Port-Royal y t. V, liv. vi
grâce pour la composition : il est poli avec un soin extrême et souvent assez parfait pour réchauffer le froid du burlesque héroïque, et en faire fondre un peu la glace
Si Ton peut plaider que fe Lutrin est une protestation contre le burlesque trivial de Scarron par 1 emploi d'un burlesque plus relevé , comment nier que le burlesque du Dialogue des Héros de roman soit tout à fait scarronesque? Rappelez-vous ces quelques traits : Rhadamante vient dénoncer au Roi des Enfers un complot tramé contre son pouvoir. « U y a, dit -il, un grand parti formé contre vous dans le Tartare : tous les criminels , résolus de ne plus vous obéir, ont pris les armes. J'ai rencontré là- bas Prométhée avec son vautour sur le poing ; Tantale est ivre comme une soupe ; Ixion a violé une Furie ; et Sisyphe , assis sur son rocher, exhorte tous ses voisins à secouer le joug de votre domination . Là-dessus , Pluton , comme
le Jupiter du Typhon , donne des ordres pour comprimer la révolte : « Qu'on fortifie les avenues ! qu'on double la garde de mes Furies ! qu'on arme toutes les milices de l'Enfer ! qu'on lâche Cerbère!... » Eh bien! tout cela n'est-il pas du burlesque à la Scarron ? Ce n'est certes pas de cet autre burlesque, qui avait pour dessein, disait- on tout à l'heure, de protester contre celui-là. Or, nous avons vu que ce Dialogue avait été composé entre la troisième et la quatrième Satires. Ainsi, le futur auteur de VArt poétique, avant que sa raison mûrie l'eût amené à rompre avec « l'extravagance aisée du plat et du bouffon », à flétrir ce le burlesque affronté », à appliquer le fer et le feu à celte maladie a contagieuse » , en avait à diverses reprises subi les atteintes ; tant il est difficile, même à la complexion la plus robuste et à l'esprit le plus sain, d'échapper toujours à l'influence de Tair qu'il respire 1 Dans l'épidémie , le médecin était atteint de la contagion.
Boileau, plus tard, à soixante -quatorze ans, fit une préface pour excuser cette œuvre de jeunesse, tout en la publiant cependant par faiblesse paternelle, lui qui pendant si longtemps s'était abstenu de l'écrire, — par égard, à ce qu'il dit, pour mademoiselle de Scudéry . — 11 est bien probable que, dans rintervalle de quarante-huit ans, le Dialogue vavait fait boule de neige , et le péché avait grossi.
S'il était nécessaire de faire un choix entre l'un et Tautre burlesque, ou de les juger respectivement, on pourrait dire que l'un, celui de la Secchia rapi ta et du Lutrin ^ est froid et, en tout cas, aujourd'hui démodé , tandis que l'autre , celui de Scarron, de Dassoucy, de Saint -Amant, du Dialogue des Héros de roman, et de nos opérettes contemporaines, n'est pas très délicat sans doute, mais par ses fortes secousses désopile la rate et détend les nerfs.
Les Anglais aussi le connaissent, mais certes ne l'ont pas allégé. Sans rappeler toute la série grotesque de Falstaff, Shakspeare dans Tro'ihxs et Cressida avait, longtemps avant nos opérettes, comme Saint- Amant , Dassoucy et Scarron , traité avec rirrévérence et la gaminerie modernes l'épopée d'ilion. De nos jours, M. Disraeli a repris cette veine dans le Mariage de Prose7*pine, et Ixion aux Enfers. Le premier des deux rejoint VEnlèvement de Proserpine, de Dassoucy, le second rejoint le Typhon et le Dialogue des Héros de roman.
Une veine de burlesque qui semble nouvelle a été trouvée par M. Théodore de Banville : c'est le burlesque lyrique, a Si Boileau a qualifié son poème d'héroï-comique, l'épithète de lyrico-comiques ne conviendrait pas mal aux Odes funambulesques *. »