‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 47 sur 199 · Amelo, tercets de la fin · texte numérisé non relu

Amelo, tercets de la fin

2. Dans la dédicace de X Amelo au Florentin Niccolo di Bartolo del Buono (en forme d'épilogue à cet ouvrage), il dit que cette fantaisie bucolique est « une rose qui s'est épanouie au milieu des épines de son adversité », une rose que « la douceur et le charme des coteaux florentins ont nourrie par un prodigieux effort, et ont réussi à faire émerger audessus des broussailles où il se déchire, car il est tombé au dernier degré de l'infortune ». Dans sa lettre du- 28 août 1341 à Niccolo Acciaiuoli, on lit : « Ce qu'est mon existence à Florence, où je suis contre mon gré, je ne t'en parle pas, car c'est avec des larmes, non avec de l'encre, qu'il faudrait la décrire. » Et il signe (comme dans la lettre Sacne famis) « inimico délia fortuna ». (Gorazzini, p. 18.)

3. Dans l'églogue latine XIV, dans la Généalogie des Dieux; voir Bull. II., XI, p. 208-209.

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Giovanni à la portion congrue, et à le rappeler auprès de lui. malgré la très vive répugnance du jeune homme. Ce fut le moment où celui-ci prit à tache d'exalter et de venger le souvenir de sa noble et malheureuse mère, séduite, puis lâchement abandonnée par un parjure, par un cire vil, indigne d'une telle compagne. Boccace alors se réclame d'elle : il est véritablement son fils, et il maudit le sort jaloux qui l'a fait naître de ce marchand grossier, le frustrant ainsi d'une plus haute origine1. Ce triste personnage l'a d'ailleurs renié : excité par la mégère dont il a fait son épouse, n'a-t-il pas chassé de chez lui cet enfant en qui il ne se reconnaissait pas-? Mais la justice céleste a frappé comme il le méritait ce trompeur, pei homme sans entrailles : le voilà seul et ruiné : qui voudra le plaindre? — Ces pages d'une dureté presque révoltante ne peuvent s'expliquer que par l'explosion soudaine, irréfléchie, mais momentanée, d'une colère dont Boccace, très passionné de sa nature, ne savait pas mesurer l'expression. On n'en retrouve l'équivalent, en dehors de YAmetO et du dernier livre du Filocolo, dans aucune autre oeuvre du couleur; aussi est-il légitime de supposer qu'elles oui élé écrites au cours de cette année 1341, qui marque le point culminant de l'exaspération du poêle contre Boccaccino.

Décider si YAmeto a été composé avant ou après

1. Dans le récit d'Ibrida, la Parisienne séduite est veuve d'un chevalier (un armigero di Marte), qui aurait dû être le père d'Ibrida (puco pià che fosse vivulo ml saria stato padre)\ et le jeune homme voit là une injustice du destin (io a migliorc padre serbato). L'intention de Boccace était aussi sûrement d'affirmer que, par sa naissance, il n'était pas indigne de Maria d'Aquino; dans ces vanleries déplacées, il y a la protestation d'un orgueil humilié.

2. C'est l'allégorie des deux ours féroces dans le récit d'Idalagos (Filocolo), pour lequel je ne puis accepter l'interprétation de A, Délia Torre (voir ci-dessus, -p. 11)).

l'achèvement du Filocolo est à peu près impossible : les deux rédactions durent se suivre à peu d'intervalle. Certains indices semblent cependant plaider en faveur de la priorité de YAmeto : c'est là que l'hostilité de Boccace contre son père s'exprime avec le plus de rudesse, et la dernière page du Filocolo paraît contenir une allusion à une œuvre, déjà écrite, dont la conception symbolique et chrétienne répond bien à celle de l'églogue allégorique d'Ameto*.

La « Commedia délie Ninfe florentine », autrement intitulée « Ninfale d'Ameto », est un récit en prose, coupé d'assez nombreux chants en tercets — la « terza rima » de Dante. D'ailleurs l'idée même d'encastrer des morceaux lyriques dans une narration en pïose semble dériver en droite ligne de la Vita nuova du grand Florentin, auquel Boccace a fait cette fois bien d'autres emprunts, depuis le mot Commedia, employé dans le titre2, jusqu'au symbolisme moral et religieux du livre. Le cadre adopté est celui d'une églogue, c'est-à-dire d'un dialogue rustique; mais à la tradition virgilienne du genre s'était ajoutée la tradition médiévale, d'après laquelle le sens littéral de l'action champêtre devait cacher un sens allégorique3 L'Ameto est le premier essai de ce genre qui ait été composé en italien; il est le prototype du roman champêtre repris à la fin du xvc siècle par J. Sannazar dans son Arcadie, et auquel se rattache le drame pastoral du xvie siècle. Si ce petit livre de Boccace est pour le lecteur moderne dépourvu de tout agrément %

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