Ibid., v
(5. « Malus Polyphemus ». (V, v. 126), « trux Polyphemus » (VI, v. 12),
7. « Alexis Qui gregibus nimium durus sylvisque molestus Imperitans abiit » (IV, v. 52-5',).
8. « Cœloque mali^nq Omne pecus captum, tristique putrescere f,abo » (IV, 34-35); cf. Egl. V, et mes Notes, sur Içs Mss, de Boçcàce, p. 131.
mari de Jeanne, assisté de son conseiller fidèle, Niecolù Acciaiuoli : sous le nom de Dorus, l'églogue IV nous montre le prince exilé, après sa fuite de Naples, faisant une courte halte à Volterra1, où il raconte les malheurs qui ont fondu sur le royaume; puis, après la cinquième églogue, simple lamentation poétique sur les désastres accumulés à Naples, l'églogue VI chante la joie des bergers à la nouvelle du retour d'Alceste (Louis de Tarente), suivant de près le départ de Polyphème (le roi de Hongrie). La reine et son époux quittèrent en effet la Provence à la fin d'août 1348, et leur rentrée fut saluée avec allégresse par la population napolitaine, excédée de la tyrannie des Hongrois.
La critique a cru découvrir une contradiction grave entre la troisième églogue (Faunus), si sévère pour Jeanne, et les trois suivantes, dans lesquelles Boccace s'adresse aux souverains de Naples en un langage qui n'a pas paru très éloigné de celui d'un courtisan2. Ces contradictions ont été fort exagérées. Boccace n'a pas inséré dans les églogues IV et V un seul mot tendant à disculper la reine3, et inversement Louis de Tarente, qui est porté aux nues dans les églogues IV et VI, n'était
1. Louis de Tarente et Niecolù s'étaient embarqués à Naples sur un frêle esquif, et avaient abordé sur la côte de la Maremme, à Port' Ercole (l'égl. IV parle de Talamone, v. 138), d'où ils avaient gagné Sienne, puis le val di Pesa, aux portes de Florence ; je ne sais si l'arrêt à Volterra est historique ou imaginé par Boccace (Gorrazzini, p. 269).
2. A Hortis, Studi sulle opère latine del Boccaccio, p, 8-20, et B. Zumbini, Le Eglughe del Boccaccio (au tome VII du Giornale storico). Je détache entièrement de ces quatre églogues « napolitaines » la huitième, qui se rapporte à d'autres événements, bien qu'elle revienne incidemment sur ceux-ci.
3. Dans l'églogue IV, Dorus dit : « Pulchra est mihi juncla Lycoris » (v. 55), et c'est la seule allusion à Jeanne; elle constitue le minimum de galanterie dont un berger puisse faire preuve en parlant de sa bergère. On ne relève pas un mot sur Jeanne dans le chant d'allégresse (égl. VI) qui salue le retour» de Louis de Tarente à Naples.
aucunement en cause dans la troisième. Ces réserves faites, il ne faut pas tomber dans l'excès contraire, et soutenir que Boccace ne s'est nullement contredit1, car ses sentiments out marqué une légère évolution : au début, l'horreur qu'inspira universellement l'assassinat d'André l'emporta sur toute autre impression, et le poète épousa sans difficulté le point de vue des petites cours romagnoles ; il faut songer qu'à Florence même, où les sympathies pour la dynastie d'Anjou étaient si vives, la seigneurie interdit l'accès de la ville à Louis de Tarente fugitif et ;i Niccold Acciaiuoli2. Mais dans la suite, le spectacle des atrocités commises par le roi de Hongrie et ses mandataires, les sentiments profondément guelfes de Boccace3* et son attachement ancien à cette cour napolitaine, où il avait connu de si brillants succès, l'engagèrent à se rapprocher du jeune Louis de Tarente; d'autant plus que celui-ci avait été confié par sa mère, Catherine de Valois, aux soins d'un ami de Boccace, Niccolô Acciaiuoli, qui rendit à la dynastie, dans ces conjonctures presque désespérées, des services éminents. Ce n'est aucunement déshonorer le jeune humaniste d'admettre qu'en glorifiant le mari de la reine il pouvait avoir une arrière-pensée : deux ans plus tôt, il semble avoir cherché la protection d'Ostasio da Polenta, à Ravenne ; nous savons qu'ensuite il accepta d'entrer au service du tyran de Forli; comment n'aurait-il pas songé plus naturellement encore il se fixer auprès d'une cour qui avait tant de titres à ses préférences et où il pouvait compter sur de précieuses sympathies? Au bout d'un mois,
1. F. Macr'i-Leone, La Polit ica di G. Boccaccio (Giorna/e Storico, XV); F. Torraca, Per la biografia di G. B., p. 135 et suiv.