‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 61 sur 79 · Victor Hugo, les Orientales, X.XXI1I · texte numérisé non relu

Victor Hugo, les Orientales, X.XXI1I

2. ... a Elle eut beau la laver, et même la frotter avec du sable et du grès (détail réaliste, qui, au moment même, forme avec le merveilleux une barmonie composite, heurtée à dessein) , il y demeura toujours du sang : car la clef état; fée, et il n'y avait pas moyen de la nettoyer tout à faitt quand on ôtait le sang d'un côté, il revenait de l'autre. >

les « bottes de sept lieues » de TOgre du Petit Poucet sont fées^; à peu près comme la Flûte enchantée de Mozart.

Walckenaer, en 1826, iBt paraître des Ie//re5 5wr les Contes de Fées; M. Alfred Maury, en 18S5, a publié un savant livre sur les Fées du moyen âge ; M. Loiseleur Deslongchamps, deux remarquables études sur les Contes de Fées et leurs origines orientales] M. Paulin Paris et son fils M. Gaston Paris ont, à leur tour, étudié les sources de ces contes, et en ont assigné quatre principales : l'antiquité classique, le christianisme, les traditions celtiques, les livres indiens ; sources qui ont mêlé leurs affluents à notre veine poétique nationale. Avec d'autres érudits — français, italiens , allemands , anglais, — ils ont suivi, des bords du Gange à ceux de la Seine, cette longue caravane de contes ou de mythes ; puis , en sens inverse, remontant d'étape en étape, ils ont fait voir qu'on avait tort de s'arrêter à moitié route et d'attribuer aux Turcs , aux Arabes , aux Persans , l'invention de ce que ces peuples avaient seulement

1. Le petit Poucet , s'étant approché de l'Ogre ( endormi ) , lui lira doucement ses bottes, et les mit aussitôt. Les bottes étaient fort larges; mais, comme elles étaient fées, elles avaient le don de s'agrandir et de s'apetisser selon la jambe de celui qui les chaussait; de sorte qu'elles se trouvèrent aussi justes à ses jambes, que si elles eussent été faites pour lui. » — Les bottes de sept lieues se retrouvent dans la Belle au bois donnant f où elles sont les chaussures d'un petit nain messager.

transmis ; qu'il fallait arriver jusqu'à la littérature bouddhique; et que cette littérature bouddhique elle-même avait peut-être ses origines plus antiques et plus reculées encore.

Les origines orientales se compliquent d'allégories mythologiques et sidérales. D'autres exégètes, MM. Angelo de Gubernatis , Hyacinthe Husson ,^ïïdré Lefèvre , se livrent à des interprétations excessivement ingénieuses et assez arbitraires, où se jouent l'érudition et la fantaisie. Cependant , on l'a dit avec raison, « la philologie et l'ethnographie ne «ont pas des sciences assez exactes pour que les solutions proposées par elles puissent être admises les yeux fermés; et, si leurs hypothèses reposent sur un grand fonds d'érudition , elles n'en sont pas moins hasardées pour la plupart *. »

M. Charles Deulin , sans aller chercher les origines ni si loin ni si haut, après avoir recueilli dans ses Contes d'un Buveur de bière , quelques récits populaires de la Flandre, son pays natal *, s'était épris aussi des contes de notre pays , et l'on a de lui un ouvrage posthume intitulé les Contes de ma Mère L*Oye avant PeiTatUt. Il s'était proposé d'analyser les différentes versions de ces contes qui avaient

1. Etienne Junca, Journal officiel ^ 7 mai 1879, sur le livre des Vontes de ma Mère l'Oye avant Perrault , par Charles Deulin .

2. Comme avait fait son compatriote, M. Charles de Koster, dans ses Légendes Flamandes .

circulé pendant de longs siècles : ce sont des notes très curieuses, qu'il n'a pas eu le temps de relier suffisamment entre elles.

Bref, ces contes viennent de partout, et se retrouvent partout à la fois. Quand on rapproche les légendes errantes qui, de pays en pays, depuis Textrême Orient , étaient arrivées chez nous , on est étonné de voir que, môme aux époques les plus reculées, où les communications entre les différents peuples étaient très difficiles et très rares , les contes, les mythes, les allégories, tous les types de la Morale en action , du Castoiemenf , du Livre des lumières, se transmettaient avec une rapidité étrange d'un bout du monde à l'autre; de sorte que les idées, à peine écloses , semblaient se reproduire d'elles mômes en tous lieux , et accomplir , comme les fleurs, des mariages lointains à travers les airs.

J'indiquerai, à propos de chaque conte, les rapprochements qui me paraîtront offrir quelque ^rTitéret ; mais j'essayerai de me tenir dans le milieu du courant, et de ne pas noyer le principal dans l'accessoire. Les mythes sont fort intéressants; mais c'est justement pour cela qu'il faut se garder d'en trouver partout , et d'en imaginer , par dilettantisme d'érudition, dans des fictions inconscientes où il n'y en a peut-être jamais eu.

Voici dans quel ordre, par quels degrés , et à quelles dates, Perrault s'achemina en ces voies nouvelles. Les Contes de Fées, proprement dits, ne vinrent pas tout d'abord.

Premièrement, en 1691 , il donna la Marquise de Salusse ou la Patience de Gnselidis , nouvelle en vers , sans nom d'auteur, vieux fabliau qui avait voyagé de France en Italie et dltalie en France.

En 1694, parut un Recueil de pièces curieuses et nouvelles y tant en prose qu'en vers, dans lequel se trouve Peau d'Ane en vers. C'est le premier sujet féerique traité par Perrault, encore anonyme*; et

K Quand Boileau en connut Tauteur, il lança contre lui, n^étant pas réconcilié , une épigramme qui porte pour titre :

Première strophe de la première Ode de Pindare parodiée en burlesque, à la louange de M. Perrault,

Malgré son Tairas obscur.

Souvent Brébeuf élincelle; Un vers noble, quoique d t, P ul s'offrir dans la i'ucrU-i

c'est Tédition princeps de ce conte , seize ans après le souhait exprimé par La Fontaine dans les deux vers que nous venons de rappeler*.

En 1696, autre recueil, contenant la Belle au Bois

dormant y premier conte en prose, et conte de Fée, toujours sans nom d'auteur.

Même année, Œuvres mêlées, contenant les Aventures de Finette (ou TAdroite Princesse), que Ton joint ordinairement au recueil des Contes de Per-

Mais , 6 ma lyre fidèle,

Si du parfait ennuyeux

Tu veux trouver le modèle.

Ne cherche point dans les ci''ux

D'astre au Soleil préférable.

Ni, dans la foule innombrable -

De tant d'écrivains divers

Chez Geignard rongés des vers ,

Un poète comparable

A l'auteur inimitable

De Peau- (T Ane mis en vers.

Cette épigramme pindarique ne peut -elle pas être notée comme une sorte de précédent à la poésie lyrico-comique dont il a été parlé ci-dessus, p. 219 ? Ici, en eiTet, Boileau parodie la première ode de Pindare, malgré sa vive admiration pour ce poète; ainsi a-t-il fait pour une scène du Cid (voir ci -dessus, p. 206) ; et de même Fauteur des Odes funambulesques et des Ocdden'ales parodie, par admiration même, les Orientales et les autres poésies de Victor Hugo.

Page 1