La Sagesse de la Mère VOye
une ardeur qui la fit rougir ; mais on ne s'en aperçut môme pas , parce que le Roi et la Reine vinrent l'embrasser de toute leur force, et lui demander si elle ne voulait pas bien épouser leur fils. »
Toujours la même rapidité dans la péripétie, et le dénouement ordinaire, la formule selon laquelle, à la mode du grand siècle, la vertu est récompensée.
Noël du Faïl, dans ses Propos rustiques et facétieux, dès 1547, faisait raconter par un paysan breton des environs de Rennes une histoire ressemblant fort à celle-là et intitulée Cuir-d*Asnette. En 1568, Bonaventure des Périers à son tour, dans ses Nouvelles Récréations et Joyeux Devis, narrait tes aventures de Pernette, dont le père par prudence voulut « qu'elle ne vestit autre habit que peau d'asne, qu'il lui acheta, pensant par ce moyen en dégoûter son ami ». Quelques années auparavant, en Italie, Straparole, dans ses Nuits facétieuses^, avait rapporté une histoire pareille à celle du père dans le conte de Perrault, celle de Thibault, prince de Salerne, qui veut épouser sa fille Doralice. — Un déguisement analogue à celui de la princesse, pour échapper à des obsessions criminelles, se rencontre aussi dans TOr^a (l'Ourse) du
1. Piacevoli nolte, Venise, 1550 à 1557, soixante- treize nouvelles, publiées successivement, puis recueillies en deux volumes. C'est de la 4« Nuit que Molière semble avoir tiré le sujet de VÉcole des Femmes.
Pentamerone du cavalier Gian Alesio Abbatutis ( anagramme plus ou moins exact deGiovan Battista Basile , comte de Torone *) : Preziosa , pour sauver son honneur, se cache sous une peau d'ourse. — Peau-d'Ane se trouve aussi, ou à peu près, dans une légende irlandaise. — En Allemagne, les frères Grimm ont le conte intitulé : Peau de toutes bêtes ( AUerleyrauch ).
Quant à voir dans Peau-d'Ane un mythe solaire, cela ressemble bien à un jeu d'esprit, D est vrai que Peau-d'Ane a une robe couleur du Soleil, mais voilà tout. Cependant de très habiles exégètes , dans la bonne intention peut-être de sauver le côté scabreux du conte en son point de départ, s'expriment ainsi : « Le fond apparent de Peau-d'Ane est la passion d'un père pour sa fille. Qu'il s'agisse de Cyniras et de Myrrha, de Pradjapati et de Ouchas, d'Indra et d'Ahalyâ, on sait le secret innocent de ces incestes divins : ces pères qui poursuivent leurs filles sont une personnification du Soleil qui suit l'Aurore. Cette histoire du Soleil, père, frère et amant de l'Aurore, revient à chaque page du Rig- Véda... De même dans notre conte, dit M. de Gubcrnatis : c'est la belle jeune fille, l'Aurore ou la Lumière, qui, pourchassée par son père, se déguise et s'enfuit au crépuscule. Ce qui nous met