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CHAPITRE XIV

Mi'e Geoigette. — Le père Rigobert et sa jambe de bois. — Vingt caml>agiies, dix-neuf blessures, vive Henri IV, ventre-sanU-gris ! — Ce qui l'ait riiornnie bon et ce qui le fait grand. — Un abbé de cour. — Le froc aux orties. — La colère du père Rigobert. —La cornette fleurdelisée.— Une demande en mariage. — Les éclats de rire.- — L'ablté saute par la fenêtre.

Mi'e Georgette était une jolie fille de dix-huit printemps ; son œil vif, son nez légèrement retroussé, ses sourcils bien arqués, ses lèvres roses et ses dents blanches, son menton et ses joues à fossettes gracieuses, tout cela encadré par de larges bandeaux de cheveux châtains parfaitement luisants, faisaient de son visage le plus agaçant et le

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plus coquet minois. Sa guimpe, chiffonnée avec amour, paraissait caclier les plus rares trésors, et sa robe de fine toile rayée blanche et bleue dessinait les moelleux contours d'unetaille de nymphe; ses petits pieds frétillaient en dessous étroitement chaussés de bottines grises, et ses mains potelées s'agitaient à trier des perles, qu'elle entilail avec dextérité dans de la soie blanche. Elle était assise auprès d'une fenêtre, où d'un côté gazouillait un serin dans une cage, et de l'autre ruminait un angora. L'appartement où M""" Georgette enfilait des perles était un petit salon fort propre, mais fort modeste ; un meuble de velours d'Utreciit amarante, des rideaux de laine de même couleur, une vaste cheminée de bois de chêne non sculpté, deux grands vases de porcelaine, coloriés, garnis de fleurs, et une petite image de la Vierge, entourée de branches de buis bénit ; rien de plus.

Ce réduit faisait partie du château de Yincennes; c'était à gauche en entrant, après la loge du portier dans la grande cour. Un petit escalier dans un petit vestibule , précédé d'une petite anticlïambre, y conduisait tout droit. Heureusement pour M""? Georgette, sa fenêtre ouvrait sur la campagne du côté de Saint-Maur. La position n'était pas néanmoins des plus gaies, car les fossés se

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trouvaient là entreles murailles et la verdure ; puis les talus à pic et leur solitude sinistre. Mais M"*' GeoTgett€ n'était pas d'un caractère fort impressionnable, elle n'engendrait que difficilement la mélancolie. C'était entre elle et son serin un concert perpétuel. Le soir, quand l'oiseau dormait» venait le tour de l'angora, et une conversation interminable s'engageait entre ^'•'' Georgetle et le patelin animal.

L'étourderie esl un remède infaillible contre l'ennui; si par hasard, ce cruel ennemi del'liumanité venait à triompher de M"'^' Georgette, une mouche courant sur les vitres, un moineau franc piaillant sur les toits, un enfant sifflant sur la route, un grillon chantant dansle foyer, suffisaient pour cliasser incontinent cet liùte incommode. MJ'^ Georgette ne se trouvait donc nullement à plaindre. 11 en était bien, qui prétendaient que c'était là une triste vie, que de passer ses jours à enfiler des perles dans un vieux château, entre un ciiat guettant un serin et un serin narguant un chat, mais ils étaient les seuls de leur avis.

M'ie Georgette appartenait à cette pétulante famille des grisettes de Paris qui ne sont point rêveuses du tout, et qui ont le cœur sur la main. Et voilà pourquoi sans doute l'amour a sitôt fait de le

leur ravir. Pauvre petit cœur! on le leur enlève un soir, on le flétrit, puis on le leur rend. Ne sacliant plus qu'en faire alors, elles se vendent, ou bien elles se jettent dans la Seine.

