Vers
2. Boccace le reconnaît dans le De Casibus : « Adversus intentionem veterem Roberti régis et ultimam voluntatem, ipsum (Andream)... coronari a Clémente (Ludovicus) impetravit ».
3. F. Torraca nie cette interprétation évidente, parce que Giovanna était enceinte d'André, tandis que la louve ne pouvait avoir été fécondée par Alexis (Per la biogr. di G. B., p. 168). C'est pousser un peu loin la plaisanterie. Fort de cet argument, il propose de voir dans cette louve la personniBcation des vices de la famille royale hostile à André (mais alors que veut dire gravida ?), à moins qu'on n'y reconnaisse Sancha, comtesse de Morcone, fille de Filippa, qui en 1345 était enceinte (p. 168-
le bien fondé n'a jamais pu être établi, et que plus tard Boccace s'est soigneusement gardé de prendre à son compte1. Bien qu'il la présente ici sous certaines réserves {hoc fertur), et en signalant une autre version, celle de la culpabilité de la noblesse2, l'intention infamante du poète ressort assez de la seule comparaison de la reine avec une « lupa », symbole de luxure. Ailleurs encore, dans une Canzone en italien, Boccace laisse entendre que la cause de la mort d'André de Hongrie doit être cherchée dans les dérèglements amoureux de Jeanne 3.
Evidemment les premières impressions que Boccace avait recueillies sur cette sanglante tragédie étaient nettement défavorables à la reine et elles ne s'effacèrent pas aisément de son esprit. Cependant, une fois rentré à Naples, repris par le charme de cette ville ensorcelante, qui lui rappelait tant de souvenirs infiniment précieux, il ne put se défendre d'un serrement de cœur en voyant combien tout y était changé depuis la mort du bon roi Robert ! L'expédition vengeresse de Louis de Hongrie ne cessait pas de lui sembler inspirée par la justice4, l'assassinat d'André continuait à lui
169). Inutile d'ajouter que la grossesse de Sancha n'a rien à voir ici. — Sur cette question, un utile article de G. Lidonnici (La Lupa e Polifemo net « Bucolicon Carmen » di G. Boccaccio) a paru dans les Studi su G. Boccaccio, p. 175 et suiv.
1. Dans le De Casibus et dans le De Claris Mulieribus; voir ci-après, p. 408 et suiv.
2. « Multique ferunt quod silva leones Nulriat haec... » (Faunus, v. 154-155); en retouchant ce poème pour en faire la 3e églogue de son Hucolicum Carmen, Boccace semble avoir voulu donner plus de consistance à ce second bruit en disant : plerique volunt quod etc....
3. « Per te (Amore) il giovane Andréa Che si puô dir pur ieri strangolato, È tutto il regno suo vituperato » (canzone I, éd. Moutier, p. 109). Ces vers nous reportent bien aux années 1346-1347.
4. « Justissima arma », dit la lettre Quam piu/n écrite de Forli à Zanobi da Strada (G. Traversari, p. 52); dans Faunus, on lit : « Ut pœnas
paraître digne d'une profonde pitié1; il pensait même que la mémoire du roi Robert n'avait pas été entourée d'un respect suffisant, ce cpii était d'un fâcheux augure pour le nouveau règne2. Mais en même temps, comment n'aurait-il pas été indigné des sanglantes représailles exercées par le Hongrois, en particulier de l'exécution de Charles de Duras, tenu pour innocent3? Le prétendu vengeur avait fait dans le royaume, jadis si prospère, une irruption qui ne peut être comparée qu'à celle d'un torrent dévastateur4 : il avait dépouillé, détruit, tué sans merci5. Boceaee finit par le taxer de férocité6, et reconnaissant dans cette violence un trait commun à tous ceux de sa race, il admet que le malheureux André péchait lui-même par un excès de dureté"; et voilà que, pour comble d'infortune, la peste sévit avec une fureur jusqu'alors inconnue8 : ce beau pays est-il donc voué à une ruine irréparable?
Sur ces thèmes roulent la quatrième et la cinquième égloguc latine de Boccace, qui, par rapport à la troisième (remaniement du premier luiunus), contiennent une autre nouveauté : l'introduction d'un personnage en qui l'on reconnaît sans hésitation Louis de Tarente, le second
tribuat meritis >» (v. 16(J), el dans l'églogue IV, v. 65 : « Justa rabie succensus et ira ».
1. « Miserandus Alexis... crudeli funere pulsus >» (Egl. IV. v. 52-54).
2. Egl. IV, v. 49-51. « Hic abiit, cœloque senex se condidit alto, Defletus modicum ; verum pra;sagia vatuta Prœdixere quidem ».
3. « Innocui Papbi fœdasse cruore Sidereos vultus, truncum et jecisse cadaver » (ibid., v. 71-72).