‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 60 sur 199 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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4. F. Torraca conclut de ce détail que Boccace, lorsqu'il écrivit YAmorosa Visionc n'avait pas encore obtenu ces faveurs suprêmes (op. cil., p. 40-41).

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deux sœurs, et soudainement radoucie, la grondeuse dit à son indocile élève, sur un ton de reproche : « Si tu me l'avais nommée plus tôt, il y a longtemps que nous l'aurions rejointe! » Et elle unit les deux amants : « Je te le donne, je te le confie, dit-elle à Fiammetta; qu'il t'appartienne toujours, et qu'il n'ait jamais l'audace de se dérober à tes volontés ». Puis se tournant vers Boccace : « Tiens-la pour ta dame, et que jamais ton âme ne se sépare d'elle. Repose-toi maintenant dans celte prairie en fleurs, afin de réparer tes forces, en vue de l'ascension dans laquelle ta dame nous accompagnera joyeuse... » (c. xlviii). C'est alors que le poète savoure les joies suprêmes de l'amour; dérangé au milieu de ces délices par un réveil importun, il entend la gardienne toujours vigilante, qui a promis de le mener au salut, lui prodiguer les plus engageantes promesses : « Ce que le sommeil a offert à ton imagination, tu le posséderas, si

tu ne te détournes pas de moi Suis-moi d'abord où je

te dirai, et je m'appliquerai à te consoler; le désir qui te tourmente, je te donnerai le moyen de le satisfaire auprès de cette beauté dont ton esprit présente constamment l'image à ton cœur — » (c. l).

Ainsi la possession de la femme aimée symbolise la ici i cité éternelle; ce n'est pas en gravissant le dur escalier de la porte de vie, c'est en s'engageant dans la voie des plaisirs terrestres que Boccace a rencontré, non l'image trompeuse, mais la réalité du bonheur. Il est vrai qu'en compagnie de Fiammetta il va passer maintenant par la porte étroite, d'un pas aussi allègre que Dante, lorsqu'il escaladait la montagne du Purgatoire pour rejoindre Béatrice dans la foret divine. Boccace. lui, a jugé plus prudent de s'unir d'abord à Fiammetta, dans un paradis plus accessible; encouragé par cet

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avant-goût des joies célestes, il consent enfin à s'élever plus haut. Mais le récit de l'ascension elle-même serait dépourvu de tout intérêt; Boccace l'omet donc, et son poème est fini. C'est une erreur de croire qu'il y manque quelque chose, le principal même, à savoir l'arrivée au repos éternel; l'allégorie est complète au contraire, mais elle est singulièrement déconcertante, plus encore peutêtre que celle de YAineto. Faut-il, avec V. Crescini, mettre résolument de côté toute pensée allégorique et formuler ainsi le véritable but du poème : exalter Fiammetta, et en échange obtenir de sa pitié qu'elle consente à apaiser l'ardeur amoureuse dont brûle toujours son amant1? L'explication est ingénieuse, si l'on veut que Y Amorosa Visione ait été composée à une époque où Boccace croyait pouvoir encore reconquérir Fiammetta; mais elle risque fort de fausser sa pensée, si l'on songe qu'il voyait s'écouler sans espoir la quatrième année depuis la trahison. Sa colère des premiers instants était tombée, et il ne lui restait plus qu'un souvenir ineffaçable, sincèrement ému et reconnaissant, d'une aventure qui lui avait valu quelques années de vie intense, de passion, de joie et aussi de douleur. Ne pouvant faire plus, il entreprit du moins de caresser l'image de cette beauté à jamais perdue pour lui, de la glorifier et de la perpétuer, en empruntant à Dante les artifices allégoriques et jusqu'aux expressions du « doux style nouveau » : Fiammetta, elle aussi, est apparue sur la terre pour révéler aux mortels quelques reflets des splendeurs célestes. Assurément, entre le signe employé et la chose signifiée, il y a une incompatibilité qui va jusqu'à l'incongruité; que Boccace n'en ait pas eu conscience, c'est le meilleur

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