‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 24 sur 79 · Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. VI · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. VI

Trésor, il offre la sienne à la place. Une des gloires du barreau, Patru, étant aussi dans le besoin, Boileau lui achète sa bibliothèque, argent comptant, mais la lui laisse sa vie durant, comme fera pour Diderot Timpératrice Catherine.

Dans cette admirable Épitre, brillent à la fois le jugement le plus ferme et Tâme la plus noble, Tenthousiasme de la poésie et celui de Tamilié.

Il a donc bien le droit, dans la dixième, adressée à ses propres Vers, de se rendre témoignage à luimême en ces termes et de faire ainsi son portrait : Soyez mes témoins, dit-il à ses Vers,

Déposez hardiment : qu'au fond cet homme horrible, €e censeur qu'ils ont peint si noir et si terrible, Fut un esprit doux, simple, ami de Téquité, Oui , cherchant dans ses vers la seule vérité , Fit sans être malin ses plus grandes malices ; Et qu'enfin sa candeur seule a fait tous ses vices '. Dites que, harcelé par les plus vils rimeurs ^, Jamais, blessant leurs vers, il n'efQeura leurs mœurs ; Libre dans ses discours, mais pourtant toiyours sage ; Assez fedhle de corps, assez doux de visage.

Ni petit, ni trop grand, très peu voluptueux, Ami de la vertu plutôt que vertueux.

1. Autre exemple de ces hémistiches volontairement irréguliers et pleins de sens , dont nous parlions il y a un instant. C'est avee raison que seule se rapporte à la seconde moitié du vers.

2. Oui, mais pourtant il &ut reooDoattre qu'il les avait d^abord harcelés lui-même.

Sainte-Beuve trouve cette dixième Épître fort jolie, et il a raison; mais il trouve même que « la onzième et la douzième sont, quoi qu'on en ait dit, tout à fait dignes de Boileau. ^ » Enregistrons ce jugement du maître, en y ajoutant seulement la même réflexion que tout à l'heure sur Tindulgencc extrême de ses dernières critiques pour racheter l'excès de rigueur des premières.

Outre les Epitres, dont nous venons de prendre la fleur y à cette seconde période du talent de Boileau appartiennent aussi VArt poétique et les quatre premiers chants du Lutrin. C'est ce qu'il nous reste à étu-ier.

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