CHAPITRE XIX
A la Bastille. — Luc tùte clieveluc, uue main calleuse et une assiclle d'étain. —Le revenant. — Le reste du dépôt dn comte de Breteuil. — Angoisses. — Le (ils du geùlier. — Diego s'exaspère. — M. deXerlangesaune innltiltide d'idées. —Encore les papiers da comie deBrelenil. — Une visite d'importance.
Le lendemain de l'arrestation du chevalier de Guise, qu'on avait conduit au donjon de Vincennes pendant la nuit, un nouveau prisonnier s'éveillait dans une des ciiambres de la Bastille, c'était le chevalier de Nerlanges. Il regarda d'un œil étonné les murailles nues et sombres ([ui l'entouraient, il se frotta les yeux., et, quand il se fut l)ien assuré qu'il n'était pas le jouet d'une hallucination, il s'ériia :
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— Cela peut me coûter clier! Je suis à la Bastille, Dieu sait quand j'en sortirai.
Sa tête se pencha sur sa poitrine, il appuya ses deux mains sur ses genoux, et, assis sur son grabat, il sembla méditer. Prenant enfin un parti, il se leva et s'habilla. En vérité, il n'avait rien de, mieux à faire ; cela lui prit une lieure, car il s'occupa de sa toilette comme s'il devait aller assister au petit lever de Sa Majesté.
— Cet affreux Peppo! murmura-t-il en agrafant ses aiguillettes, avoir laissé échapper une telle occasion ! Gomment le prévenir? il est capable de tout avouer, pensant que je l'ai trahi.
Il coiffa son chapeau devant le miroir qui pendait misérablement au-dessus d'un coffre vermoulu, puis chercha son épée, et ne se souvint qu'après quelques minutes de peine perdue qu'on la lui avait enlevée la veille. Il avisa alors une petite porte qu'il n'avait pas remarquée encore: il la poussa. Elle donnait entrée dans un cabinet assez confortable, et bien éclairé par une fenêtre moins haute que celle de la chambre ; sur une table recouverte d'un tai)is de serge verte, se trouvait tout ce qu'il faut pour écrire. Une chaise-longue tendait ses bras au clievalier; il s'y installa le plus commodément du monde et se prit à réfléchir,
après avoir préalablement refermé la porte derrière lui. 11 fut bientôt troublé dans son recueillement. Une façon de geôlier passa une grosse tète cbevelue par la porte entrebâillée, et, d'une main calleuse, lui présenta une lettre sur une assiette d'étain.
— Pour monsieur le chevalier de Xerlanges, dit une voix nazillarde.
Le dievalier prit vivement la lettre qu'on lui présentait et l'ouvrit.
La féiçon de geôlier, la tête chevelue, la main calleuse et l'assiette d'étain disparurent, et la porte se referma. M. de Xerlanges lut ce qui suit:
« Chevalier,
» Vous me croyez mort, il n'en est rien ; veuillez » être assez aimable pour remettre au porteur » du présent les papiers que vous avez pris » sur moi. Je rentre en possession du dépôt que » vous avez sans doute respecté en loyal gentil- » homme.
» Le comte de breteuil. »
Le chevalier relut cette épître quatre fois de suite; il allait la relire une cinquième, mais il pensa que c'était inutile, et qu'il valait mieux s'oc-
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cuper de ce qu'il avait à faire ; sa situation se compliquait.
— Heureusement, pensa-t-il, que je n'ai pas tout livré à la Régente, je rendrai le reste à M. de Breteuil, c'est tout ce que je puis faire. Aussi, pourquoi tarder autant à ressusciter? c'est sa faute !
11 se leva et se promena avec agitation dans un étroit espace de dix pieds carrés, tournant sur lui-même, frappant des mains, et livré à une inquiétude croissante; il regarda encore la fatale épître de cette espèce de revenant.
— Elle est datée du lô, dit-il, c'est aujourd'hui le 18, il n'y a rien à dire, car elle me court après depuis trois jours. Mais j'étais absent!... et maintenant me voici à la Bastille.
