Voir ci-dessus, p. 187 et suiv
■t V. Crescini, Contribulo, p. 251 et suiv.
HAUVETTE. — Boccace. **
l'ordre qu'il avait reçu, il exagéra, tic la meilleure foi du monde, la portée de souvenirs évidemment assez vagues : était-il vraiment « jeune », entre trente-cinq et quarante ans, quand, déjà connu par six romans ou poèmes, il composait le Décaméron, lui qui dès ce moment aimait à parler de son âge avancé i? On a supposé ingénieusement qu'en s'exprimant ainsi, il songeait aux premières ébauches de ses nouvelles, et celles-ci auraient été rédigées à Naples, au temps de ses amours, à la requête de Fiammetta. L'hypothèse est séduisante, et même vraisemblable; son principal défaut est de ne pouvoir être démontrée 2.
En réalité, l'introduction du Décaméron donne à penser que le recueil présenté par Boccace au public a été entrepris avec une entière spontanéité : au temps où il gémissait, en proie aux tourments de l'amour, il n'a été arraché au désespoir et à la mort que par les agréables distractions que lui ont procurées les entretiens de ses amis; à son tour, il veut offrir à ceux qui souffrent des mêmes peines le moyen d'oublier leur chagrin3. Dans tout ceci, pas un mot n'est applicable à une intervention venue du dehors. Au reste, bien qu'à plusieurs reprises le conteur s'adresse galamment aux « charmantes femmes amoureuses », il fait remarquer luimême que son livre, dépourvu de toute prétention, ne
1. On lit dans l'introduction de la quatrième journée : « Altri hanno detto che alla mia età non sta bene l'andare ornai dietro a queste cose, cioè a ragionare di donne o a compiacer loro.... ». L'insistance avec laquelle Boccace parle de son âge permet de penser qu'il vieillit vite : il prit de l'embonpoint et grisonna de bonne heure.
2. Voir Eugenio Rossi, Dalla mente e dal cuore di G. Boccaccio, p. 104-146, où l'argumentation, en voulant trop prouver, laisse le lecteur sceptique.