La Fontaine mourut Tannée suivante
rault , mais dont l'auteur est mademoiselle Liiéritier de Villaudon, parente des Perrault par alliance*.
Même année encore, un autre volume, intitulé Inès de Cordoue, dans lequel se trouve un Riquet à la houppe un peu différent de celui que Perrault allait publier, fut donné par mademoiselle Bernard. Ainsi deux ou trois femmes contribuèrent à mettre ce genre à la mode.
Enfin, en 1697, paraît le recueil qui nous occupe, dont la Préface débute ainsi : « La manière dont le
1. Mademoiselle Lhéritier présidait, avec sa sœur mademoiselle de NouveUon , des réunions littéraires , qui avaient succédé en quelque sorte aux samedis de mademoiselle de Scudéry. Les deux sœurs avaient pris parti pour les Modernes contre Boileau , à cause de sa Satire sur les Femmes. C'est chez ces dames que la mode des Contes, lancée par Perrault, et qui avait succédé à celle des Maximes , puis des Portraits et des Caractères, se développa. Mademoiselle Lhéritier écrit à une de ses amies : « Je me fais un plaisir de vous annoncer aujourd'hui qu'on est devenu , depuis quelque temps , du goût dont vous êtes. On voit de petites histoires répandues dans le monde , dont tout le dessein est de prouver agréablement la solidité des proverbes. Nos ancêtres, qui étaient ingénieux dans leur simplicité , s'apercevant que les maximes les plus sages s'impriment mal dans l'esprit si on les lui présente toutes nues , les habillèrent, pour parler ainsi, et les firent paraître sous des ornements. Je me souviens parfaitement combien vous vous étonniez qu'on ne s'avisât point de faire des nouvelles ou des contes qui roulassent sur ces maximes antiques ; on y est enfin venu ; et je me suis hasardée à me mettre sur les rangs , pour marquer mon attachement à de charmantes dames dont vous connaissez les belles qualités. » Elle dit aussi qu'elle marche sur les traces « d'un académicien illustre qui a fait des contes en vers et en prose avec une approbation universelle *, de sorte que la mode en est venue ; et elle se félicite de le suivre dans ces routes nouvelles.
public a reçu les pièces de ce recueil à mesure qu'elles lui ont été données séparément, est une espèce d'assurance qu'dles ne lui déplairont pas en paraissant toutes ensemble... »
Après les trois contes en vers, Griselidis, Peaud'Ane, les Souhaits ridicules , viennent les huit contes en prose, dans Tordre suivant, que les éditions modernes ont parfois interverti :
La Belle au bois donnant,
Le Petit Chaperon rouge,
La Barbe 'bleue,
Le Maître Chat, ou le Chat botté ^
Les Fées ,
Cendrillon,
Riquet à la houppe ,
Le Petit Poucet.
Le conte de Peaurd'Ane, en prose, qu'on y a joint plus tard, n'est pas de Perrault, dit-on ; mais, quoique platement écrit, vaut pour le moins Peaurd'Ane en vers. La forme extrêmement faible est rachetée, dans l'un et dans l'autre , par la riche variété du fond.
Le titre général du volume est celui-ci : Contes de Fées y ou Histoires du temps passé, avec des Moralités. Au dos et au frontispice : Contes de ma Mère voie.
La complexion d'esprit de récrivain conteurmérite d'être étudiée de près ; je dis de Técrivain en prose : car, comme versificateur, il n'a aucun prix. Quoique ses Histoires du temps vassé ou Contes de ma Mère l'Oie soient fantastiques liLreprésente au naturel les sentiments humains, la vie réelle; il est moderne par les détails pris du train ordinaire des choses , il donne ainsi de la vraisemblance au merveilleux, et rend croyables sur le moment les fictions les plus énormes!) Il parle et il peint, plutôt qu'il n'écrit. Comme La Bruyère et comme Saint-Simon, il ne se contente point d'énonciations générales abstraites; il fait voir le dehors et le dedans des personnages; « il note le détail physiologique*. » Exemple, dans le conte du Petit Poucet , la peinture des sept filles de l'Ogre : « Ces petites ogresses avaient toujours le teint fort beau, parce qu'elles mangeaient de la chair iraîche, comme leur père; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu, et une fort grande bouche avec de longues dents fort aiguës et fort éloignées l'une de l'autre. »
CSon parler est celui de tout le monde, la langue courante populaire^ comme chez Molière ou Scarron; d'excellente souche française; relevé çà et là de quelques archaïsmes , qui conservent la teinte a du temps passé » annoncé dans le titre. Ainsi, lorsque le Petit Chaperon rouge frappe à la porte