Mais cela n'arrivera pas à Mi'^ Georgette, du moins elle l'affirme, et nous devons la croire sur parole, car c'est une fille extrêmement sévère à l'endroit des [)rincipes. Son oncle, Rigobert, le concierge du château deYincennes, vieux soldat qui a ])erdu une jambe à Ivry, veut que sa nièce fasse une fin honnête. Il tient peu à ce que le mari de Georgette soit riciie, pourvu que ses idées soient celles d'un brave artisan, incapable de faire du tort au prochain, ou de reculer d'une semelle devant un autre homme. M'i*^ Georgette est un peu plus exigeaiTte ; elle désire en outre un joli garçon, ayant des manières comme il faut. C'était là un des grands sujets de discussion entre la^nièce et l'oncle; mais sur ce sujet comme sur tous les autres, le père Rigobert était -forcé de céder; il se dédommageait en accompagnant ses retraites de jurons entremêlés de grognements inintelligibles. Gare alors à ceux qui se trouvaient sur son passage ! Chacune de ses déroutes était signalée par quelque équipée grotesque, telle que la démolition d'une chaise contre la muraille, et

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dont il poursuivait les débris à coups de jambe de bois dans l'escalier; ou bien c'était quelque malheureux caniche assez indiscret pour avoir osé lever la jambe contre la porte de sa loge, qu'il pourchassait clopin-çIopant autour de l'immense cour commise à sa garde; et il était rare qu'em- ])orté~par son exaspération, le père Rigoljert ne Irébucliàt point contre une pierre, à la grande satisfaction dos hommes de service. Rigobert alors s'en prenait à eux; il les apostropliait vigoureusement en les défiant d'aller avec lui sur le pré, malgré ses soixante-six ans, ses douze campagnes et ses dix-neuf blessures! 11 entreprenait avec fureur l'histoire de ses combats, et Unissait bientôt dans l'ardeur de la narration par oublier sa colère; on l'entourait, on l'écoulait, on rap|)laudissait, et le père Rigobert, la joie au cœur, l'orgueil au front et la larme à l'œil, regagnait sa loge en criant : «Vive Henri IV ! » Et M^'^ Georgette hochait la tête en levant les yeux au ciel, pensant que son oncle radoterait avant peu.

Le pauvre homme ! il avait amassé son modique revenu à force d'économie et de lionne conduite ; son frère, en mourant à l'attaque des fauijûurgs de Paris, où une arquebusade lui avait crevé la poitrine, lui confia la garde de sa fille orpheline à

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six mois. Rigol>ert promit à son frère d'accomplir fidèlement son dernier vœu, à moins qu'un Ijoulot ne l'envoyât brutalement te retrouver là-haut, avant la fin de la guerre. Le blessé ferma les yeux, serra la main de son frère et expira. Rigobert retint ses sanglots au fond de sa gorge, et s'élança dans la mêlée, l'espoir de la vengeance au cœur. Le roi, qui voyait tout, remarqua Rigobert pendant l'action; après la victoire il le lit appeler. Rigobert n'avait plus qu'un tronçon d'épée, le reste delà lame était demeuré dans le corps de quelque ligueur; il salua Henri IV avec ce glorieux débris. « Ventre -saint-gris! mon gaillard, s'écria le bon roi, tu n'y vas pas de main morte!» et il fit cadeau à Rigobert d'une épée d'honneur. Depuis ce jour, Rigobert eut de nobles et touchants souvenirs qu'il couronna par le dévouement; il posséda dès lors ce qui fait l'homme grand et ce qui le fait bon. Il ne dut pourtant qu'à la vivacité d'une repartie la modeste position qu'il occupait. M. de Verneuil chargé de choisir un vieux soldat, parmi plusieurs concurrents, pour occuper la place de concierge au château de Yincennes, remarqua Rigobert, à sa mine rébarbative et à sa jambe de bois.

— Dites-moi, mon ami, lui demanda-t-il, où avez-vous perdu votre jambe?

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— Au siège de Paris, monseigneur; et Rigobert raconta une longue histoire.

