Voir ci-dessus, p. 118, et ci-après, p
2. G. Gigli, introd. à la réimpression delà Fiani7Jict(a àansla « Bibliotlieca Romanica » (Strasbourg), p. <i-7 ; et aussi dans les Studii su G. Boccaccio, p. 08 et suiv.
exemple, et plus tard, le Corbaccio montrera de quoi l'auteur était capable pour déshonorer une rebelle. Il suffit de rappeler ces virulentes invectives pour établir que la Fiammetta ne relève pas de la même inspiration. En réalité, cette « Complainte des tristes amours de Fiammetta1 » est avant tout une œuvre d'art; l'idée en paraît directement tirée des Héroïdes d'Ovide, où Phyllis, abandonnée par Démophon qui avait promis de revenir dans un délai de quatre mois, adresse à son amant, avant de se donner la mort, une lettre désespérée, dont d'importants passages se retrouvent dans les plaintes de Fiammetta2. Sur ce thème renouvelé d'Ovide, Boccace a modelé un personnage moderne, celui de la femme aimée, de celle que rien ne pouvait effacer de son esprit : toute sa psychologie et maints détails du cadre où elle évolue sont empruntés aux expériences personnelles de l'auteur; lui-même s'incarne à certains égards dans l'amoureux Pànfilo, mais cet amant volage ne l'intéresse pas, car à aucun moment on ne voit indiquées les causes de l'extraordinaire indifférence qui brusquement succède à sa tendresse. Fiammetta seule compte ; et ainsi, que Boccace en eût conscience ou non, ce roman est encore une glorification du grand amour de sa jeunesse; les souvenirs personnels, certes, y abondent, mais ils n'ont aucune cohésion; tout concourt en un parfait accord, au contraire, à idéaliser Fiammetta. Boccace auparavant s'était risqué à faire d'elle un symbole religieux, à la façon de Béatrice; ne pouvait-il beaucoup plus légitimement la présenter comme le type accompli de la grande amoureuse? C'était une entreprise tout aussi peu conforme à la réalité, mais
1. Tel est le titre de la plus ancienne traduction française (1532).