‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 51 sur 79 · Sainte-Beuve, Causeries du Lundiy t. XV · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Causeries du Lundiy t. XV

Enfin il semble que Boileau ait réalisé d'avance ridéal tracé de nos jours par le poète- critique du dix -neuvième siècle:

« Le don de critique véritable , dit Sainte-Beuve , n*a élé accordé qu'à quelques-uns. Ce don devient II ôme du génie lorsqu'au milieu des révolutions du goût, entre les ruines d'un vieux genre qui s'écroule et les innovations qui se tentent, il s'agit de discerner avec netteté, avec certitude, sans aucune mollesse, ce qui est bon et ce qui vivra; si, dans une œuvre nouvelle, l'originalité réelle suffit à racheter les défauts? de quel ordre est l'ouvrage? de quelle portée et de quelle volée est l'auteur? et d'oser dire tout cela avant tous, et de le dire d'un ton qui impose et se fasse écouter. . .

» Il n'est pas nécessaire au vrai critique d'avoir une perspective immense ; il suffit qu'il embrasse avec une parfaite netteté de coup-d'œil toute retendue de l'horizon à son moment. Tout n'est pas restrictif dans son rôle; cependant, il y entre souvent plus de restriction que d'élan , plus de veto que d'initiative .

D Mais le plus beau rôle pour le critique, c'est quand il ne se tient pas uniquement sur la défensive, et que, dénonçant les faux succès, il ne sait pas moins discerner et promouvoir les légitimes. C'est pour cela qu'il est mieux qu'il y ait dans le critique un poète : le poète a le sentiment plus vif des beautés, et il hésite moins à les maintenir.

BOILBAU S3â

Boîleau, en cette matière, se tnHnpera moins que Johnson ou que Jeflries. On l'a dit très judicieusement : € La vraie touche des esprits, c'est l'examen d'un nouvel auteur ; et celui qui le lit se met à l'épreuve plus qu'il ne l'y met*. »

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