M. de Verneuil, qui était fort distrait, n'écouta t)oint et questionna les autres ; puis il revint à Rigobert, et renouvela sa question.

— Dites-moi donc, mon ami... où avez-vousperdu votre jambe?

Rigobert, un peu surpris, recommença son épopée. M. de Yerneuil n'y prêta pas plus d'attention que la première fois; puis, se figurant que Rigobert ne lui avait pas répondu, il lui dit avec iiumeur :

— Corl)leu ! m'aiiprendrez-vous enfin où vous avez perdu votre jambe ?

— Toujours au même endroit! répondit Rigobert exaspéré.

31. de Yerneuil s'aperçut de sa bévue, et la répara. Rigoi»ert fut nommé au poste qu'il briguait.

— Gentille Georgelte, qui riez des faiblesses de ce bonhomme, vous ne songez point à ce qu'il y a d'attendrissant en elles; mais on vous le pardonne, car vous l'aimez de toute votre àme, le père Rigobert, et vous avez raison: c'est votre seul ami. Pourquoi ce sourire, Georgette? et cette rougeur... nous tromperions-nous? Ne serait-il pas le seul?

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En tout cas , c'est le meilleur, sinon le plu? tendre.

Corrjme M"*" Georgette venait d'enfiler sa dernière perle, et se préparait à serrer son ouvrage dans un petit panier d'osier, coquettement attifé de rubans roses, un homme fit irruption dans l'appartement; Li jeune fille jeta un cri d'effroi, mais se calma aussitO)t, en reconnaissant celui qui venait d'entrer.

— 11 n'y a que vous jiour faire de telles prouesses ! Vous entrez toujours sans frapper.

— 11 me tarde tant de vous voir, ô la plus gracieuse des filles d'Eve, que je ne pense jamais à cette précaution.

Celui qui répondait si galamment à M"" Georgette, était un élégant abl)é, portant avec coquetterie le petit collet; il se dandinait, pirouettait sur la pointe du pied , jouait de son cliapeau avec nonchalance; il était là, le jarret tendu, l'œil tendre et la bouche en C(eur.

— Oh ! l'abbé, que vous êtes laid ! s'écria Georgette en riant de ces airs adorables.

— Mademoiselle, repartit l'abbé dans le ravissement, permettez-moi devons affirmer que vous n'en pensez pas un mot.

— Imperlinent !

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— Au contraire, c'est de la politesse, ou je ne m'y connais point.

— De la politesse ?

— Eli! sans doute. Si vous aviez assez mauvais goût pour trouver que je suis affreux, votre éducation parfaite vous empêcherait de me le dire ; ce serait donc vous faire injure que de vous croire, ma toute belle ! Ce que je vous dis là est fort subtil.

— Comme vous tournez les phrases, l'ablié.

— Gomme vous tournez les tètes, Georgette.

— Qu'en savez-vous ?

— On me l'a dit.

— Qui ça?... votre petit doigt?...

— Xenni, Georgette, c'est mon cœur.

— Savez-vous l)ien, l'abbé, que vous me faites là une déclaration ?

— Sans doute.

— Et vous osez ?...

— On ose tout quand on aime, Georgette.

— Et riiabit que vous portez ?

— Je ne suis qu'un abljé pour rire, Georgette; je n'ai pas prononcé le moindre vœu, vous ne l'ignorez pas? Mon père ne savait que faire de moi ; mon frère aîné était mousquetaire, mon frère cadet est marin; un maréchal de France et un amiral, c'était assez de grandeurs militaires à venir dans

la famille; on a pensé qu'un évêque y figurerait avec avantage, et j'ai été sacrifié.

— Pensez-vous qu'en agissant ainsi, vous obtiendrez jamais la mitre ?

