A. Délia Torre, la Giovinezza di G. B., p
3. « Simon Jannis Orlandini, Gante et Jacobus fratres et filii quondam Ammannati, et Boccaccinus Chelini de Certaldo sunt socii et juraverunt » (Délia Torre, p. 10). Ce document, daté de 1318, prouve qu'à ce moment Vanni di Chelino n'était pas associé avec son frère. Boccaccino était encore associé de « Simon Jannis Orlandini » en 1324 (Délia Torre, p. 15).
4. R. Davidsohn, // padre del Boccaccio, dans V-A/ch. Stor. ital. série V, t. XXIII, p. 144-145; du même, Forschungcn zur Geschichtt von Florent, III Teil : de 1327 à 1329, Boccaccino fut à Naples; en 1332 à Paris.
Paiis par le roi Philippe le Belji la fin de 1313*. Nous savons en effet par le conteur lui-même, que son père avait séjourné dans cette ville, et notamment y avait assisté au supplice infligé par le roi de France aux Templiers, et en particulier à leur chef Jacques de Molay ; or l'exécution de ce dernier eut lieu, dans un îlot de la Seine, au mois de mars 13142. D'autre part, le témoignage de Boccace est conçu en termes qui permettent d'affirmer que son père fit plus qu'une apparition à Paris3 : il y resta établi plusieurs années; selon toute apparence, il avait assisté, avant le supplice de J. de Molay, à l'exécution d'une cinquantaine de Templiers brûlés vifs hors de la porte Saint-Antoine, dès le 10 mai 1310 4 ; et ailleurs le conteur fait clairement allusion aux fructueuses opérations de banque réalisées par son père à Paris, ce qui l'avait décidé à y prolonger son séjour5.
1. Buchon, Chroniques nationales de France, t. IX, p. 104. Cette mention de Bocassin a été rappelée par Longnon (Bull, de la Soc. de Vllistoire de Paris, 1878, p. 80 et suiv.) et par G. Piton (les Lombards en France, t. I, p. 154). J'y suis revenu récemment dans le Bulletin italien, t. XI, p. 185-187.
2. Que cette exécution ait bien eu lieu en mars 1314, et non 1313, comme on l'a souvent affirmé, c'est encore un point que j'ai discuté dans l'article cité du Bull, ital., p. 183-184.
3. Le texte en a été souvent reproduit; il se lit à la fin du chap. x du livre IX du traité De Casibus illustrium virorum, à la suite de l'histoire des Templiers, que Boccace avait entendu conter plus d'une fois par son père : « Ut aiebat Boccaccius genitor meus, qui tune forte Parisius negotiator honesto cum labore rem curabat augere domesticam, et se bis testabatur interfuisse rébus ».
J. Le chapitre cité du De Casibus relate en effet avec le même détail ces deux exécutions, et c'est ensuite que Boccace invoque le témoignage de son père, dans la forme rapportée à la note précédente.
5. Dans le récit déjà cité de YAmeto : le fils de ïriptolème et de la nymphe grossière se voue au culte de Junon, déesse de la richesse, qui lui est favorable, et le conduit sur les bords de la Seine, où « nei servig. di lei, abbondevolmente trattando i béni di quella, per lungo spazio trasse sua dimoranza ».
C'est à la faveur de ees circonstances que Boccaccino fit la conquête d'une Parisienne, qu'il séduisit et rendit mère. Il n'y a aucun doute sur la date — 1313 — où naquit ainsi le petit « Giovanni di Boccaccio » ; tout au plus peut-on se demander si cette naissance eut lieu au début ou à la fin de l'année ; les probabilités les plus sérieuses paraissent être en faveur de la fin de 1313; mais comme les Florentins comptaient les années du 25 mars au 24 mars, on ne doit pas exclure absolument que Boccace soit venu au monde dans un des mois qui sont pour nous les premiers de 1314*.
