Secondo ch» raccontano i Provenzali
2. Romania, t. LI (1912), p. 18'i et suiv., en particulier p. 189-190.
sur le beau conte de la Gageure1, qui est apparenté au Cymbeline de Shakespeare (Dec, II, 9), on voit comment ce thème d'origine byzantine, très répandu surtout en France, mais connu aussi par des rédactions allemande, norvégienne, gaélique, hongroise et roumaine, a dû passer de France en Italie, où il a donné naissance à un groupe, composé de trois récits : une nouvelle anonyme probablement antérieure au Décaméron, celui de Boccace, et un livret allemand du xve siècle dérivant d'un modèle italien ; « aucune de ces trois versions ne dépend d'une des autres2 », bien qu'elles aient d'étroits rapports entre elles; on est ainsi amené à supposer qu'une rédaction italienne de la fin du xme siècle est la source commune d'où dérivent, plus ou moins directement, les trois versions. Dans ce cas encore, cette source doit avoir été une source écrite; car le conte est trop riche en aventures entrecroisées pour qu'une simple transmission orale puisse justifier des ressemblances aussi nombreuses et aussi précises.
Inversement, on peut tenir pour très vraisemblable que Boccace puisa réellement au répertoire intarissable des historiettes qui passaient de bouche en bouche, lorsqu'il s'agit d'une anecdote simple, dont tout le sel réside dans une situation piquante, dans un bon mot, dans une farce, dont les circonstances accessoires ont un caractère facultatif; et, dans ce cas, on peut tirer d'utiles indications de la façon dont le sujet est localisé. Un des contes les plus connus du Déeaméron est celui où l'on voit le Juif Abraham se convertir au christianisme à^Hta suite d'un voyage à Rome, parce que, dit-il, ui
1. « Le conte de la Gageure dans Boccace » (M p. 107 et suiv.); voir aussi Romania, t. XXXII (1903), p. 481