'est pas une pure curiosité : entre la composition de ce qui le précède et celle de ce qui le suit, quatre ou cinq années s'écoulèrent. Au contact de la vie, le talent de Boccace s'affermit, et plusieurs épisodes de la seconde partie révèlent un art plus personnel et plus sûr. H y a donc tout avantage à considérer d'abord la première moitié du roman, essai maladroit d'un prosateur débutant, mais non dépourvu d'ambition, ni de talent.

L'aimable légende qu'il prenait pour sujet nous est parvenue sous une multitude de formes : deux rédactions françaises, dont la plus ancienne remonte à la seconde moitié du xme siècle, plusieurs rédactions en divers dialectes allemands, en néerlandais, en anglais, en norvégien et en islandais; enfin, parmi les langues méditerranéennes, en italien, en grec et en espagnol. Les deux dernières versions sont les plus tardives : elles nous amènent, la première au début, la seconde à l'extrême fin du xve siècle2. D'autre part, il n'est aucunement prouvé que la plus ancienne rédaction française ne dérive pas à son tour de quelque récit antérieur dont toute trace est perdue. L'origine de la légende a

avec K. Young pour soutenir que, quand il se remit à l'œuvre, il reprit son travail de rédaction ici.

1. Sur cette différence de division et sur les éditions qui contiennent Tune ou l'autre, voir V. Ciescini, // Cantate di Fiorio..., t. I, p. 353-366; on consultera en outre la note de E. H. Wilkins, The 1527 Filopono, dans les Studios in honour of A. Marshall Elliot (t. II, p. 293-297), 1912.

2. Je ne donnerai pas ici une bibliographie des savantes et nombreuses études qui traitent de ces diverses rédactions et de leurs rapports; il sufûra de signaler les plus récentes, où l'on trouvera tous les renvois que j'omets pour plus de brièveté. C'est d'abord la longue et belle notice de V. Crescini, en tète de son édition du Cantate di Fiorio e Bianciftore, 2 vol., Bologne, 1889-1899; puis la thèse de J. Reinhold, Floire et Blanchcflor (Paris, 1906), et le travail de E. Lorenz, Fiore und Btantscheflur, Strasbourg, 1912.

été cherchée surtout dans les littératures orientales, et l'épisode du roman qui nous transporte a Babylonc (Boccace se contentera d'Alexandrie, en Egypte) justifie dans quelque mesure cette tentative; cependant il semble aujourd'hui prouvé que les situations fondamentales du roman procèdent pour une part de la légende de Psyché, telle que la raconte Apulée, et pour une autre de l'histoire d'Esther. Les traditions littéraires gréco-latines et judéo-chrétiennes suffisent bien souvent à expliquer la formation de légendes, auxquelles ou a prétendu trouver de plus lointaines origines.

Jusqu'à Boccace, les rédactions italiennes avaient eu un caractère nettement populaire, ce qui justifie la mention méprisante qui en est faite au début du Filocolo1; tel est ce Cantare \di Fiorio e Biancifiore publié par V. Crescini, et que Boccace cite dédaigneusement dans un autre de ses ouvrages2; on peut le tenir pour une des sources du Filocolo, mais ce ne fut pas la seule. Le jeune romancier a dû consulter aussi quelque rédaction française aujourd'hui perdue, dont l'auteur, suivant l'ingénieuse hypothèse de V. Crescini, aurait été un de ces trouvères de la région vénitienne qui, du xinc au xve siècle, manièrent si volontiers et parfois si bien notre langue. Chez Boccace, en effet, les parents de Blanchefleur, de français, sont devenus romains3, et la scène se passe principalement dans la haute Italie : par une bévue, dont notre auteur ne saurait être tenu pour responsable, Félix, roi païen

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