J.-J. Weiss, Journal des Débats^ 30 juillet
rinçant aussitôt sa cruche (toujours le détail réel), elle puisa de Teau au plus bel endroit de la fontaine S et la lui présenta , soutenant toujours la cruche, afin qu'elle bût plus aisément (on voit le tableau). La bonne femme, ayant bu, lui dit : « Vous êtes si belle, si bonne et si honnête, que je ne puis m'empêcher de vous faire un don (car c'était une Fée, qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où irait Thonnêteté de cette jeune fille) : je vous donne pour don, poursuivit la Fée, qu'à chaque parole que vous direz , il vous sortira de la bouche ou une fleur, ou une pierre précieuse. » Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mère la gronda de revenir si tard de la fontaine. « Je vous demande pardon , ma mère , dit cette pauvre fille, d'avoir tardé si longtemps. » En disant ces mots, il lui sortit de la bouche deux roses, deux perles et deux gros diamants. « Que vois-je là? dit sa mère tout étonnée, je crois qu'il lui sort de la bouche des perles et des diamants ! D'où vient cela, ma fille? » (ce fut la première fois qu'elle l'appela sa fille). La pauvre enfant lui raconta tout ce qui lui était arrivé, non sans jeter une infinité de diamants, a Vraiment, dit la mère, il faut que j'y envoyé ma fille. Tenez, Fanchon, voyez ce qui sort de la
1. C'est-à-dire , de la source. Une édition que j'ai sous les yeux a donc tort de mettre dans Timafire une fontaine construite en pierre.
bouche c'o votre sœur quand elle parle : ne seriezvous pas bien aise d'avoir le même don? Vous n'avez qu'à aller puiser de Teau à la fontaine, et, quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien honnêtement. t> La brutale n'obéit qu'en grommelant, et, arrivée à la fontaine, quand la Fée se présente et lui demande à boire , eUe lui répond grossièrement : « Buvez à même * , si vous voulez. » — « Vous n'êtes guère honnête, reprit la Fée sans se mettre en colère. Eh bien! puisque vous êtes si peu obligeante, je vous donne pour don qu'à chaque parole que vous direz , il vous sortira de la bouche ou un serpent ou un crapaud . » D'abord que sa mère l'aperçut, elle lui cria : « Eh bien, ma fille? — Eh bien, ma mère? » répondit la brutale, en jetant deux vipères et deux crapauds. — « ciel ! s'écria la mère , que vois-je là ? c'est sa sœur qui en est cause, elle me le paierai » Et aussitôt elle courut pour la battre. La pauvre enfant s enfuit et alla se sauver dans la forêt prochaine. Le fils du Roi, qui revenait de la chasse,, la rencontra, et, la voyant si belle, lui demanda ce qu'elle faisait là toute seule, et ce qu'elle avait à pleurer. — « Hélas! monsieur, c'est ma mère qui m'a chassée du logis. « Le fils du Roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou six perles et autant de diamants, la pria de lui dire d'où cela lui venait. Elle lui conta toute son aven-