— Et voilà justement ce que je veux, Georgette^ ou plutôt ce que je ne veux. pas. Je désire que, me trouvant indigne d'une telle faveur, on me rende à l'indépendance. La vocation me manque, je n'ai rien promis ni à Dieu ni aux hommes; je suis encore à temps pour jeter sans sacrilège le froc aux orties, et c'est ce que je ferai, Georgelte, si vous voulez me promettre de m'aimer.

— Ta, ta, ta! comme il y va! Vous aimer! diraiton pas que ça dépend de moi toute seule ?

— Et de qui cela dépend-il donc, Georgette?

— De mon oncle, le père Rigobert.

— Oli! la candide enfant! s'écria l'aijbé battant un enlrecliat et tombant à genoux devant Georgette. Pensez-vous l)ien ce que vous dites ''

Dans ce moment la porte s'ouvrit, et le père Rigobert en personne parut sur le seuil. A l'aspect de l'abbé aux pieds de sa nièce, l'invalide demeura stupéfait, immobile, à la position du soldat sans armes. Soudain il fit résonner sa jambe de bois sur le parquet, et passa ses doigts dans les. longs crocs de sa moustache grise, ce qui annonçait toujours

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un orage. Il s'avança en boitant, décrivant à cliaque pas un arc de cercle avec sa jambe artificielle, et fendant l'air avec les bras, tandis que son œil, injecté de sang, se fixait sur l'abbé avec colère. Celui-ci s'était relevé et regardait venir à lui le père Rigobert avec une inquiétude mêlée d'envie de rire. Quand Rigobert fut tout près de l'abbé, il se donna un léger coup de poing sur la tête, de manière à incliner fortement son chapeau sur l'oreille; [)uis, croisant les bras, il dit :

— Qu'est-ce que vous faisiez aux genoux de ma nièce, mille arquebuses ?Ventre-saint-gi'is! comme disait Henri IV, — et, en prononçant ce nom vénéré, Rigobert se découvrit, — je ne sais ce qui me retient de vous faire aller sur le pré, afin de savoir si vous poussez aussi bien le bouton qu'un aveu d'amour. Moi, Rigobert, malgré mes soixante-six ans, mes douze campagnes et mes dix-neuf blessures, je me charge encore de vous rincer comme un verre à bière. N'ayez pas l'air de sourire. En Normandie, j'ai coupé les oreilles à un plus malin que vous, l'abbé, parce qu'il m'avait plaisanté sur mon casque qu'il comparait à un panier à salade. J'ai tué le lendemain un cavalier, parce qu'il avait dit une impertinence à une femme que... .\ une femme qui... enfin n'importe ! Et c'étaient des

hommes pourtant qui avaient fait de belles charges à Arques, et qui étaient arrivés des premiers sur les remparts à plus d'un assaut. Le père Rigol)ert était connu dans l'armée royale ! Figurez -vous qu'un jour me trouvant en reconnaissance, et l'officier chargé de porter la cornette ayant été tué, on me la confia, la cornette, comme au plus digne. Ça donne de l'orgueil à un soldat, ça, voyez-vous; si bien que je sus la défendre, car lesoir de ce jour je rentrai seul au quartier général, saignant par trois blessures, me traînant à quatre pattes, mais rapportant entre mes dents la cornette fleurdelisée. Je vous le jure sur l'iionneur ! et l'honneur est sacré, voyez-vous! d'ailleurs, le père Rigobert n'a jamais menti.

Georgette se jeta au cou de son oncle; celui-ci continua, en la serrant dans ses bras :

— Et ma nièce, ma Georgette, c'est ma fille, c'est mon idole ! c'est mon trésor ! et si on me l'enlevait !... oh ! j'aimerais mieux qu'on me souffletât pour me laisser vivre ajnès.

L'abbé regardait ce groupe de la jeune fille et du vieux soldat avec une émotion profonde et les larmes aux yeux.

— Vous vous Ôîes introduit chez moi d'une façon astucieuse, poursuivit Higol.)ert exaspéré, en

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abusant de la confiance que devait ni'inspirer l'habit que vous portez. Oli! je sais bien que vous êtes un abbé qui... un abbé que... enfin un abbé de cour, sans caractère sacré; mais vous êtes toujours un abbé.

