Sonnet 89 (p
3. Sonnets 29, 73, 88, *J8, etc... La date de la mort de Fiammetta est inconnue; on a généralement pensé à 1348, l'année de la peste; mais c'est une hypothèse gratuite.
k. Sous un autre aspect, VAmorosa Vislonc est une sorte d'idylle où la femme aimée apparaît au milieu d'une série d'autres dames désignées par leurs noms, ou par des attributs plus ou moins reconnaissables ; or nous avons aussi de Boccace un capltolo en 23 tercets (voir p. 11 5 note 5), où le poète nous présente dans un jardin « dodici donzelle Tutte leggiadre con gentili aspetli »; au milieu d'elles (en majorité ce sont des Florentines) figure Fiammetta, qui a dirigé contre le poète « ce dard dont son cœur est encore endolori ». — Une certaine similitude de plan a fait attribuer à Boccace un poème en 18 capitoli, la Caccia di Diana, où sont
l'Ai) LA JEUNESSE
introduites, avec leurs noms, 58 dames ^appartenant à l'aristocratie napolitaine, qui se livrent au plaisir de la chasse sous la direction de Diane; mais ces belles chasseresses la repoussent à la fin, pour porter leurs hommages à Vénus; c'est une froide composition, dont aucun manuscrit ne porte le nom de Boccacc, et dans laquelle n'est introduite aucune des scènes ou descriptions voluptueuses qui sont la marque du poète. Enfin la dame chantée par ce versificateur est désignée comme une « Bella Donna », ou « Donna gentile » (celle qui prêche aux autres le culte de Vénus), sans aucun attribut ou caractère qui fasse penser même de loin à Fiammelta.
CHAPITRK V
LA <« FIAMMETTA » ET « IL NINFALE FIESOLANO
Avec l'extrême variété des genres qu'il abordait, successivement, ce qui frappe le plus dans l'activité poétique de Boccace, durant les années qui suivirent son retour à Florence, c'est la rapidité avec laquelle il passait d'une entreprise à l'autre : il y avait quelque chose de fiévreux dans ce labeur ininterrompu, dans cet effort incessant pour créer des œuvres, et pour donner une vie artistique à ses passions, à ses rêves, à ses souvenirs. Cette hâte explique assez le caractère d'ébauches, ou plutôt d'improvisations, que présentent ÏAmorosa Visione et Y A met o, où la fusion entre l'élément réaliste et l'intention allégorique n'est ni préparée par une réflexion appropriée aux difficultés de l'entreprise, ni obtenue par un style rompu à toutes les nuances qu'exige la création d'un symbole vraiment expressif. Les métamorphoses ovidiennes insérées dans le dernier livre du Filocolo accusent la même précipitation, par la fougue avec laquelle l'auteur y a exhalé son désappoin-
tement, sa colère, sa rancune mêjne, et par l'absence de toute liaison avec le reste de son récit. Boccace devait donc se rapprocher d'une perfection artistique beaucoup plus grande, quand il aborderait un sujet où son réalisme et ses préoccupations personnelles n'entreraient pas en conflit avec les exigences du genre qu'il aurait choisi. Ces conditions favorables ont donné naissance, presque au lendemain de la déconcertante Amorosa Visione, au roman en prose, tout brûlant de passion inassouvie, qu'il intitula « Elegia di Madonna Fiammetta ».
Les données chronologiques que l'on peut tirer du livre se réduisent à ceci : un épisode capital de la Fiammetta rappelle formellement le départ de Boccace, obligé de quitter Naples pour Florence, à la fin de 1340 *. Divers points de repère disséminés dans le roman, montrent que deux années s'écoulent encore après cette date, ce qui conduit à la fin de 1342 2; mais à ce point du récit, l'action n'est pas entièrement terminée et les plaintes de l'héroïne se prolongent quelque peu, sans qu'on en puisse préciser la durée; cela permet de penser que le livre fut écrit seulement au début de 1343 3. En tout cas l'amélioration des rapports de Boccace avec son père