Par F. Torraca, op. cit., p
2. L'interprétation des aventures d'Ibrida est assez difficile; voir V. Crescini dans la Ze'dschr. f. roman. Philol., IX, et F. Torraca loc. cit.; voici comment je crois comprendre : Vénus apparaissant à Emilia lui montre le corps inanimé d'Ibrida. La mère du jeune homme l'avait confié dès sa naissance à la déesse, et celle-ci n'a cessé de le protéger; elle invite donc Emilia à le réchauffer et à le rappeler à la vie, besogne dont Emilia s'acquitte à merveille. Ibrida fort reconnaissant,
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tel de ses ouvrages suivants la confirmera. Dès ici, on doit remarquer que VA meto n'est consacré ni à glorifier, ni à maudire, ni même à implorer Fiammctta. Sans doute, l'auteur ne peut détacher d'elle sa pensée : vêtue de vert, elle est le symbole de l'espérance, et Boccace raconte, avec une complaisance marquée, comment il a conquis naguère sou amour; mais son rôle n'a pas plus d'importance que celui de ses compagnes. Elle apparaît comme un souvenir très cher, que le poète cultive pieusement; mais elle appartient déjà au passé, et l'on ne voit pas qu'elle continue à dominer en souveraine sur la vie de Boccace. Emilia pourrait donc fort bien être celle qui, la première, ranima ce cœur meurtri en lui inspirant une affection paisible et reconnaissante, dont la nymphe fait une peinture pleine de décence.
On voit combien d'éléments disparates, inconciliables, entrent dans la composition de YAmeto; l'art le plus subtil n'aurait pas été capable de les fondre en une synthèse harmonieuse. Boccace y a pleinement échoué, d'autant plus (pic. pour exprimer cette série presque ininterrompue de rébus mythologiques, sa période se
raconte alors toute l'histoire de sa mère séduite et abandonnée, jusqu'à la vengeance que le ciel a tirée du parjure (voir ci-dessus, p. 102); puis sans faire allusion à aucun de ses amours antérieurs, Ibrida poursuit : « Devenu homme, j'ai continué à servir la déesse (Vénus) qui m'avait protégé dès mon enfance, tout en m'exerçant dans les palestres de Pallas (la poésie), et j'y ai obtenu des succès qui me valurent une certaine réputation (noter que, très jeune, Boccace fut salué du nom de poète par ses amis: ci-dessus, p. 21). Alors mon ambition ne connut plus de bornes; je crus pouvoir forcer les portes du ciel (amour de Fiammetta?); mais je fus précipité à terre (la déception), où mon corps inanimé ne serait jamais revenu à la vie sans l'intervenlion de la compatissante Emilia (la consolatrice de ce cœur brisé). » Désormais, après Vénus, Emilia occupera la première place dans sa pensée. — Emilia est florentine; on a cru la reconnaître dans une Emiliona dei ïornaquinci, femme de Giovanni di Nello, lequel parait dans les documents florentins de 1342. Voir F. Torraca, p. 112-115.
t'ait plus prétentieuse peut-être et plus contournée que dans le Filocolo. Mais comment refuser les circonstances atténuantes au jeune écrivain qui cherchait sa voie en s'essayant dans les genres les plus variés, et qui travaillait à dégager sa personnalité des influences multiples qu'il subissait tour à tour? D'ailleurs, cet Amelo, dont la lecture est si pénible dans son ensemble, et si curieuse en quelques passages, marque réellement un progrès de Boccace vers la réalisation de l'œuvre qui devait lui valoir l'immortalité. Dans sa partie essentielle, en effet, YAmeto consiste en une série de nouvelles amoureuses de dimensions limitées, débitées par un certain nombre de personnages réunis dans un décor printanier — un décor florentin, — sous l'autorité librement acceptée d'un président, et entrecoupées d'intermèdes lyriques. C'est déjà, à l'état embryonnaire, et pourtant bien reconnaissable, le cadre du Décaméron1.
A quel moment Boccace reprit-il la composition du Filocolo, qu'il avait laissée interrompue, selon toute apparence, avant la fin du livre III2? Les données précises font défaut pour répondre à cette question ; il n'est pas impossible que le livre IV, où se trouvent de nombreux échos de la passion de Boccace et de sa jalousie, ait encore été rédigé à Naples ; mais avec le livre V
1. Pio Rajna a fait ressortir lumineusement les points de contact du cadre de YAmeto avec le cadre du Décaméron et avec un épisode du Filocolo sur lequel je vais insisler ci-après; le savant critique insiste sur la position intermédiaire de l'épisode de YAmeto (Romania, t. XXXI, p. 78-79).