L'abbé fit un mouvement ; Rigoi)ert reprit :

— Vous êtes venu donner de l'ouvrage à mon enfant qui a besoin de travailler pour vivre. Vous lui avez commandé dos bourses; elle vous en a déjà fait neuf, et, sur ma parole, vous n'en avez point encore payé une seule : c'étaient des prétextes pour la voir; mais j'étais là, moi, et je veillais.

Georgelte mit ses petites mains sur la boudie de son oncle, et le forçant ainsi à se taire, lui dit:

— Mon oncle, vous abîmez monsieur inutilement. Je vous jure que je ne l'aime pas.

— Et moi, s'écria l'abbé, je vous jure que j'adore votre nièce; et je viens vous la demander en mariage.

— Vous ? dit Rigobert stupéfait.

— Vous? dit Georgette en baissant les veux.

— Oui, moi! à moins que M'i<^ Georgelte n'en aime un autre, et alors...

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— Moi, je n'aime personne, dit Georgelte en jetant à l'abbé un regard qui le fit tressaillir, excepté mon onde, ajouta-t-elle en l'embrassant, ilais Rigobert était un rusé compère.

— Est-ce bien moi que tu embrasses en ce moment? lui dit-il tout bas. Puis s'adressant à l'abbé: — Monsieur, si votre offre est sérieuse et qu'elle convienne à ma nièce, allez changer de costume et revenez me dire votre nom.

Des éclats de rire qui retentissaient au dehors attirèrent l'attention de l'abbé, qui courut à la fenêtre. Les éclats de rire redouJjlèrent; un jeune seigneur sortait du château et se préparait à monter un cheval gris superbe, que tenait par la bride un valet à la livrée de Concini.

— Quel est ce gentilliomme ? demanda l'abbé à Rigobert.

— Ce gentilhomme! répondit Rigobert en Ijougonnanl, je l'ignore; ce que je sais, c'est qu'il est d'une gaieté folle aujourd'liui. Depuis deux jours, il se trouve le maître de Yincennes. 11 a entre les mains un laisser-passer du maréclial d'Ancre , .qui lui ouvre tous les cachots, d'où il peut même à son gré faire sortir les prisonniers. 11 est rentré tout à l'heure avec un l>andit qu'il a emmené faire un petit tour, un misérable zingaro.

accusé d'avoir voulu assassiner le clieviilier de Guise en plein Louvre.

— Diable! voilà un audacieux coquin. Mais il est alors extraordinaire que ce gentilhomme...

— D'autant plus extraordinaire, inlerrompit Rigobert, que M. le gouverneur vient de recevoir de la Régente l'ordre de faire transporter cette nuit ce bohémien à la Bastille pour y être jugé, condamné et pendu avant trois jours.

— Cela passe toute idée! mais on ne rit pas ainsi, c'est troubler la tranquillité publique! L'entendez-vous ?

L'abbé se pencha pour mieux voir ; le gentilhomme tombait en selle.

— Sainte Olympiade ! c'est mon liomme! s'écria l'aljbé, enfourchant la fenêtre.

— Qui donc? Rigobert.

— Eh! pardieu! le ciievalier de Nerlanges.

— Que lui voulez-vous ? s'écria Georgette effrayée.

— Le tuer! répondit l'abbé en sautant par la fenêtre.

Mais avant qu'il fût à terre, le chevalier était déjà loin.

— Tant mieux! dit Georgette joyeuse.

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— Tant pis! fil le père Rigoberl désappointé, j'aurais eu du i)laisir à voir un abbé s'escrimer.

— Ali! mon onde!

— Ah ! ma nièce !

— Vous êtes cruel.

— Vous êtes amoureuse. -

Georgette baissa les yeux et ne répondit rien.

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