Voir page
Chapelain, pour mettre soas nos yeux un homme qui, dans la galerie de Fontainebleau^ montre les tableaux à deux autres, croit peindre la chose à merveille en disant :
Roger lève la canne et la voix à la fois ; L'œil s'attache à la canne, et l'oreille à la yoix.
Avec une précision non moins belle, parlant du bûcher qu'on prépare pour le supplice de Jeanne d'Arc, il aligne d*abord une première rangée de souches enduites de poix, sur laquelle il place
Une seconde couche; Et la couche d'en haut croise la basse souche ; Mais, pour donner au feu plus de force et plus d'air , Le bois en chaque couche est demi -large et clair.
BOILEAt' 161
A la couche seconde une troisième est jointe , Qui, plus courte, la croise, et commence la pointe : Plusieurs, de suite en suite, à ces trois s'ajoutant, Toujours de plus en plus vont en pointe montant.
Tout cela vaut-il la peine d'être dit, surtout d'être écrit, et en vers? a U est à craindre, dit Géruzez, que le poète qui dresse le bûcher avec tant de précision et de sang-froid ne connaisse guère le prix de l'héroïque victime que ce bûcher va consumer. »
Boileau dénonce l'abus des descriptions , d'abord au premier chant de son poème :
Un auteur, quelquefois trop plein de son objet. Jamais sans Tépuiser n^abandonne un sujet.
S'il rencontre un palais, il m*en dépeint la face; Il me promène après de terrasse en terrasse; Ici s'offre un perron, là règne un corridor.
Là ce balcon s'enferme en un balustre d'or.
Il compte des plafonds les ronds et les ovales : Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales. Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin ; Et je me sauve à peine au travers du jardin.
Fuyez de ces auteurs l'abondance stérile... *.
Il fait allusion à Scudéry qui , au livre III de son poème d'Alaric, emploie près de cinq cents vers à la description d'un palais, et commence par la façade pour finir par le jardin :