Ibid., p
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versât dans une indécente bouffon rierîe. Mais Boccaee ne paraît pas même avoir eu conscience de ce danger; tout indique au contraire qu'il a traité fort sérieusement son allégorie, en sorte que le contraste qui nous choque résulte seulement du tour habituel de son imagination, et de l'objet tout nouveau auquel il s'appliquait.
Il y a pourtant autre chose encore qu'une fiction païenne et une allégorie pieuse dans VAmetO. La nymphe Fiammetta y raconte l'histoire de sa naissance, qui est celle de Maria d'Aquino. et son amant Caleone est Boccaee lui-même1, déjà personnifié sous les traits d'Ibrida, amant d'Emilia2. Amelo n'est certainement pas un personnage imaginaire, puisque sa mère appartenait à la famille florentine des Nei'li3; Lia était une veuve remariée, de la famille Regaletti également bien connue à Florence'; Mopsa appartenait à la famille Yisdomini délia Tosa, et son mari s'appelait Xerone. ce qui permet de reconnaître en clic Lottiera, épouse de Xerone Nigi, nommée dans divers poèmes contemporains1. Si, pour les autres nymphes. l'énigme est un peu plus impénétrable, l'application avec laquelle Boccaee a
1. Ameto, p. 137 et suiv. C'est le récit le plus circonstancié que Boccaee nous ait laissé de ses amours, depuis son arrivée à Naples jusqu'à la conquête de Fiammetta; voir ci-dessus, p. 34 et 53-54.
2. Ibid., p. 78-79. L'histoire d'Ibrida est le récit le plus explicite de la naissance de Boccaee; voir ci-dessus, p. 7-12.
3. C'est un rébus assez simple : « Se più un gambo la prima lettera avesse del loro cognome, cosi sarebbero chiamati corne le particelle eminenii délie mura délia ciltà nostra » ; c'est-à-dire qu'avec un jambage de plus à la consonne initiale, le nom de sa famille serait merli (créneaux). Voir Baldelli, Vitadi G. Boccaccio, p. 51 note; Amelo, p. 182.
4. Amcto, p. 181. Sur l'identification de ces nymphes, une importante contribution est fournie par F. Torraca, Per la biografia di G. B.,
5. Dans le « Sermintese » d'Antonio Pucci en particulier, et dans un « Capitolo » de Boccaee (Ri/ne, éd. Moutier, p. 112); voir F. Torraca, p. 110-111, et A. F. Massera (Il Sei ventese boccaccesco délie belle donne, |>. 55 et suiv. des Sludi sul Boccaccio, 1913).
fourni sur chacune d'elles quelques détails précis permet d'affirmer qu'il a eu constamment e?h vue des personnages réels. Ces rébus étaient sans doute transparents pour les contemporains, et donnaient à YAmeto un attrait qu'il a bien perdu; mais il demeure toujours fort intéressant d'apprendre, grâce à ce petit livre que, dès les premiers mois de son exil à Florence, Boccace chercha des distractions en s'informant de la chronique scandaleuse de la ville, et qu'il prit un malicieux plaisir à en colorer ses fictions poétiques. Nous comprenons alors pourquoi il insiste avec tant de complaisance sur les tares du vieux mari de la pauvre Agapes, et pourquoi, dans tous ces récits, abondent certaines allusions précises dont la portée symbolique nous échappe : ces détails ne relèvent que de l'enjouement et de la malignité du conteur,, ainsi que de ce goût de réalisme dont il ne pouvait se départir, jusque dans ses conceptions les plus prétentieusement symboliques.
Si à la base de toutes ces aventures, il faut voir, comme il semble, quelque anecdote empruntée à la chronique contemporaine, et si d'autre part Ibrida représente Boccace — ce dont personne ne doute plus, — Emilia qui s'éprend d'Ibrida ne serait-elle pas une conquête florentine du poète? La question a été posée1. Y répondre par l'affirmative, c'est admettre que Boccace, dès son retour à Florence, y trouva des consolations sentimentales, et l'hypothèse n'a rien de déraisonnable2;