‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 7 sur 199 · Dans le Filocolo il est question de deux jumeaux · texte numérisé non relu

Dans le Filocolo il est question de deux jumeaux

3. Filocolo : « Ma non lungo tempo quivi (a Parigi), ricevuti noi (i gemelli) dimorô, che abbandonata la semplice gîova.ne e l'armento (il suo commercio) torno nei suoi campi (a Firenze), e quivi appresso noi si tirô ; e non guari lontano al suo natal nido (Certaldo) la promessa fede a Gannai ad un' altra, Garemirta chiamata, ripromise e servô, di cni nuova proie dopo piccolo spazio riceveo. » — Amcto : « Ma il mio padre, siccome indegno di taie sposa (la Parigina), traendolo i fati, s ingegnù d'annullare i fatti sacramenti e le impromesse convenzioni alla Edia madré. Ma gli Iddii non curantisi di perdere la fede di si vile uomo, con nbbondante redine riserbando le loro vcndette a giusto tempo, il latciarono fare; e quello che la mîa madré gli era, si fece f;iU;inienle d' un' altra nelle sue parti (a Firenze). »

niîil vus du peuple1, et les autorités se montraient toujours disposées à leur faire rendre gorge. Qui sait si la crainte de graves ennuis ne décida pas le changeur florentin, malgré la prospérité de ses affaires, à rentrer un peu brusquement à Florence? Dans cette hypothèse, puisque Boccaccino assista, en mars 1314, au supplice de Jacques de Molay, la naissance de Giovanni ne dutpas se produire de longs mois avant cette date.

Est-il certain d'ailleurs qu'à peine rentré en Toscane, où sa présence est attestée en octobre 1314*, Boccaccino se soit aussitôt marié? Nous savons que vers 1320 il eut de sa légitime épouse Margherita un fils qu'il appela Franecsco 3 ; mais peut-être ce garçon n'était-il pas le premier-né, en sorte qu'il demeure fort admissible que le mariage ait eu lieu avant 1319; c'est toul ce qu'il est permis de dire. — Même obscurité en ce qui concerne l'époque on le petit Giovanni fut amené à Florence : il est conforme aux lois de la nature — et à la psychologie du séducteur — que l'abandonnée conserve cl élèVe son enfant; mais pourquoi Boccaccino l'auraitil ensuite réclamé? La narration de Y Ameto contient à

1. On lit dans le Décamé r on (I, 1) ces propos placés dans la bouche de Lombards établis à Dijon : « Il popolo di questa terra, il quale si per lo mestier nostro... e si per la volontà cbe hanno di rubarci, veggendo ciô si lèvera a romore, c griderà : « Questi Lombardi cani... non ci si voglion più sostenere... ».

2. À. Délia Torre a retrouvé et publié (Giauinezza di G. Doccaccio, p. 11) la requête de Boccaccino et de Vanni di Gheliuo, présentée le 10 octobre 1318 à la Seigneurie de Florence, tendant à être exonérés de l'impôt qu'ils pavaient toujours à la commune de Certaldo et Pulicciano, se basant sur le fait qu'ils habitent à Florence, sur la paroisse S. Piero Maggiore, depuis quatre ans et plus : « Jam sunl quatuor annl et ultra » ; l'exemption sollicitée leur fut accordée.

3. En août 1333, ce Francesco était près d'atteindre l'âge de puberté (quatorze ans); un acte publié par A. Délia Torre (op. cit., p. 24) le déclare « majorent decennio et proxiinuin pubertati » ; il pouvait être dans sa treizième année, ce qui reporte sa naissance à 1320 environ.

cet égard un détail qui mérite de retenir l'attention, surtout si l'on songe que d'autres* circonstances, énoncées dans le même récit, se trouvent confirmées avec éclat par des documents authentiques1 : la jeune femme se serait bercée quelque temps de l'espoir que le père de Giovanni lui reviendrait, et ce fut seulement à la nouvelle du mariage contracté à Florence qu'elle perdit toute illusion, et mourut2. Cette version n'a pas seulement l'avantage de fournir un dénouement tragique à l'aventure ;"elle nous permet d'imaginer comment le petit orphelin, recueilli par quelques « Lombards » au courant de sa naissance, fut, par leurs soins, renvoyé à son père. N'essayons pas de deviner quel âge il pouvait avoir : c'était en tout cas un enfant encore très jeu-ne, lorsqu'il se trouva transplanté sous le ciel de Florence3.

Telle est l'histoire de cette naissance romanesque, dont la plus étrange particularité résulte du fait que la plupart des biographes de Boccace, et les témoins les plus considérables de sa vie, comme Pétrarque, ne semblent pas l'avoir soupçonnée. Seul Filippo Villani,

1. Il h'agit de la vengeance divine qui, un peu plus tard, frappa le parjure par la mort de sa femme et de ses enfants, ainsi que par de graves pertes d'argent : « Ma Giunone e Imeneo ... esecrando la adultéra giovane (Margherita) con lo'ngannevole uomo (Boccaccino), e verso loro con giuste ire accendendosi, prima privatolo di gran parte de' beui ricevuti da lei, e dispostolo a maggiore ruina, a morte la dalrice, la data e la ricevuta progenie dannarono con infallibile sentenzia. » Ces faits sont réels, et se placent entre 1337 et 1340; voir A. Délia Torre, op. cit., p. 307, 309, 345; Bull i/o/., XI, 188, et ci-après, p. 102-1(3.

