‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 72 sur 199 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Boccace a dépassé la trentaine. Jusqu'à ce moment, tout ce <[iie nous savons de sa vie, tout ee que nous en croyons discerner, comme à travers une brume, est, ii fort pou d'exceptions près, lire des allusions autobiographiques renfermées dans ses œuvres, allusions souvent déconcertantes, mais dont l'insistance finit par s'imposer à l'esprit comme une certitude, au moins en ce qui concerne ses expériences sentimentales. Après l'achèvement du Ninfale fiesolano, cette source d'information vient à manquer presque entièrement : son chefd'œuvre, le Dècaméron, occupe un rang très élevé parmi les créations les plus heureuses de la littérature narrative, justement parce que l'art du conteur s'y fait de plus en plus objectif; de Boccace lui-même, nous n'apprenons guère à v connaître que l'humeur avec laquelle il considérait les hommes et les choses, car les idées personnelles qu'il expose dans le préambule, la conclusion et l'introduction de telle ou telle des dix journées

sont d'assez mince importance. D^ même, ses ouvrages érudits, occupation favorite de ses dernières années, révéleront quelques aspects intéressants de sa pensée, mais à peu près rien de sa vie.

Pour écrire la biographie du conteur à partir de 1344 environ, il faut se contenter d'abord des rares points de repère dont quelques documents jalonnent notre route; un peu plus tard, une invective en prose, il Corbaccio, sert à illustrer une de ses dernières expériences amoureuses ; puis on peut tirer parti de son Bucolicum Carmen, dont chaque églogne renferme un sens allégorique souvent personnel; enfin quelques lettres, en trop petit nombre, ont échappé au naufrage de sa correspondance. Mais les allégories des églogues, malgré les explications que le poète en a données lui-même, sont loin d'être limpides, et quant à ses lettres, il faut déplorer une fois de plus que son habituelle modestie l'ait empêché d'emprunter à son grand ami Pétrarque la conviction que la postérité devait prendre le plus vif intérêt à les lire. Nous continuerons donc, dans sa maturité comme dans sa jeunesse, à savoir avec précision fort peu de chose de la vie de Boccace. La lecture d'une œuvre comme le Décaméron est une compensation plus que suffisante; elle ne dispense pourtant pas de recueillir les quelques renseignements qui nous sont parvenus sur le conteur, à l'époque où il se préparait à composer le recueil de nouvelles qui l'a immortalisé.

L'expérience que fit Boccace de la vie politique de Florence au moment où il rentra de Naples, était bien propre à justifier les expressions de dédain renouvelées de Dante, qu'il y consacra dans la Fiammetta ', Les

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