‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 80 sur 199 · D. M. Manni, lue. cil.; V. Crescini, Conlribulo, p · texte numérisé non relu

D. M. Manni, lue. cil.; V. Crescini, Conlribulo, p

2. Voir ci-dessus, p. 143. — On lira dans les Studi su G. Boccaccio un article de A. Latini sur Il'fratello di G. Boccaccio (p. 32 et suiv.).

naissons mal l'objet précis ', mais qui fut l'occasion d'une touchante démarche de la « Compagnia d'Or San Michèle », une des confréries les plus importantes de Florence2: on profita du voyage de Boccace à Ravenne pour le charger de remettre une somme de dix florins d'or à une fille de Dante, Béatrice, qui était religieuse à Ravenne, dans le couvent de Santo S te fan o dell' Uliva3. On peut penser avec quelle joie Boccace s'acquitta de cette commission auprès de la fille du sublime poète, dont l'œuvre lui inspirait une si profonde admiration.

Mais l'événement capital de l'année 1350 fut, pour Boccace, le passage de Pétrarque par Florence. Si les deux poètes ne se connaissaient pas encore personnellement4, depuis plusieurs années Boccace attendait avec impatience l'occasion d'entrer en relation avec le grand homme, dont le couronnement solennel au Capitole (8 avril 1341, jour de Pâques) semblait ramener les

1. A la date du mois de novembre 1350, un document cité par Mehus (Vita d'A. Traversai'!, p. CCLXVIII), portait : « Dominus J. Boccacci olim ambaxiator transmissus ad partes Romandiolœ ». Cet olim doit se traduire par « récemment », car le document cité ci-après fixe cette mission en septembre; cf. A. Hortis. G. Boccaccio ambasciatore, p. (i-7.

2. Gete confrérie avait été fondée en 1291; voir R. Davidsohn, Forschungen, t. IV (1908), p. 435 et suiv.

3. « A messer Giov. Boccaccio, fiorini dieci d'oro perche gli desse a suora Béatrice, figliuola che fu di Dante Aliglierii, monaca del monastero di S. Stefano dell' Uliva di Ravenna » ; telle est la copie qui nous a été conservée de ce document aujourd'hui perdu (cf. Zingarelli, Dante, p. 163).

4. Ceci ressort clairement des expressions dont, en 1359, se sert Pétrarque : il s'étonne de l'impatience qu'avait eue Boccace de le rencontrer, bien qu'il ne l'eût encore jamais vu : « miro nondum visihominis desiderio » (Ep. fam., XXI, 15). On a cru longtemps qu'ils avaient pu se trouver ensemble à Naples, lorsque Pétrarque y vint, aussitôt avant son couronnement, subir devant le roi Robert une sorte d'examen (mars 1341) ; mais cette hypothèse se trouve définitivement écartée depuis que nous avons la preuve du retour de Boccace à Florence avant janvier 1341. Voir ci-dessus, p. I0'i-105, et A. Délia Torrc, Giovlnezza, p. 344,

beaux jours de la poésie latine1. Uite réelle incertitude règne sur la première origine de cette illustre amitié; car peu après la mort de Pétrarque, en novembre 1374, Boccace écrivait que son dévouement et son affection pour le célèbre disparu duraient depuis quarante ans et plus2, ce qui oblige à remonter jusqu'à l'année 1334; or aucune trace aussi lointaine d'un échange de lettres entre eux n'a pu être découverte. On a bien supposé qu'une des lettres napolitaines de Boccace était adressée à Pétrarque 3, mais outre que l'hypothèse manque d'un point d'appui solide, la lettre ne peut être antérieure à 1339, et l'on n'arrive pas davantage au total de quarante ans. D'ailleurs, les lettres de Pétrarque, où est rappelée la rencontre de 1350, laissent entendre clairement qu'avant cette époque il n'avait eu aucun rapport avec Boccace; il faudrait donc admettre que la lettre de 1339 ne lui était jamais parvenue, ou que, s'il l'avait reçue, il n'y avait prêté aucune attention et n'y avait pas même répondu. Deux explications de ce petit mystère sont possibles : ou bien les quarante ans, dont parle la lettre du 7 novembre 1374, cachent quelque faute de la copie qui nous en a été conservée, ou bien Boccace, sans faire un calcul très exact, a eu seulement en vue l'époque où il commença, sur la foi d'autrui et sur la vue de quelques fragments écrits par Pétrarque, à vouer à ce dernier une admiration dans laquelle, avec l'élan habituel de son cœur, il mit une irrévocable affec-

1. Comme indice du retentissement de cette, cérémonie, il faut rappeler l'anecdote de l'aveugle de Pontremoli (Ep. Sen., XVI, 7).

