‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 82 sur 199 · Voir la note de Fracassetti, Lett. fam. VII · texte numérisé non relu

Voir la note de Fracassetti, Lett. fam. VII

3. Ces lettres ont été publiées par M. Henry Gochin avec une importante introduction (Lu ami de Pétrarque, Paris, 18V*2, et Florence, 1901).

son voyage et du douloureux accident qui en avait marqué la dernière étape1.

A son retour, en décembre, Pétrarque repassa par Florence et s'y arrêta peu de jours. Dans 1 intervalle, ses amis s'étaient entendus avec la Seigneurie pour faire auprès de l'illustre poète une démarche pressante, en vue de le décider à se fixer dans sa patrie2. L'affaire n'eut, sur le moment, aucune suite; mais quatre mois plus tard, la négociation fut reprise avec plus d'insistance : au nom de la république, les Prieurs des Arts et le Gonfalonier de Justice adressèrent a Pétrarque une longue lettre, fort élogieuse, où étaient énoncées deux propositions fermes : d'une part la sentence de condamnation, prononcée jadis contre ser Petracco, et la confiscation de ses biens étaient rapportées en faveur du fils, que l'on invitait à venir prendre possession de l'héritage paternel; d'autre part, la Seigneurie désireuse de développer à Florence l'étude des belles-lettres, trop négligées jusqu'alors, venait d'instituer une école — nous dirions une « Université » ; les Florentins disaient alors un « Studio » — et elle y offrait une chaire à Pétrarque, celle qu'il lui plairait de choisir3. Ce n'est pas risquer une hypothèse bien hardie de supposer que, parmi les promoteurs les plus zélés de ces mesures, et même parmi les rédacteurs de l'épitre, toute pleine

1. Ep. fatn. XI, 1; près de Bolsena, Pétrarque reçut à la jambe un violent coup de sabot de cheval.

2. Ceci résulte d'une phrase de ÏEp. Fam. XI, 5 (avril 1351) : « Anno altero, Roma reducem, inter clarissimos illos viros qui tum frena Reipublicœ gubernaban», dixisse me recolo... ».

3. Le texte de cette lettre a été publié par De Sade, t. II, pièces justif. n. XXIX, puis (traduite en italien) par Fracassetti (Lelt. volgarizzate, t. III, p. 40-'i3). La fondation du Studio avait été envisagée dès 1321 ; mais l'ouverture effective ne remontait guère qu'à 13'j9 (Perrens, t. V, p. 420-425).

VIE DE BOCCACE DE 13'i5 A 1351 203

de citations classiques, adressée pour la circonstance au poète, on doit compter Boccace, qui fut chargé de porter la requête de la Seigneurie à Pétrarque, comme étant le plus capable d'obtenir une réponse favorable.

Boccace fit donc le voyage de Padoue, où se trouvait son illustre ami, au début d'avril 1351; il en rapporta une belle lettre1, dans laquelle Pétrarque se confondait en remerciements, mais évitait de se prononcer sur la question qui lui était posée : « Boccace, ajoutait-il, vous informera plus complètement de mes dispositions. » On doit supposer, d'après cette lettre même, qu'il avait laissé à son ami quelque espoir, en sorte que l'ambassadeur put se croire autorisé à formuler des promesses, qui n'étaient assurément pas dans les intentions réelles de Pétrarque. Aussi l'indignation fut-elle grande à Florence quand, dès les premiers jours de juin, on apprit ([lie le poète regagnait la Provence2, d'où, contrairement à ses déclarations, il ne revint pas avant deux ans. La Seigneurie eut alors un geste regrettable : elle révoqua les décisions prises en faveur du fils de l'exilé Petracco!

Dans toute cette négociation, en regard du zèle affectueux et de la confiance de Boccace, éclatent l'irrésolution de Pétrarque, sa répugnance à se lier par un engagement ferme, et l'espèce de coquetterie qui ne lui permettait pas de refuser nettement ce qu'il n'avait aucune envie d'accepter. Mais si l'ambassade demeura sans résultat, elle ne fut ni sans plaisir ni sans profit pour Boccace. Une de ses lettres, adressée à Pétrarque, retrace avec beaucoup de charme la vie studieuse et les

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