‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 74 sur 79 · Lettre à Aroauld, juin · texte numérisé non relu

Lettre à Aroauld, juin

â. n trouva môme un casuiste

Qui jugea que le cas se pouvait proposer.

demandes réputées irréalisables, imposées au Roi son père : une robe couleur du temps; le Roi la donne; une robe couleur de la lune; il la donne aussi ; une robe couleur de soleil ; il la donne encore. Que ne donnerait-il pas î Même la peau de ce merveilleux âne, source inépuisable de sa richesse; il la donne aussi ; tant sa passion l'entraîne ! — La fuite de la princesse cachée sous cette vilaine peau , le visage barbouillé de suie, pour échapper à tous les yeux ; la condition de gardeuse de dindons , à laquelle elle se résigne. Mais surtout la jolie invejiâon , si féminine , de ce coffre qui la suit sous terre, portant ses merveilleuses robes partout où la conduit sa destinée! ces robes qui ont défendu sa vertu, et qui la consolent! tous les dimanches, jour de repos , elle n'a, au fond de sa basse -cour, qu'à frapper le sol avec la baguette que lui a prêtée sa marraine : le coffre aussitôt sort de terre , et Peaud'Ane revêt ses habits magnifiques. — Pour qui? direz-vous. — Mais pour elle. Et puis, pour ses dindons, si vous voulez. Serait-ce la première fois qu*une jolie femme aurait mis pour des dindons ses plus beaux atours ? D'ailleurs « vous oubliez , dit M. Ernest Bertin, qu'il y a des fentes aux portes, et des princes en voyage. Peau-d'Ane n'oublie rien ; et elle nous livre le secret de cette perpétuelle préoccupation d'élégance et de grâce qui caractérise la femme. Si solitaire, si retirée qu'elle puisse être, elle garde quelque chose de charmant dans le regard, dans le

geste, dans l'attitude; et pourtant elle n'attend personne. . . Personne que Finconnu : vous diriez qu'elle est toujours occupée à plaire, ne fût-ce que par le trou de la serrure. C'est par là que Peau-d'Ane devine et conquiert un mari* ». En effet le jeune prince qui l'a aperçue par ce trou, et qu'elle a aperçu aussi, devient amoureux d'elle, jusqu'à tomber malade : il mourra s'il ne mange un gâteau de sa main... Vous savez la suite et la fin : la bague qui, par hasard ou à dessein, a glissé dans la pâte, manque de l'étrangler, et achève de le rendre fou d'amour, tant elle est mignonne I On l'essaye à toutes les dames , comme la pantoufle de Cendrillon , et à toutes les filles de chambre, et à toutes les grisettes, et à toutes les villageoises, cuisinières , marmitonnes , gardeuses de moutons et de dindons; à Peau-d'Ane enfin. « Dame!

qui fut bien surpris? Ce furent le Roi et la Reine, ainsi que tous les chambellans et les grands de la Cour, lorsque de dessous cette peau noire et crasseuse (toujours le détail réaliste, comme. repoussoir) sortit une petite main délicate , blanche et couleur de rose, où la bague s'ajusta sans peine au plus joli petit doigt du monde; et, par un petit mouvement que l'infante se donna , la peau tomba : elle parut , d'une beauté si ravissante, que le prince, tout faible qu'il était, se mit à ses genoux et les serra avec

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