Après mûre délibération, prise entre lui et sa conscience, d'une nature, comme on sait, assez accommodante, le chevalier fit un geste insouciant et se dit :
— Ma foi ! c'est un malheur. Je vais lui l)roder une histoire sur les papiers que j'ai remis à la Régente... Quant à ceux que j'ai conservés comme par miracle, ils sont chez moi; que le comte de Breteuil me fasse sortir d'ici, j'irai les lui porter moi-même.
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Il se rassit, entraînant la chaise-longue vers la table, [luis il trempa sa plume dans l'encre, l'essuya quatre fuis au tapis de serge avant qu'elle consentît à marquer, et tenta un cinquième effort; mais ce ne fut qu'au sixième qu'il parvint à tracer des caractères lisibles, car le tapis de serge avait laissé un de ses fils au bec de la plume récalcitrante. Le chevalier maugréa contre la Régente, la cour, la Bastille, le comte de Breteuil, et maudit de tout son cœur la blancheur de son encre, sur son papier gris.
Pendant ce temps, le geôlier, qui avait apporté au chevalier de Nerlanges la lettre du comte de Breteuil, s'était distrait à donner quelques coups de poing dans la paillasse du lit, et à épousseter vaguement avec le \ént de son bonnet de.laine les deui chaises et le miroir qui composaient l'ameublement de la chambre. On gratta à la porte d'entrée, il alla ouvrir avec un mouvement d'épaules qui témoignait de son mécontentement. Un jeune Iiomme parut.
— Chut! lui dit le geôlier en le prenant par le bras et le faisant pirouetter rudement; mais contre son attente, sans doute, l'enfant, au lieu de pirouetter en dehors, pirouetta en dedans.
— Tu nous perdras ! s'écria le geôlier à voix
basse, mais de façon à être entendu d'iaie demilieue.
Le jeune garçon lui fit signe de modérer davantage les inflexions de son organe rebelle ; le geôlier obéit.
— Tu nous perdras, murmura -t-il, avec tes imprudences perpétuelles.
L'enfant ferma la porte discrètement et,s'approcliant du geôlier, le poussa rudement à son tour en lui disant:
— Laisse-moi donc tranquille! depuis que, par l'entremise et la recommandation spéciale de M. l'abbé, je t'ai obtenu une place de geôlier à la Bastille, n'avoir pu découvrir Peppo, c'est stupide! car il est ici.
Le lecteur a deviné la vive et pétulante Garina. Elle était vêtue de haut de chausses très-larges qui dissimulaient à merveille ses formes arrondies. Une veste également fort ample cachait sa taille, un bonnet de laine énorme, pareil à celui de Diego, lui entrait sur la tête jusqu'aux sourcils; ses petits pieds dansaient dans de gros souliers ferrés ; quant à ses mains, elles se perdaient dans les vastes poches de ses vastes habits. Diego avait une mine risible. Son costume ressemblait fort à celui de Carina, mais ce qui n'était que disgra-
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cieux pour l'égyptienae était burlesque pour le zingaro.
— Peppo est icil Peppo est ici! grommela Diego. Oui, sans doute, il est ici, mais dans un cachot, et la confiance que j'inspire au gouverneur ne lui a pas encore permis de m'attacher à l'import-^ule surveillance des cacliots.
— Ce ({u'on veut se peut! dit le [troverbe, s'écria Carina en frappant du pied, et situ me laissais faire...
— Nous serions bientôt, vous et moi, interrompit Diego, chassés de la Bastille ou, qui pis est, retenus de force à la Bastille; sauvons Peppc, mais soyons prudents. Quelquefois tu oublies ton rôle d'homme, et tu reprends une désinvolture toute féminine qui peut fort bien ne pas être dépourvue d'agrément, mais qui l'expose à te faire reconnaître pour toute autre chose que le fils d'un geôlier. Aussi que diable viens-tu faire à la Bastille? L'abbé n'a eu de permission que pour moi, et s'il savait que nous le trompons!... avec cela qu'il a l'air assez vif! Tiens, Carina, je t'ai obéi, j'ai dit au gouverneur que j'avais un fils... mallieur à nous si l'on vient jamais à savoir !... Oh! mes cheveux se dressent sur ma tèle à une telle pensée!... Va-t'-en! va-t'-en !
