‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 81 sur 199 · Voir mes Notes sur les Mss. aulogr. de Boccace, p · texte numérisé non relu

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2. E. Gairara, dans le Giornale storico, t. XLIII, p. 8-11. Leglogue Faunus est manifestement imitée, dans maints détails, de la seconde églogue de Pétrarque (Argus), dont le sujet est la mort du roi Robert.

3. Voir mes Noies sur les Mss. autogr. de Boccace. p. 114-120. La lettre de Pétrarque à Barbato (Var.Jtd) recopiée par Boccace avec l'églogue

Ces détails permettent de mieux comprendre la joie, l'impatience, ou plutôt l'exaltation avec lesquelles Boccace attendit la venue du poète lauréat, lorsque au début de l'automne de 1350, il apprit que celui-ci se disposait à quitter Parme pour gagner Rome, en passant par Florence : il allait donc le voir enfin de ses propres yeux, lui exprimer de vive voix son admiration, l'interroger, entendre sa parole, se désaltérer à cette source vive de science et de poésie! Boccace lui adressa, par avance, un poème de bienvenue, que Pétrarque voulut bien apprécier avec indulgence1; puis, quand il fut informé de l'approche de l'illustre voyageur, il sortit de Florence, se porta au-devant de lui pour le saluer et le prier d'accepter dans sa maison une hospitalité qui, pour être à coup sûr fort modeste, eut au moins le mérite d'une rare cordialité5.

Par sa famille, Pétrarque était Florentin; son père, le notaire Petracco di Parenzo daU'fncisa, avait été exilé en même temps que Dante, et le jeune Francesco était né en juillet 1304, à Arezzo ; il avait grandi successivement à l'Incisa, dans le Val d'Arno, puis, après un court séjour à Pise, en Provence, où ses parents se fixèrent de façon durable. Or l'existence vagabonde, a laquelle il avait été voué dès son enfance, resta tou-

Argus, qu'elle accompagnait, fut envoyée d'Avignon à Naples en janvier 1347. Il se peut qu'avant la fin de cette année, Boccace en ait eu connaissance en Romagne; mais il est plus vraisemblable que lettre et églogue lui furent communiquées seulement à Naples, par Barbato luimême. Sur ce personnage, voir une étude de L. Mascelta-Caracci, Bassegna abruzzese, t. II (18(.)8).

1. Voir la lettre de Pétrarque {Ep, Fam. XXI, 15) à laquelle tous ces détails sont empruntés : « Tu olim, me... non aff'ectibus solis,... sed corporis etiam motu celer, miro nondum visi hominis desiderio, prœvenisti, prœmisso haud ignobili carminé. » Malheureusement ce poème est perdu, peut-être YEp. me/rica III, 17 de Pétrarque y fait-elle réponse.

2. « Amicitiae tuae pcnetralibus induxisti » (Ep. fam. XXI, 15).

jours dans ses habitudes et dans se* goûts; il avait parcouru la France, la Flandre, la vallée du Rhin, et naturellement l'Italie à plusieurs reprises : trois lois déjà il s'était rendu à Rome1, sans passer pourtant par Florence. Condamné avant que de naître à la condition de banni, il se distingua toujours nettement de tous les « fuorusciti » de son temps par son très médiocre empressement à rentrer dans sa patrie : rien ne l'y attachait plus; sans doute même il avait contre elle certaines préventions. En tout cas, un des premiers de son siècle, il se sentit purement Italien. Inversement, Boccace né à l'étranger, élevé loin de Florence, et fort peu tendre pour cette république de marchands, avait subi l'ascendant du foyer paternel, au point de ne plus vouloir être que Florentin.

En 1350, le poète que Boccace accueillait avec un élan d'affectueuse vénération, ne se présentait ni à ses* yeux ni à son imagination comme l'auteur des sonnets et des canzoni qui ont acquis depuis une si universelle célébrité : c'était le poète latin, l'auteur d'une épopée inédite, YAfrica, destinée à glorifier Scipion, son héros favori; c'était l'émule de Virgile dans l'églogue et de Tite Live dans le De Viris illustribus, auquel son couronnement de 1341, au Capitole, avait valu une gloire alors sans égale. D'ailleurs sa vie amoureuse était terminée : Laure, qu'il avait tant chantée, avait succombé deux ans plus tôt, au temps de la peste, et les pensées de conversion, qui, depuis une quinzaine d'années,

1. Dans sa lettre à Boccace datée de Rome le 2 novembre 1350 (ram. XI, 1), Pétrarque dit que c'était son cinquième « voyage » à Rome; mais de ses explications sur ce point il semble ressortir qu'il comptait parmi ces expéditions, « entreprises dans l'intérêt d'illustres amis », le voyage de 1347, pour se rendre auprès de Gobi di Rienzo, bien qu'à Gênes Pétrarque eût changé d'itinéraire et se fût rendu en Lombardie.

VIE DE BOCCAClï DE 1345 A 1351 201

étaient entrées en conflit avec ses passions, finissaient, après bien des résistances, par en triompher : l'équilibre et le calme s'établissaient peu à peu dans cette âme agitée, et c'est en croyant convaincu, en dévot pèlerin, en pécheur repentant, qu'il entreprenait le voyage de Rome, à l'occasion du jubilé. Il n'est pas douteux que les dispositions morales de Pétrarque firent une impression profonde sur l'esprit plus léger de Boccace, pendant les quelques jours d'intimité où ils vécurent, au moins autant que les idées qu'ils échangèrent sur les œuvres des grands poètes de l'antiquité.

On était à la mi-octobre; la saison froide et brumeuse1, et les soirées déjà longues favorisèrent les causeries de Pétrarque et de ses admirateurs; parmi ceux-ci, on ne doit pas manquer de rappeler, outre Boccace, Lapo da Castiglionchio, qui procura les Institutions de Quintilien et quelques discours de Gicéron à son nouvel ami2, et surtout Francesco Nelli, clerc modeste et pieux, alors prieur de l'église des SS. Apostoli, dont une rare bonne fortune nous a conservé trente lettres adressées à Pétrarque3. Si habitué que le grand poète fût aux hommages, il ne put qu'être très sensible aux marques d'affectueuse admiration qui lui furent prodiguées à Florence; jamais il n'oublia l'accueil de Boccace, qui devint à ce moment et resta toujours un de ses amis du premier degré : c'est à lui que, dès son arrivée à Rome, le 2 novembre, Pétrarque écrivit pour rendre compte de

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