R. Renier, La Vila Nuova e la Fiammetta, 1879; p
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relieraient ses impressions toutes fraîches, comme elles lui viennent l ». Voilà qui est vite dit; mais sur quoi repose l'affirmation que la réminiscence classique « n'était pas pour Boccace l'expression la plus naturelle, la plus spontanée, et même la mieux appropriée au goût de son temps? Les innombrables lecteurs de la Fiammetta, du xive au xvie siècle, ne semblent pas avoir partagé les scrupules de ce censeur, qui érigeait son impression etson goût personnels en règles, dont l'application doit être universelle et infaillible.
Ce qui est vrai, c'est que la prose de la Fiammetta a quelque chose de massif et de redondant; la période trop remplie se déroule avec une excessive lenteur; sa marche est comme entravée par une multitude d'idées accessoires. Boccace ne soupçonne pas l'art de ramasser en quelques traits concis et expressifs tout un portrait, une situation, un tableau, en laissant à l'imagination du lecteur le soin de compléter et de prolonger l'esquisse vigoureusement indiquée. Dante offrait à cet égard des modèles dont le conteur n'a aucunement profité. Il a au contraire le souci évident de tout dire; il s'applique à projeter une lumière égale sur les moindres détails, qu'il est ainsi amené à pousser tous au premier plan. Par là, son art a quelque chose de primitif : quantité
1. F. De Sauctis, Storia délia lett. iialiana, I, p. 296-7 (de la nouv. éd., Bari, 1912); le jugement sur la Fiammetta est d'une extrême sévérité : l'ennui du lecteur serait tel qu'il voudrait crier à Pànfilo : Hâte-toi de revenir pour que ces lamentations finissent! — Une louable tentative de réfutation de cette sentence passionnée se lit dans A. Alberlazzi, Il Romanzo (Milan, Vallardi, 1U02), p. 34, où il est dit qu'il a pu y avoir jadis une sincérité classique. Le principe que la beauté de la forme dépend de sa parfaite adaptation au contenu est excellent; mais il est évident que ce rapport entre fond et forme varie à l'infini suivant les époques. Un des derniers écrits d'Arturo Graf est consacré à reviser Alcuni giudizi dl F. De Sauctis e d' al tri sur Boccace, et principalement sur le Décamerun (Sludi tu G. Boccaccio, 1913, p. 214 et suiv.).
l.Vi LA JEUNESSE
de traits sont d'une exquise justesse, mais la contemplation de l'ensemble est un peu fatigante; on y voudrait plus de perspective, plus de jeux d'ombre et de lumière, plus d'air en un mot. Cependant, ces réserves faites, et si l'on veut bien passer condamnation sur des intermèdes mythologiques, évidemment démodés, il faut savoir reconnaître que cette tension oratoire du style a une réelle grandeur : elle rend à merveille l'émotion et l'on peut dire la ferveur exaltée avec lesquelles Fiammetta écrit ses tristes confidences à l'intention des « dames amoureuses »; ce long cri de passion fait penser au gémissement continu, tantôt sourd et tantôt aigu, d'une bête blessée dont chaque mouvement ravive la douleur, et il s'en dégage une impression tragique d'un genre très particulier, qui assigne au livre de Boccace une place éminente, peutêtre unique, dans l'histoire du roman psychologique.
Le problème le plus délicat que soulève la Fiammetta est l'interprétation exacte du sentiment qui en a dicté la singulière fiction à l'auteur. Il n'échappe à aucun lecteur que Pànfilo a beaucoup de traits communs avec Boccace; cependant c'est Fiammetta que l'abandon de l'infidèle torture de jalousie. On a coutume de dire que les rôles sont intervertis, et que le désespoir de l'héroïne représente au vif celui de l'auteur. Mais pourquoi ce renversement des rôles? D'ailleurs la remarque ne vaut que prise dans un sens très général; pour peu que l'on entre dans le détail, on s'aperçoit qu'elle est moins juste : dans toute la première partie, Pànfilo est exactement Boccace; et lorsque l'infidèle est rentré à Florence, le mariage de son père est bien celui de Boccaccino; où trouver en tout ceci la moindre trace d'interversion? Il se pourrait même que le nouvel amour qui unit Pànfilo à une Flo-
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rcntine fût réel1. D'autre part, il n'est pas vrai que la nécessité où se trouva Boccace de quitter Naplcs ait interrompu en plein bonheur une liaison qui, avant cet incident, avait été troublée par bien des orages, et s'était rompue de façon définitive. Si l'on envisage l'attitude de Fiammetta, quel sens donnera-t-on aux remords qu'elle manifeste, avant et après l'abandon, pour avoir trahi un époux qu'elle estime et respecte? Ce sentiment, inapplicable par inversion à Boccace, fut-il réellement éprouvé par Maria d'Aquino? Peut-être: mais alors sur ce point les rôles ne sont pas retournés.
L'idée qui s'est présentée le plus souvent à l'esprit des critiques est que Boccace, par cette fiction, avait voulu se venger de Maria d'Aquino : elle l'avait trahi, et désespéré; son tour était venu d'être abandonnée et de pleurer — vengeance un peu puérile, qui ne réussissait qu'à exciter la pitié des lecteurs en faveur de Fiammetta et à faire taxer de pleutre son séducteur! Un récent éditeur du roman a été plus loin : Boccace aurait été réellement vengé, grâce à ce petit livre, par le dépit qu'en aurait éprouvé l'héroïne ainsi déguisée; car à la cour de Naples on dut beaucoup rire à ses dépens, et ses nouveaux amants ne purent que partager sa confusion2. Pareille interprétation est insoutenable, car il faut encore le répéter : pas un trait de caricature, pas une intention sarcastique ne se laisse deviner dans ces pages brûlantes de passion. Lorsque Boccace voulait se venger par la satire, il écrivait d'une autre encre : l'épisode d'Alleiram, au livre Y du Filocolo, en fournit un