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— Je me montre le moins possible.
— Déjà on l'a remarquée; hier, le guiclielier s'extasiait sur les manières gracieuses.
— Je lâcherai d'être brusque, ditCarina flattée; mais, dis-moi, Diego, n'espères-tu pas que nous le découvrirons ?
Diego fit un geste d'impatience.
Si d'ici à huit jours ce n'est pas fait, dit-il, je détale, dût ton abbé terrible me pourfendre. Le métier de geôlier ne me va pas du tout ; j'aime le grand air. D'abord, ce soir, quoi qu'il arrive, je découche... Tu auras soin des prisonniers. Fredgi m'attend à la cour du Roi-François, afin de célébrer nos noces. Les truands, qui ont bien voulu donner asile à nos frères depuis que, par la faute de Peppo, on les a chassés du bois de Vincennes, les truands nous préparent une fêle... somptueuse! Je ne puis y manquer, ce serait faillira toutes les convenances.
Diego fut superbe dans ce moment-là. 11 pirouetta en jetant avec nonchalance son gros bonnet sous son bras, et j%sa sa main sur le trousseau de clefs comme s'il eût pensé y trouver la garde d'une rapière. Carina n'eut pas la force de rire, elle secoua la tète et dit:
— On te renverra d'ici , Diego, et Pepjio ! Peppo ! . . .
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— Écoute, dit Diego en renfonçant son bonnet de laine sur sa tète a\ec rage et jusqu'à ses oreilles. En ami dévoué, j'ai fait ce qui m'a été possible de faire, dans la mesure de mes lucullés physiques et intellectuelles; mais je m'étiole à l'ombre. Il me faut du soleil 1 Depuis huit jours je suis devenu trèî-maigre, huit jours encore et je serai décharné; ce sera assez comme cela. Mourir à l'état de squelette? jamais!
El Diego arracha son bonnet de dessus son chef ébouriffé avec autant d'ardeur qu'il avait mis à l'y enfoncer.
— Ne t'exaspère pas, bon Diego, fit Carina en cherchant à l'amadouer. Eh bien! tu sortiras cette nuit, je ferai ton ouvrage, mais tu reviendras?
— Avecle soleil, répondit Diego radouci. Pauvre soleil ! ne plus te voir qu'à travers ces abominables trous d'oiseaux de nuit !
Un meuble remua dans l'appartement voisin; Carina fit un mouvement d'effroi.
— C'est le prisonnier, dit Diego; il est comme moi, celui-là, il voudrait bien s'en aller.
Lapone du cabinet fut rudement poussée, Diego et Carina saluèrent le clievalier, qui ne fut nullement sensible à cette politesse.
— Eh bien! dit-il, que faites-vous donc là, vous autres?
Diego prit la parole:
— Excusez, monseigneur, j'attendais la réponse à cette lettre.
— Dites qu'il n'y en a pas.
— Et puis, reprit Diego, c'était aussi pour vous dire que ce soir ce sera mon fils Henri qui aura riionneur d'être à vos ordres.
— Ah! c'est là votre Tils? dit le chevalier en regardant Carina de la tète aux pieds. C'est un assez gentil garçon, ma foi !
Diego chercha à déguiser son embarras sous un jeu de physionomie qu'il s'efforça de rendre le plus gracieux du monde ; Carina s'aperçut à temps que le compliment de Nerlanges la faisait minauder.
— On dirait une (ille! dit Nerlanges en riant. Diego rit plus fort que lui pour cacher son
trouble, ce qui parut discordant au chevalier. Carina devint pourpre.
— Approche-toi, mon garçon, dit-il.
Carina prit une allure décidée en s' approchant de son interlocuteur.
— Diable, fit le chevalier, c'est tout à fait un gaillard.
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11 frappa rudement sur l'épaule de Carina qui, malgré une vive douleur, ne fléchit pas, puis il congédia du geste et le père et le lils.
