Ailleurs il écrit
Et son feu , dépourvu de sens et de lecture.
S'éteint à chaque pas, fiiate de nourriture.
2. Plus tard encore, il séparera la particule, et, devenu gentilhomme ordinaire du Roi, prendra le titre de « sieur Des Préaux, écuyer. » Voir ci-^lessus, page 14, note.
40 LE nOMANTISME DES CLASSIQUES
sage est celui qu'il consacre à Molière et à Tartuffe non représenté encore : là il s'engage résolument, s'associant au hardi combat du grand poMe, et fait son possible indirectement pour y entraîner le Roi lui-même :
Tous ces gens, éperdus au seul nom de satire ,
Font d'abord le procès à quiconque ose rire.
Ce sont euK que Ton voit, d'un discours insensé,
Publier dans Paris que tout est renversé ,
Au moindre bruit qui court qu'un auteur les menace
De jouer des bigots la trompeuse grimace .
Pour eux un tel ouvrage est un monstre odieux:
C'est offenser les lois , c'est s'attaquer aux Cieux.
Mais, bien que d'un faux zèle ils masquent leur faiblesse,
Chacun voit qu'en effet la vérité les blesse :
En vain d'un lâche orgueil leur esprit revêtu
Se couvre du manteau d'une austère vertu ;
Leur cœur , qui se connaît et qui fuit la lumière ,
S'il se moque de Dieu, craint Tartuffe et Molière.
Il y avait quelque courage à s'élever avec une telle énergie contre a les originaux qui, comme dit Molière, voulaient faire supprimer ia copie»; et cela trois ans avant que le Roi lui-même, auquel Boileau adressait ce Discours, ne fût venu à bout de vaincre les résistances opposées par leur puissante cabale à la représentation de cette comédie qui les démasquait.
La huitième et la neuvième Satires, écrites une année après cette première édition, complètent en
quelque sorte la période initiale de la carrière de notre auteur : la huilième, sur la sottise humaine, reprend avec plus de verve le sujet de la quatrième, que tous les hommes sont fous ; la neuvième, adressé à son esprit, nous en avons parlé tout à rheure à propos de Chapelain , et cité le passage le plus piquant * ; c'est le chef-d'œuvre qui couronne cette première période, la période militante, agressive.
1 , Voir page 3ô
Je dirai tout de suite quelques mots des autres Satires, qui vinrent plus tard ^. La dixième fit grand bruit ; c'est la Satire des Femmes, imitée de Juvénal, avec quelques touches à la Mathurin Régnier. Nous avons eu occasion" de citer les très jolis vers admirés par Victor Hugo , sur la coquette qui fait et défait son visage.
1. Sur les dates de chacun des ouvrages de Boileau, od trouve dans les anciennes éditions une liste dressée par luimême. En outre, la chronologie de tous ses écrits, si importante pour Tintelligence du développement de Tœuvre du poète et de son action littéraire, a été refaite avec beaucoup de soin par M. Gustave Yapereau, dans son Dictionnaire des Littératures, hyre qui, sous un titre modeste, fait honneur à rhonmie de lettres , au philosophe et à l'artiste , et présente un véritable Thésaurus, comme on disait autrefois, de recherches originales et de fine critique.
Et, dans quatre mouchoirs de sa beauté salis Envoie au blanchisseur ses roses et ses lys.
« On ne doit pas battre les femmes , môme avec une fleur », dit le proverbe indien. Notre satirique, un peu brutal, les flagelle à coups de lanière. La coquette, l'infidèle, la joueuse, l'avare, la revêche, la jalouse, la capricieuse, la pédante, Torgueilleuse, la dévote, la fantasque, la femme athée, la prude, la gourmande, la bavarde, la plaideuse, la marâtre, d'autres encore, défilent pendant sept cent trente-huit vers : satire un peu longue et lourde, excepté en quelques parties. Quand on parle des femmes, et pour en dire du mal, il faut du moins que la touche soit légère, afin qu'elles-mêmes s'en amusent et pardonnent, comme quand elles lisent La Rochefoucauld.
Perrault, en réponse à ce castoiement ^ se mit à versifier l'Apologie des Femmes ; ce fut sa première escarmouche contre Boileau, avant la grande querelle des Anciens et des Modernes, Arnauld crut devoir prendre la défense de Boileau. Bossuet, au contraire, blâma le satirique, comme ayant porté atteinte à l'institution du mariage. C'est dans son traité de la Concupiscence * ; il ne nomme pas Boileau, mais il le désigne visiblement : a Celui-là, dit-il , s'est mis dans l'esprit de blâmer les fem-