2. Amelo (à la suite du texte cité, p. 10, n° 3) : « La quai cosa non prima senti la svcnturata giovane, dal primo (marito) per isciagurata morte e dal secondo per falsissima vita abbandonata, cbe i lungamente nascosi fuochi fatti palesi co' ricevuti inganni, clause gli occhi, e del mondo a lei mal fortunoso si rende agli Iddii ».

3. « Fanciullo cercai i regni Etrurii », dit un autre personnage de YAmeto (p. 149), en qui Boccace s'est peint une fois de plus; et ici, manifestement, fanciullo a le sens du latin infans, d'où il tire son origine, comme fanlino, fantolino chez Dante.

dans la seconde rédaction de sa vie du conteur, dit clairement que sa mère était Parisienne \ affirmation qui fut répétée littéralement par Domenico Bandini; mais tous les autres l'ont tenu pour Florentin, ou plus exactement pour natif de Certaldo. Lui-même semble avoir pris à tache d'égarer ses lecteurs en se nommant toujours, dans les manuscrits que nous avons de sa main, Johannes Boccacius de Certaldo, ou par une abréviation qui lui était familière : Johannes de Certaldo* , et en italien « Giovanni di Boccaccio da Certaldo 3 » ; son épitaphe, qu'il passe pour avoir rédigée lui-même, n'est pas moins explicite :

Patria Certalduin; studium fuit almu poesis.

Ailleurs il se dit Florentin* : l'Arnoest le lleuve sur les bords duquel ses yeux se sont ouverts à la lumière5;

1. « Huic pater fuit Boceaccius do Certaldo... qui dura mercandi studio Parisius moraretur, ut erat ingenio liberali placidoque, ita, complexionis hilaritate, inelinationis facillimae in amorera. Ex naturœ raorumqiie indulgentia, in quaradani juvenculam parisinam, sortis inter nobilem et burgensem, veliementissimo exarsit amore... ex qua ipse genitus est Johannes » [Zeiltch. /'. rom. PhiloL, t. XXVII, p. 309-310.) La première rédaction disait simplement : « Hic enim naturali pâtre Boccacio, industrio viro, natus est in Gertaldi oppido » (ibid.); il est assez piquant que F. Villani ait ajouté dans sa seconde rédaction le détail, évidemment faux, que Boccaccino épousa la Parisienne. Ces deux rédactions, d'après A. -F. Massera (ibid., p. 308), remontent respectivement à 1381-82 et 1395-97.

2. Pour les autographes de Boccace, leur description et d'abondants fac-similés, voir 0. Hecker, Boccaccio-Funde, 1902. Antérieurement, je m'étais occupé de la question dans les Mélanges de l'École française de Hume, 1894.

3. Premier sonnet acrostiche de VAmorosa Visione; on peut noter que cette formule est absolument correcte si on l'interprète littéralement : Giovanni fils de Boccaccio da Certaldo — ces trois derniers mots constituant le nom du père.

4. Dans la lettre (novembre 1374) au gendre de Pétrarque, sur la mort de celui-ci.

5. Dans son dictionnaire De montibus, silcis, etc.. il dit que l'Arno est le fleuve qu'il a vu avant tout autre : « Arnus... patriœ flumen est, et mihi ante alios omnes ab ipsa infantia cognitus ».

li I.A JEUNESSE

(huis le roman de Flainmella , Panfîlo, l'amant de la belle napolitaine, est Florentin — fti sorte que son obstination ii se proclamer alternativement Florentin et natif de Orlaldo n'a d'égale que la précaution avec laquelle il a savamment dérobé aux lecteurs distraits le mystère de ses confidences. Depuis Baldelli seulement, au début du xixc siècle, les biographes de Boccace ont repris la tradition de Filippo Villani sur la naissance du conteur à Paris; mais nul n'a plus l'ait que M. Vineenzo Oescini pour confondre les derniers partisans de la naissance florentine, en déchiffrant avec une heureuse pénétration toutes les tortueuses allégories du Filocolo1.

Au reste, un détail est à noter, qui a son importance : Boeeace ne s'est livré à ce bavardage allégorique sur le roman qui précéda sa naissance que pendant une courte période de sa jeunesse : la dernière partie du Filocolo et YAniclo. seuls ici en cause, furent composés à Florence immédiatement après son retour de Naples, en 1341 2 ; quant \\ la lettre signée « Jannetto di Parisse dalla Ruoccia », écrite à Naples, elle appartient selon toute apparence à l'année 1339 (ou 1340 3). En dehors de

1. La vita di G. Boccacrio de G. B. Baldelli (Florence, 1806) a marqué une ère nouvelle dans les études sur Boccace. Seul G. Kôrting, dans sa savante monographie Boccaccio's Leben und Werke (Leipzig, 1880) et dans ses lioccaccio- Anale kten (Zeitschr. f. rom. Philol., 1881) s'est assez plaisamment obstiné à nier la naissance parisienne. Parmi les historiens qui l'ont réduit au silence, V. Crescini vient au premier rang, avec son Idalagos. {Zeitschr. f. rom. Philol. , 1885) et son Contribulo souvent cité.

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