‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 69 sur 79 · Dans la source · texte numérisé non relu

Dans la source

lure. Le fils du Roi en devint amoureux ; et, considérant qu'un tel don valait mieux que tout ce qu'on pourrait donner en mariage à une autre, Temmena au palais du Roi son père , où il Tépousa. Pour sa sœur, elle se fit tant haïr, que sa propre mère la chassa de chez elle ; et la malheureuse , après avoir bien couru sans trouver personne qui voulût la recevoir, alla mourir au coin d'un bois. »

Les petites histoires qu'improvisent les enfants ont seules une rapidité pareille . Perrault avait bien saisi cela, peut-être en écoutant son fils, quand c'était le tour de celui-ci, soit à répéter, soit à inventer. L'histoire est à gros traits, afin qu'ils puissent être aisément saisis. Ces fleurs ou ces serpents sortant de la bouche sont une forme de fiction très fréquente au moyen âge.

Dans un vieux conte slave, au lieu d'une Fée, ce sont trois jeunes hommes qui récompensent et punissent les deux jeunes filles. La sœur gracieuse et charitable ayant fait l'aumône à un vieillard malheureux, ils lui promettent pour récompense que, s'il lui arrive de pleurer, ses larmes se changeront en perles; que, lorsqu'elle sourira, de son sourire naîtront des roses, et que, si sa main vient à toucher l'eau, l'eau se peuplera de poissons dorés. La sœur revêche, qui avait d'abord refusé l'aumône au vieillard^ se ravise par l'espoir d'une récompense

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pareille; mais les trois jeunes hommes, qui n'en sont pas dupes, lui disent que, quand elle pleurera, ses pleurs se changeront en lézards; que, quand elle sourira, de ses sourires naîtront des crapauds; et que l'eau touchée par sa main se remplira de serpents.

Le conte de Cendrilhn présente un thème moral analogue, avec des développements différents. Au lieu d'une méchante sœur, il y en a deux cette fois, en opposition avec une d'un premier lit, douce et bonne, tyrannisée par elles et par leur mère, puis récompensée de même à la fin en épousant le fils du Roi. En ces temps-là c'est la récompense idéale pour les jeunes filles vertueuses. Son nom très réaliste, Cendrillon, parce qu'après avoir fait son ouvrage, humble servante de ses deux orgueilleuses sœurs et de sa marâtre hautaine et brutale, a elle s'allait mettre au coin de la cheminée et s'asseoir dans les cendres * » , fait ressortir d'autant le r^yirement de sa destinée et la réparation glorieuse, grâces à la bonne Fée, sa marraine.

Dans le sous-titre : Cendrillon, « ou la petite pantoufle de verre, » Perrault a écrit ou laissé imprimer de verre; ce sont peut-être les imprimeurs qui lui ont imposé cette variante, ne comprenant plus l'ancien

1. oc Ce qui faisait qu'on rappelait commonément dans le logis Cucendron. La cadette, qui n'était pas si malhonnête que son aînée, rappelait Cendrillon. »

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moi vair, fourrure nommée aujourd'hui petit-gris*. Aller au bal, danser, étant chaussée de verre! par cela même que c'est impossible, cela frappe d'autant plus les imaginations, et n'en paraît que plus merveilleux : aussi cette leçon, évidemment fausse, a-t-elle prévalu sur la véritable ; et peut-être que Perrault lui-même avait consenti *.

Parfois le texte de ces Contes a subi des altérations dans les éditions modernes , même dans la plus belle de toutes, celle d'Hetzel et Gustave Doré. En voici un exemple, noté par feu Giraud. Perrault avait écrit dans le Petit Chaperon rouge : « Un jour, sa mère ayant cuit, et fait des galettes, etc., « ce qui signifie que, selon l'usage du temps, encore pratiqué dans nos provinces, où chaque ménage cuit son pain de la semaine chez le fournier, au lieu d'aller au boulanger tous les matins,

1. Du latin varius, varia ^ varium, varié. En vieux français, varius faisait vair, comme Dariuê faisait Daire (V. p. 189, 1. pénult.).

2. Cependant nous sommes témoins, aujourd'hui même, de la toute-puissance des imprimeurs pour imposer leur orthographe aux auteurs, qui n'en peuvent mais. Il y aurait à faire là -dessus tout un chapitre; mais comment Timprimer, à moins d'être assez riche pour avoir une imprimerie à soi? Et encore! Le chef d'une typographie renommée, le Liégeois Desoer, avait une imprimerie à lui, à Paris, nie Christine; ce qui n'a pas empêché ses compositeurs et ses correcteurs de mettre un tréma sur le dernier e de son nom et de le lui imposer définitivement , à lui aussi ; comme à madame de Staël et à M. Saint-Saens , et à Ruysdael, etc. On sait cependant que le tréma sert â détacher dans la prononciation la voyelle qui en est marquée.

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la mère du Petit Chaperon rouge après avoir pétri y avait cuit ou fait cuire son pain d'après la pratique usitée. On dit encore en certains pays : Nous avons cuit, pour dire : c Nous avons fait notre pain » : et, le jour où Ton cuit, on a coutume de faire une galette, dont se réjouit la famille. La plupart des éditeurs, ignorant cet usage, n'ont rien compris à la phrase. Les uns ont supprimé ayan< cuitf et n'ont laissé que at/an^ fait des galettes, ne voyant dans a^an< ctit^ qu'une indication relative aux galettes, au lieu d'un verbe absolu signifiant qu'on avait fait le pain , et trouvant dans la phrase un pléonasme ridicule, qui revenait à dire qu'on avait cuit des galettes, et qu'on avait fait des galettes. D'autres éditeurs ont arrangé la phrase à leur façon et ont écrit : Un jour, sa mère ayant fait et cuit des galettes, a Nous avons , dit Giraud , rétabli le texte dans sa pureté , à laquelle est attaché un trait de mœurs intéressant à conserver. » Si, pour obéir à la mode, on supprime la virgule après le mot cuit, on ôte avec elle le sens.

Cendrillon, telle que Perrault l'a développée, forme une comédie toute faite. Aussi l'a-t-on souvent mise au théâtre, en opéra-comique, soit français, soit italien : Rossini, sur ce thème, a composé un de ses plus charmants chefs-d'œuvre*. On l'a mise aussi

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