‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 22 sur 79 · Dictionnaire philosophique, art. Amour et Dieu · texte numérisé non relu

Dictionnaire philosophique, art. Amour et Dieu

bonne vieille non plus, qui, selon Thistoire contée par Joinville, apportait un réchaud pour brûler le Paradis, et une cruche d'eau pour éteindre l'Enfer, afin qu'on n'aimât Dieu que pour lui-même.

Boileau, dans une lettre à Racine, lui raconte comment, accompagné de son frère le chanoine, il alla faire lecture de cette Épître au Père de La Chaise, qui en fut ravi et lui fit répéter certains vers jusqu'à trois fois. Ce qui est curieux, ce sont les soi-disant éclaircissements que le Père prétend apporter à la question : « Il me dit que c'était une matière fort délicate, et qui demandait beaucoup de savoir pour en parler ; qu'il avait autrefois enseigné la théologie ( à Lyon ) , et qu'ainsi il devait; être instruit de cette matière à fond; qu'il fallait faire une grande différence de l'amour affectif d'ayec l'amour effectif; que ce dernier était absolument nécessaire, et entrait dans l'attrition; au lieu que l'amour affectif venait de la contrition parfaite; et qu'ainsi il justifiait par lui-même le pécheur; mais que l'amour effectif n'avait d'effet qu'avec l'absolution du prêtre... Mon frère le chanoine applaudissait à chaque mot qu'il disait, paraissant être enchanté de sa doctrine , et encore plus de sa manière de l'énoncer. Pour moi , je suis demeuré dans le silence... »

Bossuet, qui avait trouvé à redire à la Satire

contre les Femmes, fut ravi de YÉpitre sur C Amour de Dieu, Dans un billet à l'abbé Rcnaudot, à qui cette Épître est dédiée, il dit (1695) : « Si je me fusse trouvé ici, monsieur, quand vous m'avez honoré de votre visite, je vous aurais proposé le pèlerinage d'Auteuil avec M. Tabbé Boileau, pour aller entendre de la bouche inspirée de M. Desoréaux Vhymne céleste de VAm^our divin. »

Il y a encore d'autres anecdotes qui marquent le bruit que fit cette Épître . On allait à Auteuil exprès pour en féliciter l'auteur, Le Père Bouhoursy vint, ne le rencontra pas, et, ne trouvant que le jardinier Antoine, le félicita de l'Épître en vers que son maître lui àVaif adressée : « N'est-il pas vrai, Antoine, lui dit le Père, que cette pièce-là vous paraît la plus belle de toutes les œuvres de votre maître? — Nenni-dà, mon Père, répondit le jardinier ; m'est d'avis que c'est V Amour de Dieu qui est la meilleure. » Le jésuite ne répliqua point, et mit, comme on dit, cela dans sa poche.

A la vérité, c'est Boileau qui conte cette anecdote au bon Brossette. Or, sans vouloir révoquer en doute sa véracité, on ne peut s'empêcher de dire qu'il paraît se servir de lui à peu près comme Napoléon à Sainte -Hélène se servira du brave Las Cases, pour couler en douceur tout ce qu'il veut qu'on mette dans sa légende en vue de la postérité.

Si Amauld eût vécu encore, il n'eût pas été moins ravi que Bossuet ; mais il était mort Tannée précédente, 6 août 1694, en exil à Bruxelles. Boileau qu'il avait soutenu en plusieurs occasions et qui lui en gardait une vive reconnaissance, lui fit cette belle épitaphe :

Au pied de cet autel de structure grossière ,

Gît sans pompe , enfermé dans une vile bière ,

Le plus savant mortel qui jamais ait écrit ; ^i

Amauld, qui sur la Grâce instruit par Jésus -Christ, j

Combattant pour TÉglise, a, dans TËglise même,

Souffert plus d'un outrage et plus d'un anathème.

Plein du feu qu'en son cœur souffla Tesprit divin ,

Il terrassa Pelage , il foudroya Calvin ,

De tous les faux docteurs confondit la morale ;

Biais, pour fruit de son zèle, on Ta vu rebuté,

En cent lieux opprimé par leur noire cabale ,

Errant, pauvre, banni, proscrit, persécuté;

Et même par sa mort leur fureur mal éteinte

N'aurait jamais laissé ses cendres en repos ,

Si Dieu lui - même , ici, de son ouaille sainte

A ces loups dévorants n'avait caché les os.

Le poète cependant, historiographe du Roi, ne publia point cette épitaphe. Elle ne laisse pas d'être une marque de sa fidèle amitié , et de son jansénisme. Il le fait voir encore d'une manière assez claire dans la Satire ix , lorsqu'il dit :

La vertu n'était point sujette à Tostracisme , Ni ne s'appelait point alors un

a — n laissait le nom en blanc , mais tout le monde lisait aisément jansénisme *. »

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