— C'est égal, se dit-il, quand la porte se fut refermée, ce garçon ressemble à une fille, et la figure de ce rustre de geiMierne m'est pas inconnue. J'ai vu tout cela quelque part.
Le chevalier s'assit sur le bord de son lit, croisa les jambes et les bras, songea au comte de Breteuil, et voici quelles pensées lui suggéra ce désagréable souvenir: — Cette lettre est peut-être un piège pour m' arracher le reste de ces papiers maudits. Ils doivent avoir une extrême importance. La Régente, pour sauver de Guise, veut anéantir les dernières preuves. Peut-être est-ce autre diose ; mais à coup sur cette lettre ne vient pas du comte de Breteuil, il est mort et bien mort ; et à supposer qu'il n'ait été que blessé, il doit l'être trop grièvement pour s'occuper d'affaires. Nous l'avons fu tomber comme un sac de plomb.
Le chevalier se mit à marcher, i)uis revint s'asseoir et s'étendit enfin de tout son long sur son lit, dont il déchira les couvertures avec ses éperons. Enregistrons la suite de sa rêverie interrompue. — Je m'ennuie indignement. — Il bâilla de toutes ses forces, puis se leva d'un saut. — Allons! raor-
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bleu ! du courage ! Concini ne m'abandonnera pas, je lui suis trop nécessaire; ses intérêts sont liés aux miens; nous avons tous deux le même obstacle à renverser : lui , pour continuer son chemin ; moi, pour me mettre en route.
Quelque temps s'écoula encore pendant lequel M. de Nerlanges parut prendre son parti; mais il l>aîlla de nouveau à se démettre la mâchoire, et s'écria, en jetant loin de lui d'un coup de pied un tabouret qui se brisa-
— Lu façon dont je m'ennuie est extraordinaire! le fastidieux séjour! Si j'avais un livre au moins, un livre quelconque! 11 faut que j'en demande un. — Le chevalier retomba dans ses préoccupations silencieuses. — Ces papiers, pensa-t-il, ces papiers du comte de Breteuil, que ne les ai-je avec moi! Sur l'enveloppe du paquet que j'ai gardé, il y avait écrit ce mot : Mystère. Le marquis de Saint-Ange était peut-être poète. Si absurde que cela soit, cela me distrairait. — Cette idée lui avait à peine traversé l'esprit qu'il changea de figure. — Mystère! répéta-t-il, si c'était ces secrets terribles dont on a tant parlé tout bas, ayant rapport au testament de Ravaillac! Le marquis de Saint-Ange, dépositaire de ces aveux importants, a bien pu les confier... Oh! oh! M. de
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Breteuil élait un ami du marquis de Saint-Ange, et son empressement à réclamer ce qu'il a luimême nommé un dépôt... Triple fou! j'ai laissé cela dans la poche de mon pourpoint. Si c'était ce trésor, je n'aurais plus besoin ni de Peppo ni de Concini. Et penser que je les ai eus là, sur ma poitrine! et mon cir-ur n'a pas battu ]ilus vite! Un pressenlimcnt m'a parlé, cependant, puisque je n'ai pas tout livré à la Piégente. Mystèrel ce mot m'avait frappé; oui, je me souviens.
Le bruit d'une clef grinça dans l'énorme serrure de la porte d'entrée; elle s'ouvrit, et livra passage à Diego, qui, de sa voix nazillarde, jeta ces mots à la tète du chevalier:
— Monsieur le gouverneur de la Bastille!
Le chevalier chancela; le gouverneur parut, et, sur le seuil de la porte, se courba respectueusement vers un personnage que Xerlanges n'apercevait pas encore; un frisson saisit le clievalier qui fut obligé de s'asseoir. L'aspect imposant de Marie de Médicis elle-même le fit relever brusquement; appelant à son aide toute son énergie, il salua la Régente, et demeura silencieux, plus encore par étonnement que par respect pour l'étiquette.
