‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 49 sur 79 · Jules Lemaître, tes Contemporains, !'• série · texte numérisé non relu

Jules Lemaître, tes Contemporains, !'• série

m LE ROMANTISME DES CLASSIQUES

L^admiration n'exclut pas la parodie ; quelquefois elle Texcite. Témoin Boileau parodiant le Cid , el M. de Banville, parodiant les poésies lyriques de Victor Hugo , plaçant les Occidentales en regard des Orientales , ou bien « écrivant une féerie pour le plaisir de mettre dans la bouche de Riquet à la houppe des stances imitées de celles du Cid et de Polycucte^. » Le comique est obtenu tantôt par la transposition de la grande poésie à des sujets vulgaires, et tar toi par l'inattendu des rimes.

Déjà, en ce qui touche ce dernier point, Villon, Régnier, Racine dans les Plaideurs, Boileau luimême çà et là , avaient parfois demandé à la rime des effets plaisants. On conte qu'il s'amusait , par exemple, de ces rimes-ci dans la Satire de VHomme :

Il change à tout moment d'esprit comme de mode Il tourne au moindre vent, il tombe au moindre choc Aujourd'hui dans un casque et demain dans un froc.

Et de celles-ci , dans la Satire xi :

Car d'un dévot souvent au chrétien véritable La distance est deux fois plus longue à mon avis Que du pôle antarctique au détroit de Davis.

Et, dans TÉpître v :

A quoi bon ravir l'or au sein du Nouveau-Monde? Le bonheur, tant cherché sur la terre et sur l'onde

i. îhid.

Est ici comme aux lieux où mûrit le coco, Et se trouve à Paris de même qu*à Gusco.

Toutes les sortes de burlesque se rencontrent en un point : disproportion du fond à la forme. Montrer les choses solennelles par leurs côtés plats, ou prendre les choses vulgaires sur un ton solennel , voilà les deux catégories. Dans Tune aussi bien que dans Tautre , à travers la bouffonnerie Tesprit nous fait voir, comme dans un éclair, que toutes choses ont deux faces. Il y a donc un grain de justesse au fond de la folie burlesque, principalement le dégoût de la noblesse prétendue , de Tem phase et du poncif*. C'est une réaction du bon sens contre Tennui du genre pompeux , banal , pseudo-classique.

1. D'après le Dicfionnaire de VAcadcmie française ^ on doit dire poncis ; mais la forme altérée poncif a prévalu.

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