Cette naissance parisienne de l'auteur du Dècamêron est l'épisode capital d'un roman, dont les circonstances demeurent enveloppées pour nous d'un mystère irritant. Un coin du voile pourtant a été soulevé par Boccace en personne, lorsque dans deux muvres de sa jeunesse, le Filocolo et l'Àmetô, il a prêté à quelques-uns de ses héros des aventures qui avaient été en réalité les siennes; mais le conteur y a introduit, sans nul doute, plus d'un arrangement; et dès lors comment l'aire le départ exact entre ce qui est un écho fidèle de son his-
1. Le doule vient du fait que les biographes anciens, et les intéressés eux-mêmes, lorsqu'ils parlent d'âge, s'expriment de telle façon qu'on ne peut savoir s'il s'agit d'une année accomplie ou simplement commencée; Boccace est mort le 21 décembre 1375, « anno uetalis suae sexagesimo et secundo », dit Filippo Villani, ce qui signifierait rigoureusement que sa soixante-deuxième année n'était pas entièrement révolue, donc qu'il était né après le 21 décembre 1313; mais en fait, cette façon d'indiquer l'âge s'applique assez souvent aux années révolues. J'ai exposé dans le Bull, ital., XI, p. 183 et 181), les raisons pour lesquelles l'extrême fin de 1313 me parait le mieux convenir; voir ci-après, p. 11. M. Orazio Bacci n'a pas été convaincu par mes arguments (Misccll. storica délia Yaldclsa, t. XIX, p. 115 et suiv.); s'appuyant sur le témoignage fondamental de Pétrarque (Ep. Sert., VIII, 1), d'où il ressort que Boccace était de neuf ans plus jeune que son ami, il croit pouvoir en tirer la preuve que le conteur naquit vers juin ou juillet. C'est faire dire au texte beaucoup plus qu'il ne contient (voir E. H. Wilkins, dans la Romanic Rcview, oct.-déc. 1910, et juil.-sept. 1913).
g LA JEUNESSE
toire, et ce qui relève de l'embellissement romanesque? On ne doit pas risquer de s'égarer beaucoup, si l'on accepte les lignes générales de ces récits partout où ils concordent, et si l'on a bien soin de tenir pour suspects les détails qui se présentent sous un travestissement pastoral trop éloigné de la vraisemblance. A cet égard, la narration de ÏA/nelo a un accent de réalisme qui la rend particulièrement précieuse 4.
A Paris, le Lombard « Bocassin » s'était épris d'une jeune femme d'assez bonne famille, et avait réussi à se faire aimer d'elle, sans doute par son aimable humeur, et aussi, semble-t-il, par une rouerie que n'arrêtait aucun scrupule : il promit le mariage, quoique bien décidé à ne pas aliéner sa liberté, et n'eut pas grand'peine à triompher de la candeur de sa victime2. Boccace a beaucoup insisté sur la grande noblesse de sa mère et sur le piège où sa vertu tomba, par la faute d'un séducteur auquel il ne ménage pas les plus durs reproches. Rien ne nous oblige à le croire sur parole lorsqu'il présente la Parisienne séduite comme la propre fille du roi de
1. Dans le Filocolo, l'histoire est celle d'Idalagos au 1. V (t. II, p. 239 et suiv.); dans VAmelo, il s'agit de l'épisode d'Ibrida, auquel j'ai déjà fait allusion (p. 77 et suiv.). Sur la valeur autobiographique de ces deux récits, je renvoie à l'étude si complète de M. V. Crescini, Coniributo, ch. I. A l'appui de la version que je donne ici moi-même de ce roman, je me bornerai à citer en note les passages caractéristiques des deux récits; voir aussi Bull, italien, 1911, p. 187 et suivantes.
2. Filocolo : « Udendo le ingannatrici lusinghe, semplice le credette, c solo per suo pcgno prese la fede del villano che, come alla sua madré il suo padre era stato, cosi a lei sarebbe, e a' suoi piaceri nella profonda valle consenti... •. — Ameto : « Il giovane... in parte segreta trovatosi eon lei, l'uno e l'altro tementi, con voce sommessa a' loro congiungimenti invocarono Giunone, ed a lei chiamata porsero prieghi che con le sue indissolubili leggi fermasse gli occulti fatti e i patti da non rompersi mai.... Giunone fu présente e diede segni di avère inteso le loro prcghiero; e dimornndo quivi, diede effetto agli amorosi congiungimonli... ..
France1, ou comme une descendante des Troyens, premiers fondateurs de Paris2 : ces exagérations signifient simplement que Boccace plaçait sa mère très audessus de son père par la naissance et par la noblesse du cœur; il sera donc prudent de traduire les prétentions qu'il affiche à cet égard en disant qu'elle appartenait à la bonne bourgeoisie parisienne3. Il faut désespérer de retrouver jamais la trace de la naïve jeune femme qui prêta une oreille trop complaisante à l'astucieux Boccaccino; cependant le jeu d'anagrammes, auquel s'est complu l'auteur du Filocolo, a permis de supposer qu'elle s'appelait Jeanne4 — ce qui expliquerait le prénom de l'enfant — ; et d'autre part, une lettre fantaisiste, en patois napolitain, que Boccace adressait de Naples à un ami florentin, alors fixé à Gaète, est signée « Jannetto di Parisse dalla Ruoccia », ce qui se traduit tout naturellement : «Janet — ou Jannot — de Paris, de la Roche 5 ». De la Roche serait-il le nom auquel le conteur croyait avoir droit par sa mère? Il serait bien imprudent de l'affirmer sans des réserves formelles; du moins peut-on remarquer que ce nom était fréquent en