Certes, il fallait qu'il s'agît d'un intérêt d'Etat
bien puissant pour que la régente de France se fut décidée à venir en personne à la Bastille, afin de causer avec un prisonnier. C'était là, du moins, ce que pensait le petit nombre de ceux qui étaient au courant de" celte visite presque clandestine. Le lourd carrosse qui venait de sortir du Louvre, de traverser Paris et de pénétrer dans les profondeurs de la Bastille, avait gardé son secret. Les bourgeois de Paris, debout sous l'auvent de leurs boutiques, avaient à peine remarqué le mystère de ces rideaax soigneusement clos.
Marie de .Médicis salua M. de Xerlanges, et se retourna vers le gouverneur.
— Je vous remercie. Monsieur, lui dit-elle : vous pouvez vous retirer. Veuillez attendre mes ordres.
Diego, qui ouvrait de grands yeux, fut atterré en devinant la qualité de la grande dame cjne le gouverneur de la Bastille traitait avec tant de respect; il fixait sur la Régente des regards curieux et stupéfaits. Remarquant soudain que Marie de Médicis avait les yeux sur lui, il la salua jusqu'à terre. Il dut être fort comique, car Marie de Médicis sourit légèrement.
Quand elle fut seule avec M. de Xerlanges, elle lui dit avec toute sa sràce :
— Je viens vous offrir la liberté.
— J'ignore encore, madame, pourquoi elle m'a été ravie, répondit le chf^valier.
— Vous êtes à la Bastille uniquement parce que c'est mon bon plaisir, et vous y resterez si d'ici à ce soir vous ne m'avez découvert un liomme qui consente à signer un aveu.
— Lequel, madame ?
— Celui par lequel il s'accuse d'avoir assassiné le marquis de Saint-Ange.
Le chevalier reprit son aploml».
— Je comprends, madame, et qui consente ainsi à sauver l'honneur de M. de Guise, en livrant sa tête ? Votre Majesté me donnerait dix ans que je ne découvrirais pas une pareille dupe.
— Même si on lui promettait (,1e le faire évader ensuite?
— Qui lui garantirait cette promesse ?
— Un ordre d'élargissement qu'il présenterait au gouverneur, si d'ici à vingtq-uatre heures il n'était pas libre.
— Avec le nom du prisonnier en blanc, de même que la date? murmura le chevalier.
— Précisément, répondit la Régente.
Le chevalier sembla réfléchir, puis dit à la Régente :
— Ce misérable que j'avais eu l'imprudence de prendre à mon service, ce bnliémien maudit, cet assassin, l'amant de Gianina, qu'en a-t-on fait, madame ?
Une inspiration était venue soudainement au clievalier; si Peppo ne voulait point s'accommoder du marché terrible que proposait la Régente, il apprendrait du moins par la bouche du clievalier que sa position ne dépendait plus de lui et qu'il ne devait pas lui en vouloir. C'était là le plus gr;ind sujet d'inquiétude de M. de Nerlanges. Une accusation de complicité est toujours grave, si iiaut que l'on soit placé dans l'estime publique. La Régente répondit ou clievalier :
— J'avais déjà songé à cet homme ; aussi l'a-t-on transporté cette nuit, par mon ordre, de Yincennes à la Bastille.
— Votre Majesté veut-elle me [lermettre de lui parler?
— Sans doute, dit Marie de Médicis, en déposant sur une chaise un grimoire chargé d'avance du sceau du lieutenant-criminel et de son greffier. Voici l'aveu en règle dont j'exige la signature. On me l'apportera, je livrerai en retour l'ordonnance de mise en liberté. Je vais dire qu'on vous amène ce bohémien. On viendra dans une heure savoir
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voire réponse. Appelez, je vous prie, clievalier.
M. de Nerlanges obéit. Diego ouvrit la porte, se courba en deux, et, une minute après, le chevalier, revenu de sa stupeur, pouvait arpenter sa prison tout à son aise.
— Elle ne m'a rien dit de ces papiers, se disaitji; ils ne doivent être bons qu'à brûler. Allons ! plus que jamais ce Peppo m'est indispensable, ma fortune et ma vengeance sont au prix de la délivrance du bohémien.
Il entra dans son petit salon et s'enfonça dans sa chaise- longue, afin de méditer sur ce qu'il avait à faire.