2. « Ego quadraginta annis vel amplius suus fui » (Gorazzini, p. 362).

3. Il s'agit de la lettre Mavortis miles, que A. Délia Torre a proposé le premier de considérer comme adressée à Pétrarque {Giovinezza, p. 331 et suiv.). Antonio Zardo, en traitant deL'Amicizia ira il Boccaccio e il Petrarca (Studii sul Boccaccio, 1913, p. 44 et suiv.) n'apporte sur ce point aucune lumière nouvelle.

tion. Il n'est pas impossible en effet qu'il ait entendu parler de Pétrarque, vers 1334, à Naples où les rapports avec Avignon étaient fréquents; en tout cas, il est certain qu'il y connut, à la fin de 1338, Dionigi da Borgo San Sepolcro, ancien professeur de Sorbonne, alors appelé à Naples par le roi Robert; Dionigi était eil relations personnelles avec Pétrarque depuis 1333, et ce fut lui sans aucun doute qui prépara la première visite du grand poète à la cour de Naples1.

En Romagne aussi, assurément, Boccace entendit beaucoup parler de Pétrarque, et dans ses essais de 1347-1348 apparaissent pour la première fois des allusions claires à la gloire de ce rénovateur de la poésie latine : sous le nom de Mopsus, il est célébré comme le chantre inspiré des exploits des hommes et des dieux, dans le court poème que Boccace adressait à Cecco da Mileto2; et dans la rédaction première de Faunus, Menalcas est occupé à tresser des guirlandes dont il se propose de faire hommage à Mopsus. récemment couronné par les bergers, aussitôt que le destin lui procurera la joie de le rencontrer. En d'autres termes, Boccace composait alors en l'honneur de Pétrarque quelque poème de bienvenue, avec lequel il comptait se

1. Sur ce point, les conclusions de A. Délia Torre me paraissent tout à fait convaincantes (Giovlnezza, p. 323-330). Voir Pétrarque, Ep. Fam. IV, 2. et les notes de Fracassetti {Lettere volgarizzate, I, p. 496 et suiv.). Il est très frappant que, dans un autre passage de ses œuvres (De Casibus, 1. VIII, introd.), Boccace nous ramène à cette même période 1338-1339 pour l'origine de l'influence que Pétrarque exerça sur lui, par l'exemple de son activité poétique toi t au moins : « Fr. Petrarca... cujus monita semper mihi ad virtutem calcar exstiterant, et quem ab ineunte juventute mea prœ cœteris colueram... ». Le commencement de la « juventus » étant communément fixé à vingt-cinq ans (A. Délia Torre, Giovinezza, p. 73-96), et Boccace étant né à la fin de 1313, ce texte nous reporte à la tin de 1338.

2. « Hominumque deumque labores Mopso relinquarnus, cui frontem nectere lauro Vidimus... »; sur ce poème, voir ci-dessus, p. 182-83.

présenter à lui à la première occasion1. La critique a remarqué fort justement que ces essais bucoliques de Boccace, commencés sous l'influence dominante des églogues de Dante et de Giovanni dal Virgilio , révèlent presque aussitôt l'influence des églogues de Pétrarque2. Or précisément le recueil autographe qui nous a conservé ces premiers balbutiements de la muse de Boccace en latin, renferme aussi, dans sa dernière partie, la copie de plusieurs pièces de Pétrarque, précédées d'une curieuse notice, entièrement écrite en lettres capitales, où sont rappelées les circonstances du glorieux couronnement, avec quelques détails sur la personne et sur l'œuvre du poète. Ces pages sont un témoignage touchant de l'ardeur avec laquelle Boccace collectionnait alors les trop rares renseignements venus à sa connaissance sur l'homme prodigieux qu'il entourait d'un véritable culte avant même de l'avoir vu. Selon toute apparence, ces notes et ces extraits ont constitué le premier fonds utilisé par Boccace pour la « Vie de Pétrarque » qu'il entreprit d'écrire un peu plus tard, lorsqu'il put recueillir, h. Naples sans doute, en 1348, les témoignages des privilégiés qui' avaient approché le poète, d'abord en 1341, puis lors de son second voyage en 1343. Parmi ceux-ci, aucun ne put mieux satisfaire la curiosité de Boccace que Barbato cla Sulmona, celui que le roi Robert avait désigné pour être, en quelque sorte, attaché à la personne de Pétrarque pendant son séjour à la cour3.

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