‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 84 sur 199 · L. Tanfani, N. Acciaincfli, p. 82, n · texte numérisé non relu

L. Tanfani, N. Acciaincfli, p. 82, n

Naples. Cette affaire se rattachait aux graves préoccupations provoquées chez les Florentins par la politique conquérante de l'archevêque de Milan, Giovanni Visconti, qui, après avoir acheté Bologne en octobre 1350, venait menacer Florence jusque sous ses murs.

Il n'est pas improbable que la mission dont Boccace avait été chargé en Romagne, en septembre 1350, se rapportât déjà aux craintes qu'inspiraient les menées du remuant prélat; à la fin de 1351, bien que les Milanais eussent évacué le territoire florentin, Boccace dut s'acquitter d'une ambassade plus importante auprès de Louis de Bavière, marquis de Brandebourg f. Ayant vainement essayé d'obtenir l'appui du pape Clément VI contre l'archevêque de Milan, les Florentins se tournèrent vers ce prince qui occupait alors le Tyrol et avait des intérêts dans la Haute-Italie. Le 12 décembre 1351, Boccace, « ambaxiator soleinnis » de la République, recevait deux lettres de la Seigneurie, l'une pour le duc Louis de Bavière et l'autre pour son fidèle secrétaire et conseiller, le duc de Teck, qui était venu dix ans plus tôt à Florence; quelques jours après, il se mit en route pour le Tyrol 2. Le seul résultat de la démarche fut, au printemps suivant, l'arrivée d'un ambassadeur du Bavarois, Diapold de Katzenstein, qui avait mission de traiter avec Florence ; mais celui-ci mit en avant des exigences telles qu'on le laissa partir sans avoir rien conclu.

Ces diverses fonctions et ces voyages ne dispensaient pas Boccace d'autres soucis. La succession de son père et la tutelle de son frère Jacopo l'engageaient dans des

1. Nous apprenons aussi par une lettre de F. Nelli à Pétrarque que, au mois d'août 1351, Boccace était absent de Florence (H. Cochin, Un ami de Pétrarque, lettre VI). Avait-il reçu quelque autre mission?

2. A. Hortis, G. Boccacci ambasciatore in Alignons, p. 8-13, et pour les documents, tirés des Archives de Florence, p. 45-48.

affaires et des procès qui durent être fort embrouillés, car au mois de mai 1351 il s'en déchargeait entièrement, et en remettait le soin à des représentants auxquels il déléguait tous ses pouvoirs; à la même date, et peut-être à l'occasion de ces démêlés juridiques, il se faisait inscrire dans la corporation des juges et notaires â. Il est sans doute inutile de discuter longuement si Boccace agissait ainsi parce qu'il était peu compétent en ces matières, ou parce qu'il était réellement fort occupé, comme il l'affirmait en constituant ses fondés de pouvoirs, ou encore parce qu'il n'avait jamais eu aucun goût pour les affaires, et moins encore pour la chicane. Selon toute apparence, il y a une part de vérité dans chacune de ces explications; les dispositions plus que médiocres de Boccace pour la procédure ne sauraient faire aucun doute; mais d'autre part, il est certain qu'il était alors très occupé, beaucoup plus même que ce chapitre ne le laisserait supposer; car ce fut pendant ces années qui suivirent son second retour à Florence que, selon toute probabilité, il rédigea son Décaméi-on. Ce livre dont, avec sa modestie habituelle, il ne soufflait pas un mot à Pétrarque2, tandis qu'il prenait fiévreusement copie des œuvres de son ami, est pourtant celui qui lui a valu une gloire durable, et même une gloire égale, en un genre bien différent, à celle que le poète de Vaucluse doit à ses sonnets et à ses canzoni.

1. Ceci résulte d'un document retrouvé et publié par Ireneo Sanesi, Iiass. bibliogr. délia lett. ital., t. I (1893), p. 120-124; V. Crescini a commenté ce document dans la même revue, I, p. 243.

2. Pétrarque, Ep. Senilcs, XVII, 3 : ce fut au printemps de 1374 que Pétrarque eut pour la première fois connaissance du chef-d'œuvre de Boccace.

Page 1