P.-J. Proudhon, De la Jtistice dans la Révolution, etc
BOILEÀU 11
la noble et ftrte harmonie du grand siècle. Sans Boileau et sans Louis XTV, qui reconnaissait Boiieau comme son contrôleur général du Parnasse, que serait-il arrivé? Les plus grands talents eux-mêmes auraient-ils rendu, également tout ce qui forme désormais leur plus solide héritage de gloire? Racine, je le crains, aurait fait plus souvent des Bérénice; La Fontaine, moins de Fables, et plus de Contes; Molière lui-même aurait donné davantage dans les Scapin, et n'aurait peut-être pas atteint aux hauteurs sévères du Misanthrope, En un mot, chacun de ces beaux génies aurait abondô dans ses défauts. Boileau, c'est-à-dire le bon sens du poète -critique, autorisé et doublé de celui d'un grand roi, les contint tous, et les contraignit, par sa présence respectée , à leurs meilleures et à leurs plus graves œuvres ^ »
M. Nisard, avant Sainte-Beuve, dès 1844, avait exprimé la même idée , et concluait ainsi : « Il faut songer à l'influence qu'un esprit excellent, ferme, sans complaisance, supérieur par la raison, peut exercer même sur des hommes qui le surpassent par l'étendue et la fécondité du génie *. »
Après la gloire souveraine de ceux qui créent, il en est donc une aussi pour ceux dont la ferme raison les reconnaît d'abord et les salue, et puis les